mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX02411 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | BONNEAU |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D C a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler la décision du 16 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Par un jugement n° 2101040 du 7 juillet 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2022, M. C, représenté par Me Bonneau, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2101040 du 7 juillet 2022 du tribunal administratif de Poitiers ;
2°) d'annuler la décision du 16 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui verser l'allocation de demandeur d'asile avec effet rétroactif pour l'ensemble de la période pendant laquelle il en a été privé, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date de l'arrêt à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter des observations écrites, en méconnaissance de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de vulnérabilité ;
- elle porte atteinte à la liberté du droit d'asile, à sa dignité humaine et à sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, l'OFII, représenté par Me de Froment, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A B et les observations de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant russe né le 22 mai 1979, a formé le 16 février 2021 une demande d'asile. Par une décision du même jour, le directeur général de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. C relève appel du jugement n° 2101040 du 7 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 16 février 2021 et à ce qu'il soit enjoint à l'OFII de lui verser l'allocation de demandeur d'asile avec effet rétroactif pour l'ensemble de la période pendant laquelle il en a été privé, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée, qui refuse d'accorder à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, vise les articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que M. C a présenté, sans motif légitime, sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France et qu'il a tenté d'obtenir frauduleusement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues pour les demandeurs d'asile. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le tribunal administratif de Poitiers a estimé que la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, selon l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. ". Aux termes de l'article D. 744-38 du même code, alors en vigueur : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ".
4. Il résulte des dispositions précitées que l'obligation de mettre en mesure le demandeur d'asile de présenter des observations avant l'intervention d'une décision ne s'applique qu'aux décisions portant retrait des conditions matérielles d'accueil et non aux décisions refusant d'accorder le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la décision attaquée a pour objet de lui refuser l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, selon l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, aux termes de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".
6. La décision attaquée indique que sans motif légitime, M. C a présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France de sorte que conformément aux dispositions précitées des articles L. 744-8 2° et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été refusé. M. C soutient qu'en raison de son état de santé, il a fait l'objet d'hospitalisations à compter du mois de janvier 2021 et a fait l'objet d'examens médicaux complémentaires en mars 2021. Il n'établit toutefois pas que ces hospitalisations et examens médicaux l'auraient empêché de présenter sa demande d'asile dans le délai de 90 jours imparti par les dispositions précitées. Dans ces conditions, dès lors que l'intéressé ne justifie pas d'un motif légitime, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'OFII lui a refusé, pour ce seul motif, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
7. En quatrième lieu, M. C soutient qu'il ne disposait d'aucune solution d'hébergement stable alors qu'il est suivi médicalement par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux au sein du service médico-chirurgical de valvulothérapies et cardiomyopathies, qu'il fait l'objet d'examens médicaux et qu'il suit un traitement d'antidépresseurs, d'anxiolytiques. Toutefois, les différents éléments produits par l'intéressé ne permettent pas d'établir la gravité de sa situation médicale, ni son état de vulnérabilité. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'OFII a commis une erreur d'appréciation de son état de vulnérabilité.
8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si M. C se prévaut de son état de santé, ainsi qu'il a été dit au point 6, il ne produit aucun élément probant de nature à établir que la décision attaquée, qui pouvait être légalement prise, ainsi qu'il a été dit au point 5, sans méconnaître le droit d'asile du requérant, porterait atteinte à sa dignité et à sa vie privée et familiale telles que protégées par les stipulations précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 16 février 2022 par laquelle le directeur général de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à ce que l'OFII soit condamné au versement d'une somme d'argent au titre des frais de justice ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Evelyne Balzamo, présidente de chambre,
Mme Bénédicte Martin, présidente assesseure,
Mme Pauline Reynaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
La rapporteure,
Pauline B La présidente,
Evelyne Balzamo,
Le greffier,
Christophe Pelletier La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026