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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX02195

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX02195

mardi 26 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX02195
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantNOEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler une décision du 19 août 2020 par laquelle la préfète de la Gironde aurait rejeté sa demande de prolongation d'activité au-delà de la limite d'âge légal d'admission à la retraite, d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2020 par lequel la préfète l'a radiée des cadres et admise à la retraite à compter du 17 décembre 2020, d'enjoindre à la préfète de la réintégrer dans les services de la police nationale à compter du 17 décembre 2020 et de reconstituer sa carrière, enfin de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 58 385,21 euros en réparation de ses préjudices.

Par un jugement n° 2005543 du 5 juillet 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté ces demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 5 août 2022 et un mémoire enregistré le 7 novembre 2023, Mme A, représentée par Me Noel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 5 juillet 2022 ;

2°) d'annuler la décision du 19 août 2020 par laquelle la préfète de la Gironde a rejeté sa demande de prolongation d'activité au-delà de la limite d'âge légal d'admission à la retraite et l'arrêté de la même autorité du 14 septembre 2020 portant radiation des cadres et admission à la retraite à compter du 17 décembre 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de la réintégrer dans les services de la police nationale à compter du 17 décembre 2020 et de reconstituer sa carrière à compter de cette date dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 58 385,21 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 décembre 2020 et capitalisation des intérêts en réparation de ses préjudices ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés pour l'instance.

Elle soutient que ;

- sa demande de prolongation d'activité du 18 février 2019 a fait l'objet d'une décision tacite d'acceptation en application de l'article 4 du décret du 30 décembre 2009 ;

- le courriel du 19 août 2020 constitue une décision illégale de retrait de cette décision d'acceptation, qui était créatrice de droit et ne pouvait dès lors être retirée que dans un délai de quatre mois à compter de son édiction en application de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision du 19 août 2020 est insuffisamment motivée ;

- la préfète de la Gironde s'est crue à tort liée par l'avis de la direction centrale de la sécurité publique ;

- la prolongation d'activité fondée sur l'article 1-3 de la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public étant de plein droit sous réserve de la seule aptitude physique du demandeur, la préfète ne pouvait retirer cette décision en se fondant sur d'autres motifs, lesquels sont, au demeurant, entachés d'erreurs d'appréciation ;

- l'illégalité de cette décision du 19 août 2020 prive de base légale la décision du 14 septembre 2020 l'admettant à la retraite pour limite d'âge ;

- elle justifie de la réalité et du bien-fondé des préjudices que lui ont causé l'illégalité des décisions en litige.

Par un mémoire enregistré le 8 octobre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés et, à titre subsidiaire, que le manque à gagner subi par Mme A au titre de son droit à pension ne s'élève qu'à la somme de 14 690 euros.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 ;

- la loi n° 2003-775 du 21 août 2003 ;

- la loi n° 2008-1330 du 17 décembre 2008 ;

- le décret n° 2009-1744 du 30 décembre 2009 ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de Mme Le Bris, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Noel, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 16 mai 1964, était brigadier de police avant son admission à la retraite pour limite d'âge à compter du 17 décembre 2020. Le 18 février 2019, elle a sollicité la prolongation de son activité professionnelle au-delà de la limite d'âge légal de mise à la retraite. Mme A, qui considère que cette demande a fait l'objet d'une décision tacite d'acceptation, a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision de retrait de cette décision d'acceptation qui serait intervenue le 19 août 2020 ainsi que l'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2020 prononçant sa radiation des cadres et son admission à la retraite. Elle a également demandé au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 58 385,21 euros en réparation des préjudices que lui auraient causé l'illégalité de ces décisions. Mme A relève appel du jugement du 5 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté ces demandes.

Sur l'existence d'une décision implicite d'acceptation d'une demande de prolongation d'activité :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public dans sa version alors en vigueur : " Sous réserve des reculs de limite d'âge pouvant résulter des textes applicables à l'ensemble des agents de l'Etat, la limite d'âge des fonctionnaires civils de l'Etat est fixée à soixante-sept ans lorsqu'elle était, avant l'intervention de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites, fixée à soixante-cinq ans () ".Aux termes de l'article 1-1 de cette loi: " Sous réserve des droits au recul des limites d'âge reconnus au titre des dispositions de la loi du 18 août 1936 concernant les mises à la retraite par ancienneté, les fonctionnaires dont la durée des services liquidables est inférieure à celle définie à l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite peuvent, lorsqu'ils atteignent les limites d'âge applicables aux corps auxquels ils appartiennent, sur leur demande, sous réserve de l'intérêt du service et de leur aptitude physique, être maintenus en activité. " Aux termes de l'article 1-3 de la même loi : " Sous réserve des droits au recul des limites d'âge prévus par l'article 4 de la loi du 18 août 1936 concernant les mises à la retraite par ancienneté, les fonctionnaires régis par la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires appartenant à des corps ou des cadres d'emplois dont la limite d'âge est inférieure à la limite d'âge prévue au premier alinéa de l'article 1er de la présente loi sont, sur leur demande, lorsqu'ils atteignent cette limite d'âge, maintenus en activité jusqu'à un âge égal à la limite d'âge prévue au même premier alinéa, dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat, sous réserve de leur aptitude physique () ".

3. L'article 4 du décret du 30 décembre 2009 pris pour l'application de l'article 1-3 de la loi du 13 septembre 1984, dans sa version alors applicable, prévoyait que : " I. ' La demande de prolongation d'activité est présentée par le fonctionnaire à l'employeur public au plus tard 6 mois avant la survenance de la limite d'âge. Il en est accusé réception. / La demande est accompagnée d'un certificat médical appréciant, au regard du poste occupé, l'aptitude physique de l'intéressé. () / III. ' La décision de l'employeur public intervient au plus tard trois mois avant la survenance de la limite d'âge. Le silence gardé pendant plus de trois mois sur la demande de prolongation vaut décision implicite d'acceptation () ".

4. Il résulte des dispositions combinées de la loi du 13 septembre 1984 et du décret du 30 décembre 2009 que le silence gardé par l'administration fait naître une décision implicite de rejet sur la demande de maintien en activité fondée sur l'article 1-1 de cette loi et une décision implicite d'acceptation lorsque cette demande a été présentée sur le fondement de l'article 1-3 de la même loi et a respecté les conditions de forme prévues à l'article 4 précité du décret du 30 décembre 2009.

5. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre datée du 18 février 2019, Mme A a adressé au directeur départemental de la sécurité publique de la Gironde une demande de maintien en activité au-delà de la limite d'âge fondée sur les dispositions précitées de l'article 1-3 de la loi du 13 septembre 1984. Toutefois, cette demande n'était pas assortie du certificat médical prévu par les dispositions précitées de l'article 4 du décret du 30 décembre 2009. Si Mme A fait valoir que ce certificat a été établi postérieurement, le 26 mars 2019, elle n'établit pas qu'elle l'aurait ensuite adressé au directeur départemental de la sécurité publique de la Gironde afin de compléter sa demande. En outre, cette demande de prolongation a été retournée à Mme A avec une mention manuscrite précisant qu'elle était entachée d'une erreur de fait concernant sa date de départ à la retraite pour limite d'âge et, dès lors, prématurée. De fait, Mme A y indiquait qu'elle pouvait faire valoir ses droits à la retraite pour limite d'âge à compter du 19 mai 2020 alors qu'il ressort de la décision d'admission à la retraite pour limite d'âge en date du 14 septembre 2020, et n'est pas contesté, qu'elle ne pouvait en réalité faire valoir ses droits à la retraite qu'à compter du 17 décembre 2020.

6. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que cette demande de prolongation incomplète, entachée d'une erreur de fait modifiant le calcul de ses droits à pension et expressément rejetée comme prématurée, aurait néanmoins fait naître une décision implicite d'acceptation.

Sur le courriel du 19 août 2020 :

7. Mme A soutient que le courriel échangé le 19 août 2020 entre un agent du secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur et un agent du service de gestion opérationnelle - ressources humaines du même ministère dans le cadre de l'instruction de son départ à la retraite constituerait une décision de retrait de la décision tacite d'acceptation de sa demande de prolongation d'activité. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que Mme A n'était titulaire d'aucune décision d'acceptation. Par suite, c'est à bon droit que les premiers juges ont considéré que ce courriel ne lui faisait pas grief et ont, par conséquent, rejeté ses conclusions à son encontre comme irrecevables.

Sur l'arrêté du 14 septembre 2020 :

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du courriel du 19 août 2020 priverait de base légale l'arrêté du 14 septembre 2020 l'admettant à la retraite pour limite d'âge, lequel n'est au demeurant pas fondé sur ce courriel.

Sur l'existence d'une faute dans la gestion administrative de la situation de Mme A :

9. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 5, que, contrairement ce que soutient Mme A, le traitement de sa demande de maintien en activité du 18 février 2019 n'a pas fait l'objet d'un délai de traitement excessivement long et elle n'a pas été laissée dans l'incertitude concernant les suites réservées à cette demande.

10. D'autre part, Mme A soutient que l'administration aurait tardé à répondre à sa demande de liquidation de ses droits à congés et produit à l'appui de cette allégation une demande en ce sens datée du 19 octobre 2019. Toutefois, elle ne justifie pas avoir adressé ce document à sa hiérarchie alors, au demeurant, qu'il ne comportait aucune précision sur les périodes au titre desquelles elle souhaitait prendre ses congés. En outre, en réponse à une seconde demande de liquidation de ses droits à congé en date du 20 janvier 2020, le chef de division lui a indiqué, par une note remise en mains propres dès le 25 février suivant, que les droits à congés mentionnés sur cette demande étaient erronés. Par une lettre du 25 mars 2020, elle a alors formulé une troisième demande, dont elle n'indique pas à quelle date elle aurait été réceptionnée par l'administration mais à laquelle il a été fait droit puisque, selon ses propres écritures, elle a été placée en congé à partir du 16 mai 2020 et jusqu'à son admission à la retraite, le 17 décembre 2020.

11. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la gestion de ses demandes de prolongation d'activité et de liquidation de congés payés aurait présenté un caractère fautif.

Sur le préjudice :

12. Eu égard à ce qui précède, en l'absence de toute faute de l'administration, l'appelante n'est pas fondée à demander l'indemnisation des préjudices dont elle se prévaut.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas davantage fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont rejeté ses demandes tendant à l'annulation d'une décision inexistante du 19 août 2020 et de l'arrêté du 14 septembre 2020 ainsi qu'à l'indemnisation des préjudices que lui auraient causés ces décisions et le traitement de ses demandes de congé. Sa requête doit dès lors être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Laurent Pouget, président,

Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,

M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 mars 2024.

Le rapporteur,

Manuel B

Le président,

Laurent PougetLa greffière,

Chirine Michallet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

N°22BX02195

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