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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01939

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01939

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01939
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantCABINET DEMOSTHENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2200253 du 19 mai 2022, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2022, M. B C, représenté par Me Pécaud, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Limoges du 19 mai 2022 ;

2°) d'annuler cet arrêté de la préfète de la Haute-Vienne du 4 février 2022 ;

3°) d'enjoindre à préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision de refus de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la préfète n'a pas instruit sa demande en qualité d'ascendant de Français ;

- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait dû être soumis au contradictoire ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les stipulations du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors que le traitement et les médicaments nécessaires à son état de santé ne sont pas disponibles en Algérie et qu'il ne bénéfice d'aucune couverture sociale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale notamment garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en méconnaissance des stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui les fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision

n° 2022/009712 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du

18 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, a été entendu le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité algérienne, né le 21 juillet 1963, est entré sur le territoire français le 8 avril 2016. Le 7 octobre 2021, il a demandé un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, en raison de son état de santé. Par un arrêté du 4 février 2022, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C relève appel du jugement du 19 mai 2022 par lequel le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, M. C reprend en des termes identiques les moyens, déjà soulevés en première instance, tirés de ce que la décision de refus de séjour serait insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen, faute pour la préfète d'avoir examiné sa demande en qualité d'ascendant à charge, sans critique utile du jugement ni pièce nouvelle. Il n'apporte ainsi en cause d'appel aucun élément susceptible de remettre en cause l'appréciation des premiers juges qui ont suffisamment et pertinemment répondu à ces moyens. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Limoges.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ". Selon l'article

R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants algériens pour la mise en œuvre de ces stipulations, le préfet délivre un titre de séjour en raison de l'état de santé, au vu d'un avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

4. D'une part, il ne résulte ni de ces dispositions ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire, que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être transmis à l'intéressé. En tout état de cause, la préfète de la Haute-Vienne a produit, en première instance, l'avis rendu le 27 décembre 2021 par le collège de médecins de l'Office.

5. D'autre part, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance ou le renouvellement d'un certificat de résident à un ressortissant algérien qui se prévaut des stipulations du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de vérifier que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays d'origine. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a entendu lever le secret médical en cours d'instance, souffre d'une hépatite B compliquée d'une cirrhose. Il produit notamment des certificats médicaux établis les 17 mai 2021 et 21 avril 2022, par un médecin généraliste, et les 19 mai 2021, 28 février et 20 avril et 3 juin 2022, par un praticien du centre hospitalier universitaire de Limoges qui indiquent que le requérant bénéficie d'un suivi régulier et précisent le traitement médicamenteux qui lui est prescrit. Toutefois, ces certificats, dont certains sont postérieurs à l'arrêté attaqué, ne font état d'aucune indisponibilité en Algérie du traitement et de structures de suivi nécessaires à son état de santé. Si le requérant produit plusieurs rapports médicaux, datés des 15 mars, 5 mai 2021 et 5 avril 2022, et des ordonnances médicales, datées des 10 mars, 20 mai et 11 novembre 2021, rédigés par des praticiens algériens, mentionnant " l'absence de suivi et de traitements " et le " manque de moyens et la non-disponibilité des traitements (médicaments) " dans ce pays, ces documents n'indiquent pas précisément quels médicaments feraient défaut alors que la préfète de la Haute-Vienne produit la nomenclature algérienne des produits pharmaceutiques, dans laquelle figurent les médicaments prescrits au requérant ou leur équivalents. Par ailleurs, si M. C soutient qu'il ne pourra accéder à la prise en charge médicale dès lors qu'il est sans ressources et n'a pas de couverture médicale, il n'apporte aucun élément de nature à établir que sa situation sociale ne lui permettrait pas d'avoir effectivement accès à une telle prise en charge dans certains établissements de santé en Algérie, et alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a vécu dans ce pays jusqu'en 2016 et que, selon une attestation de l'établissement public de santé de Mostaganem, il a été suivi depuis 2014 pour sa pathologie. Dans ces conditions, les éléments produits par M. C ne permettent pas de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé, le 27 décembre 2021, que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut toutefois effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne, qui s'est notamment fondée sur cet avis pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C, aurait fait une inexacte application des stipulations du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C qui est entré en France en avril 2016 muni d'un visa de court séjour se maintient irrégulièrement sur le territoire national malgré deux mesures d'éloignement dont il a fait l'objet les 31 mars 2017 et 21 septembre 2020 devenues définitives. S'il se prévaut de la présence en France en situation régulière de cinq de ses huit enfants, tous majeurs, dont un l'héberge et deux sont de nationalité française, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y aurait transféré ses liens personnels et familiaux, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où résident sa femme, dont il soutient être séparée sans toutefois l'établir, ainsi que ses trois autres enfants, et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit donc être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou

L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est notamment examinée sur le fondement des stipulations des points 5 et 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme celles, de portée équivalente, des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Le préfet n'est tenu, en application de ces dispositions de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. C ne remplit pas les conditions prévues par les stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour obtenir de plein droit un titre de séjour. Dès lors, la préfète de la Haute-Vienne n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

10. En cinquième lieu, à supposer que M. C ait entendu se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte aucun argument à l'appui de ce moyen permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi seraient illégales en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui les fonde.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande. Ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C, à Me Pécaud et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Florence Demurger, présidente,

Mme Karine Butéri, présidente-assesseure,

M. Anthony Duplan premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2022.

Le rapporteur,

Anthony A

La présidente,

Florence Demurger

La greffière,

Catherine JussyLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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