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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX02392

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX02392

lundi 22 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX02392
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDJAFOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. M'ze A a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel le préfet de La Réunion lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2200350 du 30 juin 2022, le président du tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022 et régularisée le 12 janvier 2023, M. A, représenté par Me Djafour, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du président du tribunal administratif de La Réunion du 30 juin 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 du préfet de La Réunion ;

3°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige n'a pas respecté son droit d'être entendu tel qu'il est garanti par les stipulations des articles 41, 47 et 48 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'aucune procédure contradictoire n'a été mise en œuvre ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation dès lors qu'il vit en France depuis plus de deux ans et demi ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée conformément aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que le préfet ne l'a pas motivée au regard de l'ensemble des critères prévus à l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n°2022/012787 du 13 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux, a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. M'ze A, ressortissant comorien né le 31 décembre 1998, est entré en France le 8 mai 2019 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 mai 2021 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 15 novembre 2021. Par un arrêté du 18 février 2022, le préfet de La Réunion lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A relève appel du jugement du 30 juin 2022 par lequel le président du tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement est éloigné : 1° A destination du pays dont il a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu le statut de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Ou, en application d'un accord ou arrangement de réadmission communautaire ou bilatéral, à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ; 3° Ou, avec son accord, à destination d'un autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

4. M. A reprend en appel le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige méconnaît les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au soutien duquel il précise qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants des autorités comoriennes en raison de ses opinions politiques. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile notamment aux motifs qu'il n'apporte aucun développement circonstancié et personnalisé sur les difficultés qu'il aurait rencontrées. Si M. A produit en appel le témoignage d'un compatriote résidant à La Réunion qui atteste qu'il a rejoint un groupe de parole qui se réunit pour aborder des sujets politiques en opposition avec le gouvernement comorien en place, ce seul élément ne permet pas d'établir que l'intéressé serait exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des articles précités doit être écarté.

5. En second lieu, M. A reprend dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les autres moyens invoqués en première instance. Il n'apporte en appel aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune nouvelle pièce à l'appui de ces moyens auxquels le président du tribunal administratif a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le premier juge.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. M'ze A.

Une copie sera adressée pour information au préfet de La Réunion.

Fait à Bordeaux, le 22 mai 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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