mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX02224 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | SAVIGNY DELPHINE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C D a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler la décision du 7 juillet 2020 par laquelle le préfet de La Réunion a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de sa fille F.
Par un jugement n° 2001141 du 14 mars 2022, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 22 août 2022, Mme C D, représentée par Me Savigny, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de La Réunion du 14 mars 2022 ;
2°) d'annuler cette décision du préfet de La Réunion du 7 juillet 2020 ;
3°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de délivrer à sa fille un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme D soutient que :
- la décision attaquée méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par le décret du 29 avril 1976, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le droit communautaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2022/007381 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 9 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, a été entendu le rapport de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, ressortissante malgache née le 28 septembre 1988, est entrée en France avec son époux français, le 9 novembre 2014. Le 16 novembre 2018, elle a présenté une demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille mineure, E, née le 15 juillet 2008. Par une décision du 7 juillet 2020, le préfet de La Réunion a refusé de faire droit à sa demande. Mme D relève appel du jugement du 14 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande d'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 411-5 du même code : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. Les ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel ; (). ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, si le préfet est en droit de rejeter une demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises, notamment, comme en l'espèce, en cas d'insuffisance des ressources du demandeur, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit du demandeur de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou de l'intérêt supérieur d'un enfant en méconnaissance des stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
5. Mme D ne conteste plus en appel le motif que le préfet de La Réunion lui a opposé pour refuser de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille mineure, tiré de l'insuffisance de ses ressources.
6. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante, qui est entrée sur le territoire national, à La Réunion, le 9 novembre 2014 sous couvert d'une carte de résident en qualité de conjointe de français, avait, avant de déposer une demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille, sollicité à trois reprises la délivrance d'un visa auprès du consulat général de France à Madagascar en faveur de cette dernière, demandes qui ont toutes été rejetées par des décisions des 19 septembre 2016, 13 juillet 2017 et 26 novembre 2019. Il ressort en outre des pièces du dossier que, par une ordonnance du 1er mars 2019 du tribunal de première instance de Nosy-Be (Madagascar), Mme D qui s'est rendue à plusieurs reprises à Madagascar pour rendre visite à sa fille, s'est vu confier le plein exercice de l'autorité parentale sur cette dernière afin d'entamer les démarches nécessaires à son déplacement à La Réunion. En l'absence de délivrance de visa, l'enfant qui s'était plainte de faits de maltraitance de la part de son oncle a été confiée à la sœur de la requérante à qui l'autorité parentale a été déléguée par une ordonnance du même tribunal du 4 mars 2020. Mme D produit une attestation de sa sœur, établie le 3 mai 2021, selon laquelle elle reçoit une participation financière mensuelle de 70 euros à l'entretien de l'enfant depuis mars 2020, ainsi que des courriers et échanges téléphoniques avec sa fille, âgée de 12 ans à la date de la décision attaquée. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard en particulier au jeune âge de l'enfant, l'appelante est fondée à soutenir que le préfet de La Réunion, en rejetant sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille, a porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie familiale normale et méconnu l'intérêt supérieur de son enfant, en méconnaissance des stipulations citées au point 3.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Eu égard aux motifs d'annulation retenus par le présent arrêt, et alors qu'il n'est pas contesté que l'intéressée remplit les autres conditions du regroupement familial fixées aux 2° et 3° de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier relatives au logement, la présente décision implique nécessairement qu'il soit fait droit à la demande de Mme D. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de La Réunion d'accorder le regroupement familial au bénéfice de la fille de la requérante, F, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
9. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Savigny, avocate de la requérante, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2001141 du tribunal administratif de La Réunion du 14 mars 2022 est annulé.
Article 2 : La décision du préfet de La Réunion du 7 juillet 2020 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de La Réunion de faire droit à la demande de regroupement familial de Mme D dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : L'Etat versera à Me Savigny, avocate de Mme D, la somme de
1 200 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C D épouse B, à Me Savigny et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 20 mars 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Florence Demurger, présidente,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
M. Anthony Duplan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2023.
Le rapporteur,
Anthony A
La présidente,
Florence DemurgerLa greffière,
Catherine JussyLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026