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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX02154

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX02154

jeudi 16 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX02154
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédures contentieuses antérieures :

Mme A E et son fils, M. B E, ont demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler les arrêtés du 11 février 2022 par lesquels la préfète des Deux-Sèvres a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par des jugements nos 2200724 et 2200754 du 7 juillet 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes.

Procédures devant la cour administrative d'appel :

I- Par une requête enregistrée le 12 août 2022 sous le n° 22BX02154, Mme E, représentée par Me Ormillien, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2)° d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 7 juillet 2022 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 de la préfète des Deux-Sèvres ;

4°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer, à titre principal, une autorisation de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige n'est pas suffisamment motivé dans son ensemble, en l'absence d'éléments sur la nécessité impérieuse d'une assignation à résidence ou de prise en compte de la réalité de sa situation notamment administrative sur le sol français ;

- la préfète a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'elle réside avec son fils depuis près de six ans dans un logement stable en France où elle a pu démontrer son insertion par son engagement au sein d'associations caritatives et par son emploi dans des entreprise spécialisées dans le domaine de la propreté, alors par ailleurs qu'elle n'a plus de liens familiaux dans son pays d'origine, ses parents étant décédés ;

- cette mesure a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale sur le territoire garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la circonstance que la Russie fait notamment l'objet d'une enquête du tribunal pénal international pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité constitue de même une violation de son droit à la vie privée et familiale en France.

II- Par une requête enregistrée le 12 août 2022 sous le n° 22BX02155, M. E, représenté par Me Ormillien, conclut, pour ce qui le concerne, aux mêmes fins que la requête n° 22BX02154 en reprenant les mêmes moyens dans des termes similaires.

Il fait valoir pour sa part qu'il est entré en France avec sa mère à l'âge de 13 ans et que l'administration ne saurait lui opposer une absence d'insertion sociale sur le territoire où il a été scolarisé et où il envisage de se marier.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme D C en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel , les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme E, ressortissante russe née en 1977, est entrée en France en novembre 2015 en compagnie de son fils B de même nationalité né en 2002, pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile ayant été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 23 décembre 2016, Mme E a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée par le préfet des Deux-Sèvres le 21 février 2017. L'intéressée et son fils devenu majeur ont sollicité en février 2020 la délivrance de titres de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 11 février 2022, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de leur délivrer les titres de séjour sollicités, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Ils relèvent appel des jugements du 7 juillet 2022 par lesquels le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

3. Les requêtes nos 22BX02154 et 22BX02155 concernent les membres d'une même famille et amènent à juger des mêmes questions. Il y a lieu, par suite, de joindre ces deux requêtes afin qu'il soit statué par une seule ordonnance.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

5. Aucune demande d'aide juridictionnelle n'ayant été enregistrée par le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, les conclusions de Mme et M. E tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les autres conclusions :

6. En premier lieu, les requérants reprennent en appel les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions prises sur leur situation personnelle en produisant nouvellement une attestation faisant état de l'engagement de Mme E dans des activités associatives. Toutefois, cette pièce n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation du tribunal qui a écarté à juste titre ces moyens en relevant que les éléments relatifs à leur insertion professionnelle, au demeurant très précaire, ne permettait pas d'attester de la nature et de la stabilité des liens privés et familiaux développés en France où Mme E est entrée à l'âge de 38 ans et vit de manière isolée, en compagnie de son fils majeur, également en situation irrégulière, alors en outre qu'elle se maintient sur le territoire français en dépit d'une précédente mesure d'éloignement édictée par le préfet des Deux-Sèvres le 21 février 2017 à la suite du rejet définitif de sa demande d'asile. Par suite, ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs pertinents retenus par les premiers juges.

7. En second lieu, Mme et M. E n'apportent en cause d'appel aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à leurs écritures de première instance reprises dans des termes similaires et sans critique utile du jugement s'agissant des autres moyens visés ci-dessus. Il y a lieu, par suite, d'écarter ces moyens par adoption des motifs suffisamment et pertinemment retenus par les premiers juges.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requêtes d'appel sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme E sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E et Mme A E.

Une copie sera adressée pour information à la préfète des Deux-Sèvres.

Fait à Bordeaux, le 16 mars 2023.

Karine C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

2, 22BX02155

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