mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX02290 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | DE FROMENT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société par actions simplifiée (SAS) Guyane et Bois a demandé au tribunal administratif de Saint-Martin d'annuler la décision du 5 novembre 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge la somme de 74 784 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les titres exécutoires émis les 20 et 26 décembre 2019 en vue de recouvrer cette somme.
Par un jugement n° 2000117 du 9 juin 2022, le tribunal administratif de Saint-Martin a annulé les titres exécutoires des 20 et 26 décembre 2019, a rejeté le surplus de la demande et a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 17 août 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par Me de Froment, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Saint-Martin du 9 juin 2022 ;
2°) de rejeter la demande de première instance de la société Guyane et Bois ;
3°) de mettre à la charge de la société Guyane et Bois une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- M. D, directeur de l'évaluation de la performance, des achats, des finances et de l'immobilier au ministère de l'intérieur, lequel assure la tutelle de l'Office, était compétent pour signer, au nom de ce ministre, les titres de perception ;
- la compétence du ministre de l'intérieur est également établie par la convention relative aux modalités de constatation et de fixation du montant de la contribution spéciale avec le directeur général de l'OFII, conformément à l'article L. 8253-2 du code du travail ;
- la signature de l'ordonnateur apparaît sur l'état récapitulatif des créances qui est produit ;
- les bases de liquidation figurent dans les titres contestés ;
- la société Guyane et Bois a été mise à même d'exercer ses droits à la défense ;
- la matérialité des faits reprochés est établie par les procès-verbaux dressés par les services de l'inspection du travail ;
- le montant de la contribution spéciale est conforme à l'article R. 8253-2 du code du travail ;
- l'application de la contribution forfaitaire n'est pas subordonnée au réacheminement effectif de l'étranger.
La requête a été communiquée à la société Guyane et Bois, au ministre de l'intérieur et à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne qui n'ont pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Duplan, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle effectué par les services de police de Saint-Martin le 19 février 2019, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que la société Guyane et Bois avait employé quatre étrangers démunis de titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité salariée en France. Par une décision du 5 novembre 2019, le directeur général de l'Office a mis à la charge de la société Guyane et Bois la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour un montant de 72 400 euros, et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un montant de 2 384 euros. Le ministre de l'intérieur a émis deux titres exécutoires en vue de recouvrer ces sommes, les 20 et 26 décembre 2019. La société Guyane et Bois a demandé au tribunal administratif de Saint-Martin d'annuler la décision du 5 novembre 2019 ainsi que les deux titres exécutoires. Par un jugement du 9 juin 2022, le tribunal a annulé les titres exécutoires en litige et rejeté le surplus des conclusions de la demande. Par la présente requête, l'OFII demande à la Cour d'annuler le jugement du 9 juin 2022 et de rejeter la demande de la société Guyane et Bois.
Sur le moyen d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".
3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire. Les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé l'état revêtu de la formule exécutoire doivent, en revanche, être mentionnés sur le titre de perception, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
4. Les premiers juges, après avoir relevé que les ampliations des titres de recettes notifiées à la société Guyane et Bois, qui mentionnaient l'identité de leur émetteur, M. C D, directeur de l'évaluation de la performance, des achats, des finances et de l'immobilier (DEPAFI) ne comportaient pas la signature de ce dernier, ont constaté que ni l'Office, ni le ministre de l'intérieur ne produisaient l'état revêtu de la formule exécutoire comportant la signature de l'auteur des titres litigieux, pour en déduire que les titres exécutoires émis les 20 et 26 décembre 2019 ne répondaient pas aux exigences des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.
5. Si l'OFII produit pour la première fois en appel un état récapitulatif des créances mises en recouvrement mentionnant les titres exécutoires en cause, celui-ci n'est pas signé par M. D, mais par Mme A E, cheffe du pôle recette du centre des prestations financières de la DEPAFI. Il s'ensuit que les ampliations des titres de perception adressées à la société Guyane et Bois ne comportent pas les noms, prénoms et qualité du signataire, nonobstant la circonstance que ce dernier aurait reçu délégation du directeur de l'évaluation de la performance, des achats, des finances et de l'immobilier, et méconnaissent ainsi les dispositions précitées au point 2.
6. Il résulte de ce qui précède que l'OFII n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Saint-Martin a annulé les titres exécutoires émis à l'encontre de la société Guyane et Bois les 20 et 26 décembre 2019. Par suite, la requête de l'OFII doit être rejetée en toutes ses conclusions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de l'OFII est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la société Guyane et Bois. Copie en sera délivrée pour information à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Ghislaine Markarian, présidente,
M. Frédéric Faïck, président assesseur,
M. Julien Dufour, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juillet 2024.
Le rapporteur,
Julien B
La présidente,
Ghislaine Markarian La greffière,
Catherine JussyLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°22BX02290
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026