mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX02462 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | COUPILLAUD |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Par une première requête, la société Brink's Evolution a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision du 10 novembre 2020 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. A, la décision par laquelle la ministre du travail a implicitement rejeté le recours hiérarchique formé contre la décision du 10 novembre 2020 et la décision du 17 août 2021 par laquelle la ministre du travail a expressément rejeté ce recours hiérarchique.
Par une seconde requête, la société Brink's Evolution a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision du 17 août 2021 par laquelle la ministre du travail a rejeté le recours hiérarchique formé contre la décision du 10 novembre 2020.
Par un jugement n°s 21003298 -2101674 du 5 juillet 2022, le tribunal administratif de Bordeaux, après avoir joint les deux requêtes, a rejeté ses demandes.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 septembre 2022, le 12 juillet 2024 et le 21 mars 2024 avant clôture de l'instruction, la société Brink's Evolution, représentée par le cabinet Chassany Watrelot et associés, agissant par Me Watrelot, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 5 juillet 2022 précité ;
2°) d'annuler la décision du 17 août 2021 par laquelle la ministre du travail a rejeté le recours hiérarchique formé contre la décision du 10 novembre 2020 ;
3°) d'enjoindre à l'administration, à titre principal, d'autoriser le licenciement de M. A dans le délai d'un mois suivant l'arrêt à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. A, dans un délai de deux mois suivant l'arrêt à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le premier grief reproché à M. A, qui s'est présenté au stand de tir pour effectuer une séance alors qu'il était équipé d'un holster de cuisse personnel et non conforme, est d'une gravité suffisante pour justifier à lui seul le licenciement de l'intéressé ;
- le deuxième grief reproché à M. A, qui a indiqué ne pas porter son gilet pare-balles lorsqu'il exerce sa mission de convoyeur conducteur, est d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement de M. A ;
- le troisième grief reproché à M. A, qui a assuré une desserte avec son revolver dans un étui porté en bandoulière autour du torse, est d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement de l'intéressé ;
- aucun motif d'intérêt général ne justifie que la demande d'autorisation de licenciement de M. A soit rejetée ;
- de manière générale, l'attitude de M. A est provocatrice et contraire aux règles qui régissent le métier de convoyeur de fond.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2023, le ministre du travail conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 décembre 2023 et le 19 février 2024, M. B A, représenté par Me Coupillaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Brink's Evolution une somme de 1 490 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens dont la somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie.
Il soutient, à titre principal, que la requête d'appel est tardive et, à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mars 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caroline Gaillard,
- les conclusions de M. Anthony Duplan, rapporteur public,
- et les observations de Me Livernet d'Angelis, substituant Me Watrelot, pour la société Brink's Evolution et de Me Coupillaud pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, salarié de la société Brink's Evolution depuis plus de vingt ans, exerce en qualité de convoyeur au sein de l'agence de Bègles. Il détient également les mandats de représentant syndical au comité social et économique d'établissement ouest et central. La société Brink's Evolution a demandé l'autorisation de licencier M. A pour motif disciplinaire le 4 août 2020. L'inspectrice du travail lui a opposé un refus par décision du 10 novembre 2020. La ministre du travail a implicitement rejeté le recours hiérarchique formé par la société contre cette décision. Par décision du 17 août 2021, la ministre du travail a annulé la décision de l'inspectrice du travail, a retiré la décision implicite prise sur recours hiérarchique, et a refusé d'autoriser le licenciement de M. A. La société Brink's Evolution a demandé au tribunal administratif de Bordeaux, par deux requêtes distinctes, d'annuler la décision de l'inspectrice du travail du 10 novembre 2020, d'annuler la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique et d'annuler la décision de la ministre du travail du 17 août 2021. Par un jugement du 5 juillet 2022, le tribunal, après avoir joint les deux requêtes, a rejeté ses demandes. La société Brink's Evolution relève appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté sa demande d'annulation de la décision du 17 août 2021 par laquelle la ministre du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. A.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
3. Pour justifier de la demande d'autorisation de licenciement de M. A pour motif disciplinaire, la société Brink's Evolution oppose trois griefs à l'intéressé. Ainsi, elle reproche à M. A de s'être présenté le 3 juin 2020 au stand de tir équipé d'un holster personnel non conforme au holster imposé par le règlement intérieur de l'entreprise, d'avoir indiqué qu'il ne portait pas de gilet pare-balles lorsqu'il exerce sa mission de convoyeur de fonds, et d'avoir assuré le 28 juin 2020 une desserte avec son arme dans un étui porté en bandoulière.
4. En premier lieu, selon l'article 11.1 du règlement intérieur de la société requérante tout membre du personnel " ne peut s'équiper ou utiliser des matériels et/ou équipements qui ne lui ont pas été confiés par l'entreprise pour l'exécution de son contrat de travail ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est présenté le 3 juin 2020 au stand de tir équipé d'un holster de cuisse personnel réglable en hauteur. Les faits reprochés à M. A concernant ce premier grief sont matériellement établis. Cependant, compte tenu de l'état de santé de l'intéressé qui souffre d'une pathologie au niveau de la colonne vertébrale et a le statut de travailleur handicapé, et de l'avis du médecin du travail du 10 mars 2020, dont la société Brink's n'a pas tenu compte, selon lequel le port d'un holster de cuisse réglable en hauteur serait " bénéfique ", en estimant que les faits qui lui sont reprochés n'étaient pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, la ministre du travail n'a commis ni d'erreur de fait, ni d'erreur droit ou d'appréciation.
6. En deuxième lieu, selon l'article 12 du contrat de travail de M. A : " Le port du gilet pare-balles, fermé et muni de ses plaques de protection balistique est obligatoire pendant toute la durée du service. M. A s'engage expressément à se conformer à cette disposition ". Par ailleurs, l'article 4.1 du règlement intérieur de la société " Brink's évolution " prévoit qu'il est " obligatoire de porter les équipements de protection individuelle et de respecter les consignes relatives à ces équipements ". Enfin aux termes de l'article R. 613-43 du code de la sécurité intérieure : " Le port du gilet pare-balles, dont le modèle est fixé par un arrêté du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des transports, est obligatoire pour tout convoyeur que l'exécution de la mission conduit à sortir du véhicule. ".
7. M. A a indiqué à la société Brink's Evolution, au cours de l'entretien préalable du 19 juin 2020, ne pas avoir porté son gilet pare-balles lors de sa mission de convoyeur, lorsqu'il a occupé très occasionnellement la place de conducteur dans le fourgon. Ainsi, M. A ne conteste pas la matérialité des faits reprochés tout en précisant que cette situation ne s'est produite qu'une seule fois, et qu'elle résulte de ses problèmes de santé et de sa corpulence qui rend difficile le port de ce gilet. Si un tel comportement est fautif dès lors qu'il met en péril sa propre sécurité, compte tenu de du caractère isolé des faits reprochés, en estimant en l'espèce alors que le médecin du travail avait préconisé, par un avis du 8 juillet 2019, l'utilisation d'un véhicule avec boîte automatique, qu'ils n'étaient pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, la ministre du travail n'a commis ni d'erreur de fait, ni d'erreur droit ou d'appréciation.
8. En troisième lieu, selon l'article 9.4 du règlement intérieur : " quels que soient son affectation et son poste l'ensemble du personnel doit revêtir une tenue correcte conforme à nos obligations en termes de sécurité ". Il ressort des pièces des pièces du dossier que le 25 juin 2020, M. A a assuré une desserte avec son revolver dans un étui porté en bandoulière autour du torse. Les faits qui lui sont ainsi reprochés sont matériellement établis. Cependant, compte tenu qu'il ne portait pas son arme à l'horizontale mais la tenait contre son torse, le canon pointé vers le sol, en estimant que de tels faits qui présentent un caractère isolé et que M. A justifie par sa corpulence et par son état de santé, n'étaient pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, la ministre du travail n'a commis ni d'erreur de fait, ni d'erreur droit ou d'appréciation.
9. Enfin il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient la société Brink's Evolution, que M. A aurait décidé d'adopter par principe une attitude provocatrice et de défiance vis-à-vis de son employeur. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu des pathologies dont souffre M. A, de son ancienneté de plus de vingt ans en qualité de convoyeur au sein de la société requérante, et de l'absence de sanctions disciplinaires antérieures, à l'exception de l'avertissement du 12 mars 2020 précité relatif au premier grief qui lui est reproché et d'un avertissement ancien du 27 septembre 2011, les faits reprochés à M. A, pris isolément ou dans leur ensemble, ne sont pas, dans les circonstances de l'espèce, d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la société Brink's Evolution n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande d'annulation de la décision ministérielle du 17 août 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Brink's Evolution sur ce fondement. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Brink's Evolution la somme de 1 490 euros que demande M. A au titre des mêmes dispositions.
12. D'autre part, la somme de 13 euros demandée par M. A au titre des dépens correspond à des droits de plaidoirie qui ne sont pas au nombre des dépens énumérés par l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions de M. A présentées à ce titre ne peuvent en conséquence qu'être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la société Brink's Evolution est rejetée.
Article 2 : La société Brink's Evolution versera à M. A une somme de 1 490 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à à la société Brink's Evolution, au ministre du travail du plein emploi et de l'insertion et à M. B A.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Ghislaine Markarian, présidente,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
Mme Caroline Gaillard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 juillet 2024.
La rapporteure,
Caroline Gaillard
La présidente,
Ghislaine Markarian
La greffière,
Catherine Jussy
La République mande et ordonne au ministre du travail du plein emploi et de l'insertion, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026