jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX02025 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre (formation à 3) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté
du 28 avril 2022 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile et de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, et d'enjoindre sous astreinte au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, ou à défaut de réexaminer sa situation.
Par un jugement n° 2201224 du 10 juin 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 28 juillet 2022, M. B, représenté par Me Desroches, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 28 avril 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai de quinze jours et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois, sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement au profit de son conseil d'une somme
de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la compétence du signataire :
- l'arrêté est entaché d'incompétence en ce que la délégation de signature porte sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi prises respectivement sur le fondement des dispositions des articles L. 511-1 et L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'en l'espèce, ces décisions ont été prises sur le fondement des dispositions des articles L. 611-1 et L. 721-3 ;
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il est insuffisamment motivé dès lors que l'arrêté ne rejette pas expressément la demande présentée à ce titre, et que l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas visé ;
- contrairement à ce qu'a retenu la première juge, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 n'est pas inopérant ; ce moyen est fondé dès lors qu'à la date de l'arrêté, il justifiait d'une intégration professionnelle d'une durée de deux ans, d'une qualification professionnelle de peintre façadier et d'une promesse d'embauche sous contrat à durée indéterminée, ainsi que d'une insertion sociale caractérisée par deux années de bénévolat dans une association ; ainsi, le refus d'admission exceptionnelle au séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus d'admission exceptionnelle au séjour ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée en ce qu'elle indique qu'elle ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la région de Kayes dans laquelle il vivait est " fortement déconseillée au regard des risques encourus " par l'administration elle-même.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision
du 15 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité malienne, a déclaré être entré en France
le 1er septembre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 juillet 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 janvier 2022. Par lettre du 3 septembre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de son emploi et de ses activités de bénévolat. Par un arrêté du 28 avril 2022, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile et de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B relève appel du jugement du 10 juin 2022 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, il ressort de la rédaction de l'arrêté du 28 avril 2022 qu'alors que M. B lui avait demandé d'examiner sa demande de titre de séjour " avec bienveillance " en se prévalant de son activité professionnelle, le préfet de la Charente-Maritime s'est estimé saisi au titre de son pouvoir de régularisation exceptionnelle, et non sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquelles il n'était pas tenu de faire référence dès lors qu'elles n'étaient pas invoquées. Le rejet de cette demande est suffisamment motivé en fait par l'indication que l'intéressé ne justifie ni d'une ancienneté de présence en France, ni d'une activité professionnelles suffisantes.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (). " M. B, qui n'a pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de ces dispositions, ne peut utilement en invoquer la méconnaissance.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". A la date de la décision contestée, M. B résidait en France depuis deux ans et demi sous couvert d'autorisations provisoires de séjour en qualité de demandeur d'asile, travaillait en intérim depuis dix-neuf mois, disposait, sous réserve de la régularisation de sa situation, d'une promesse d'embauche en qualité de peintre ravaleur, qualification qu'il avait acquise à l'issue d'une formation organisée par l'association ouvrière des compagnons du devoir et du tour de France, et effectuait du bénévolat auprès d'une association. Eu égard à sa durée de séjour relativement brève et à l'absence de liens personnels autres que de simples relations sociales, ces éléments ne suffisent pas à faire regarder le refus de titre de séjour comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte contraire aux stipulations précitées.
Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays
de renvoi :
En ce qui concerne la compétence du signataire :
5. Par un arrêté du 11 mai 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Charente-Maritime a donné délégation à M. Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, actes, correspondances et documents, ce qui inclut toutes les décisions prises sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. D pour prendre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sur le fondement des nouvelles dispositions des articles L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 4 que M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, une illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
7. M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, une illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
8. La décision, qui fait référence aux décisions de l'OFPRA et de la CNDA ayant rejeté la demande d'asile de M. B et indique qu'elle ne contrevient pas aux stipulations
de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est suffisamment motivée.
9. Aux termes de l'article de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. " Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " En se bornant à faire valoir que la région de Kayes dans laquelle il vivait est " fortement déconseillée au regard des risques encourus " par le ministère des affaires étrangères, M. B, qui ne se prévaut d'aucun risque personnel en cas de retour au Mali, ne démontre pas y être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur
et des outre-mer. Une copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Anne Meyer, présidente, rapporteure,
Mme Florence Rey-Gabriac, première conseillère,
M. Olivier Cotte, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
La première assesseure,
Florence Rey-Gabriac
La présidente, rapporteure
Anne CLe greffier,
Fabrice Benoit
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026