jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX02413 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre (formation à 3) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B a demandé au tribunal administratif de la Guyane, d'une part, d'annuler la décision du 9 septembre 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier " Andrée Rosemon " de Cayenne a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle pour la prise en charge de l'instance qu'il a introduite devant le tribunal correctionnel de Cayenne et, d'autre part, de condamner le centre hospitalier de Cayenne à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices moraux et psychologiques qu'il estime avoir subis.
Par un jugement n° 2101278 du 13 juillet 2022, le tribunal administratif de la Guyane a annulé la décision du 9 septembre 2021 pour incompétence de son auteur, mis à la charge du centre hospitalier de Cayenne la somme de 1 200 euros au titre des frais de procédure, et rejeté le surplus des demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2022, M. B, représenté par Me Garay, demande à la cour :
1°) de réformer le jugement du tribunal administratif de la Guyane du 13 juillet 2022 en tant qu'il n'a pas fait droit à son moyen de légalité interne et qu'il a rejeté ses conclusions indemnitaires ;
2°) d'annuler la décision du 9 septembre 2021 ;
3°) de condamner le centre hospitalier de Cayenne à lui verser une indemnité de 2 000 euros en réparation de ses préjudices ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cayenne la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-le tribunal ne pouvait se borner à annuler la décision pour incompétence " sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête " et a dénaturé ses conclusions en se prononçant sur une demande d'indemnité en réparation du préjudice subi qu'il n'avait pas présentée ;
- ainsi que l'a admis le tribunal, la décision en litige est entachée d'incompétence ;
- la décision est également entachée d'une erreur d'appréciation en ce que le contenu de la lettre du 28 septembre 2020 du Dr A n'est pas susceptible de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique en raison des termes accusateurs employés et du fait de sa communication à la directrice de l'agence régionale de santé et au président du conseil régional de l'ordre des médecins ; son contenu est constitutif de dénonciations calomnieuses, objet de la plainte pénale ; cette lettre ne peut être regardée comme une mise en garde sur des pratiques administratives irrégulières, dès lors qu'il s'agit d'une attaque qui repose sur des faits qui n'ont pu être débattus de manière contradictoire, en méconnaissance du devoir de bonne confraternité ; les accusations formulées à son encontre sont présentées sous des apparences tendancieuses et exagérées dans leur portée, ce que démontre le fait qu'il est toujours en fonction sans avoir fait l'objet d'une sanction disciplinaire du CNG ni de poursuites devant le conseil de l'ordre, malgré la transmission des griefs à ces deux instances ;
- l'illégalité de la décision en litige est de nature à lui ouvrir droit à réparation dès lors qu'elle l'a conduit à des arrêts de travail pendant de longs mois et a mis fin à son activité de médecin régulateur, lui faisant perdre un revenu mensuel de 1 800 euros ; il a également dû supporter les frais de justice et l'atteinte à son honneur et à sa considération professionnelle ; la somme de 1 000 euros est sollicitée aussi bien pour son préjudice moral que pour son préjudice psychologique.
Par une ordonnance du 27 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 28 juin 2024.
Par lettre du 7 août 2024, les parties ont été informées que la solution du litige était susceptible de reposer partiellement sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que la Cour annule le refus de protection fonctionnelle contesté pour un autre motif que celui retenu par le tribunal, dès lors que les conditions dérogatoires prévues dans la décision du Conseil d'État n°409678 du 21 décembre 2018 ne sont pas remplies au regard des conclusions formulées en première instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Antoine Rives,
- les conclusions de Mme Charlotte Isoard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Garay, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, après avoir été praticien contractuel pendant cinq ans successivement aux centres hospitaliers du Puy-en-Velay puis de Cayenne, a été nommé, par ce
dernier établissement, praticien hospitalier titulaire le 1er juillet 2006 et affecté au SAMU 973. Le 20 mai 2021, il a introduit une plainte pénale à l'encontre de M. A, chef de service des urgences de l'établissement, pour des faits de dénonciation calomnieuse à la suite d'un évènement survenu le 26 septembre 2020. Le tribunal correctionnel ayant décidé, par un jugement du 8 juin 2021, de renvoyer l'affaire à une audience du 12 avril 2022, M. B a demandé au directeur du centre hospitalier de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle en vue de la prise en charge de ses frais de justice. Par une décision
du 9 septembre 2021, le directeur du centre hospitalier a refusé de faire droit à sa demande. M. B relève appel du jugement du 13 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de la Guyane a annulé cette décision au seul motif de l'incompétence de la signataire, directrice des ressources et de l'attractivité médicale, au regard du champ de sa délégation, et a rejeté ses conclusions indemnitaires au motif que la même décision aurait pu être prise si elle avait été signée par l'autorité compétente.
Sur la régularité du jugement :
2. Le motif par lequel le juge de l'excès de pouvoir juge fondé l'un quelconque des moyens de légalité soulevés devant lui ou des moyens d'ordre public qu'il relève d'office suffit à justifier l'annulation de la décision administrative contestée. Il s'ensuit que, sauf dispositions législatives contraires, le juge de l'excès de pouvoir n'est en principe pas tenu, pour faire droit aux conclusions à fin d'annulation dont il est saisi, de se prononcer sur d'autres moyens que celui qu'il retient explicitement comme étant fondé.
3. La portée de la chose jugée et les conséquences qui s'attachent à l'annulation prononcée par le juge de l'excès de pouvoir diffèrent toutefois selon la substance du motif qui est le support nécessaire de l'annulation. C'est en particulier le cas selon que le motif retenu implique ou non que l'autorité administrative prenne, en exécution de la chose jugée et sous réserve d'un changement des circonstances, une décision dans un sens déterminé. Il est, à cet égard, loisible au requérant d'assortir ses conclusions à fin d'annulation de conclusions à fin d'injonction, tendant à ce que le juge enjoigne à l'autorité administrative de prendre une décision dans un sens déterminé, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, ou à ce qu'il lui enjoigne de reprendre une décision dans un délai déterminé, sur le fondement de l'article L. 911-2 du même code.
4. Lorsque le juge de l'excès de pouvoir annule une décision administrative alors que plusieurs moyens sont de nature à justifier l'annulation, il lui revient, en principe, de choisir de fonder l'annulation sur le moyen qui lui paraît le mieux à même de régler le litige, au vu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Mais, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions à fin d'annulation, des conclusions à fin d'injonction tendant à ce que le juge enjoigne à l'autorité administrative de prendre une décision dans un sens déterminé, il incombe au juge de l'excès de pouvoir d'examiner prioritairement les moyens qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de l'injonction demandée. Il en va également ainsi lorsque des conclusions à fin d'injonction sont présentées à titre principal sur le fondement de
l'article L. 911-1 du code de justice administrative et à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 911-2.
5. De même, lorsque le requérant choisit de hiérarchiser, avant l'expiration du délai de recours, les prétentions qu'il soumet au juge de l'excès de pouvoir en fonction de la cause juridique sur laquelle reposent, à titre principal, ses conclusions à fin d'annulation, il incombe au juge de l'excès de pouvoir de statuer en respectant cette hiérarchisation, c'est-à-dire en examinant prioritairement les moyens qui se rattachent à la cause juridique correspondant à la demande principale du requérant.
6. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens assortissant la demande principale du requérant mais retient un moyen assortissant sa demande subsidiaire, le juge de l'excès de pouvoir n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler la décision attaquée : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande principale.
7. En l'espèce, le requérant n'avait pas hiérarchisé ses moyens ni sollicité une injonction devant le tribunal. Il n'est donc pas fondé à soutenir que les premiers juges auraient méconnu leur office en se bornant à retenir le moyen tiré de l'incompétence de la signataire du refus de protection fonctionnelle pour annuler la décision.
8. Par ailleurs, le requérant avait bien sollicité devant le tribunal une indemnité pour son préjudice moral et une indemnité pour son préjudice psychologique en lien avec la prétendue illégalité du refus de protection fonctionnelle, et ne saurait critiquer le jugement pour s'être prononcé sur ces conclusions, au demeurant en répondant à son argumentation relative à la légalité interne de la décision.
9. Il résulte de ce qui précède que le jugement n'est pas entaché d'irrégularité.
Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 9 septembre 2021 :
10. Il résulte de ce qui précède que le requérant, qui a obtenu l'annulation de la décision qu'il attaquait, n'est pas recevable à demander à la cour de prononcer cette annulation pour un motif de légalité interne.
Sur les conclusions indemnitaires :
11. Aux termes des dispositions du IV de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations du fonctionnaire, alors en vigueur, rendues applicables aux praticiens hospitaliers par l'article L. 6152-4 du code de la santé publique : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".
12. Si la protection résultant du principe rappelé au point précédent n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
13. M. B a sollicité, le 24 juin 2021, auprès du directeur général du centre hospitalier de Cayenne, le bénéfice de la protection fonctionnelle dans le cadre d'une procédure pénale qu'il a engagée à l'encontre du docteur A pour des faits de dénonciation calomnieuse, en raison d'un courrier du 28 septembre 2020 que son chef de service a adressé au directeur de l'établissement. Dans ce courrier, M. A a reproché à M. B d'avoir méconnu,
le 26 septembre précédent, certaines des obligations relatives au transport de patients décédés. Selon ce courrier, intitulé " rapport circonstancié ", le M. B, médecin régulateur, aurait pris la décision, alors que le décès du patient avait été constaté par deux médecins et que le médecin du service mobile d'urgence et de réanimation l'avait informé du refus du chef de service d'autoriser le transport, de transporter ce patient décédé à Grand-Santi en utilisant les moyens du service d'aide médicale urgente et en le maintenant intubé, ce qui, selon son auteur, démontrerait une volonté de dissimuler son état. Il lui est également reproché d'avoir modifié le planning du jour pour déplacer deux médecins de leurs postes, sans en avoir l'autorité, et d'avoir mobilisé le seul transport aérien disponible pour les urgences. Le chef de service l'a également accusé d'avoir fait établir un faux certificat médical pour constater le décès à l'arrivée du corps à destination. Si M. B conteste vigoureusement les faits qui lui sont reprochés, tant le contenu que les termes utilisés par son chef de service ne sauraient s'analyser comme une attaque dépassant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, de nature à ouvrir droit à une protection fonctionnelle. Par ailleurs, la circonstance que ce rapport a été adressé en copie, non seulement à M. B pour observations éventuelles, mais également au président de la commission médicale d'établissement, au chef de pôle Urgences soins critiques, à la directrice générale de l'agence régionale de santé et au président du conseil régional de l'ordre des médecins n'est pas de nature à établir que M. A aurait excédé le champ du pouvoir hiérarchique, alors que les faits qui étaient reprochés à M. B étaient susceptibles d'être présentés devant une instance disciplinaire.
Sur la demande indemnitaire :
14. Ainsi qu'il ressort de ce qui a été exposé au point précédent, le directeur général du centre hospitalier de Cayenne aurait pu légalement prendre la décision en litige si elle n'avait pas été entachée d'un vice d'incompétence de son signataire. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que les préjudices qu'il a subis seraient en lien direct avec le vice d'incompétence entachant la décision du 9 septembre 2021.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Guyane a annulé la décision
du 9 septembre 2021 uniquement pour un vice de légalité externe et a rejeté ses conclusions indemnitaires.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Cayenne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C B et au centre hospitalier de Cayenne.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Catherine Girault, présidente,
Mme Anne Meyer, présidente assesseure,
M. Antoine Rives, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
Antoine Rives
La présidente,
Catherine Girault
Le greffier,
Fabrice Benoit
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026