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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX02514

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX02514

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX02514
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantGLM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Le syndicat mixte des eaux de la Dordogne (SMDE 24), la commune de Eyraud-Crempse-Maurens et la commune de Campsegret ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel le préfet de la Dordogne a autorisé la création du syndicat mixte d'alimentation en eau potable (SMAEP) Coteaux Pourpres, issu de la fusion du syndicat mixte d'alimentation en eau potable (SMAEP) Dordogne Pourpre et du syndicat mixte d'alimentation en eau potable (SMAEP) des Coteaux Sud Bergeracois.

Par un jugement n° 2106356 du 20 juillet 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leur demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2022, le syndicat mixte des eaux de la Dordogne (SMDE 24), la commune de Eyraud-Crempse-Maurens et la commune de Campsegret, représentés par l'AARPI GLM Avocat, demandent à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 22 juillet 2022 précité ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel le préfet de la Dordogne a autorisé la création du syndicat mixte d'alimentation en eau potable Coteaux Pourpres ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur la régularité du jugement :

- le tribunal a insuffisamment motivé sa réponse au moyen tiré du détournement de pouvoir ;

- la minute du jugement n'est pas signée ;

Sur le bien-fondé du jugement :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure car les membres de la commission départementale de coopération intercommunale chargée de donner un avis sur le projet de fusion n'ont été destinataires que d'un rapport de trois pages, très sommaire, qui ne comportait pas le projet de statut et n'ont dès lors pas été suffisamment informés, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 5211-36 du code général des collectivités territoriales ;

- il existe une contradiction entre l'arrêté en litige et les statuts sur la date de création du syndicat ;

- les statuts du futur syndicat prévoient la compétence complète sur l'alimentation en eau sans l'accord des communes membres, qui n'avaient autorisé que la compétence en matière de travaux et d'études ; le préfet a d'ailleurs autorisé la protection de la ressource et de ses points de prélèvements, alors que cette dernière compétence fait partie de ses compétences obligatoires, que les syndicats fusionnés lui avaient déjà transférées ;

- le préfet, en fondant son arrêté sur les dispositions de l'article L. 5212-27 du code général des collectivités territoriales, a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'un détournement de procédure, car seules les dispositions de l'article L. 5711-2 du code général des collectivités territoriales s'appliquent aux fusions des syndicats mixtes fermés.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 30 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caroline Gaillard,

- et les conclusions de M. Anthony Duplan, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre du transfert obligatoire de la compétence " eau potable " aux communautés d'agglomération à compter du 1er janvier 2020, en application de l'article 66 de la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), la communauté d'agglomération Bergeracoise est devenue membre, par substitution-représentation des communes membres, de plusieurs syndicats mixtes d'eau potable parmi lesquels le syndicat mixte d'alimentation en eau potable (SMAEP) Dordogne Pourpre et le syndicat mixte d'alimentation en eau potable (SMAEP) des Coteaux Sud Bergeracois, lesquels sont eux-mêmes membres du syndicat mixte des eaux de la Dordogne (SMDE 24). Par une délibération du 21 septembre 2020, la communauté d'agglomération Bergeracoise a décidé d'initier une procédure de fusion du syndicat mixte d'alimentation en eau potable (SMAEP) Dordogne Pourpre et du syndicat mixte d'alimentation en eau potable (SMAEP) des Coteaux Sud Bergeracois. A l'issue de la procédure, le préfet de la Dordogne a décidé, par un arrêté du 26 octobre 2021, la création, à compter du 1er janvier 2021, d'un syndicat mixte d'alimentation en eau potable (SMAEP) Coteaux Pourpres, issu de la fusion des deux syndicats précités. Le SMDE 24, la commune de Eyraud-Crempse-Maurens et la commune de Campsegret, qui sont membres du syndicat mixte d'alimentation en eau potable (SMAEP) Dordogne Pourpre, ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux l'annulation de l'arrêté préfectoral du 26 octobre 2021. Ils relèvent appel du jugement par lequel le tribunal a rejeté leur demande.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la minute du jugement attaqué comporte les signatures prévues à l'article R. 741-7 du code de justice administrative. Dès lors, le moyen tiré de ce que ce jugement serait irrégulier faute de comporter ces signatures doit être écarté.

3. En second lieu, contrairement à ce qui est soutenu, les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à l'ensemble des arguments invoqués, ont répondu de manière suffisamment motivée aux point 5 de leur jugement au moyen tiré d'un détournement de procédure quand bien même ils ont répondu à ce moyen ainsi qu'à celui tiré de l'erreur de droit au regard de l'article L. 5212-27 du CGCT par un considérant unique Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du jugement attaqué doit dès lors être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5711-1 du code général des collectivités territoriales : " Les syndicats mixtes constitués exclusivement de communes et d'établissements publics de coopération intercommunale et ceux composés uniquement d'établissements publics de coopération intercommunale sont soumis aux dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre II de la présente partie. ". Selon l'article L. 5711-2 : " Les syndicats mixtes peuvent être autorisés à fusionner. La fusion est opérée dans les conditions prévues par l'article L. 5211-41-3, à l'exception des dispositions relatives à la continuité territoriale ". Aux termes de l'article L. 5212-27 du même code : " I. - Des syndicats de communes et des syndicats mixtes peuvent être autorisés à fusionner dans les conditions fixées par le présent article. / Le projet de périmètre du nouveau syndicat envisagé peut être fixé par arrêté du représentant de l'Etat dans le département lorsque les membres font partie du même département, ou par arrêté conjoint des représentants de l'Etat dans les départements concernés () / III. - L'établissement public issu de la fusion constitue de droit () soit, dans le cas contraire, un syndicat prévu à l'article L. 5711-1 ou, selon sa composition, à l'article L. 5721-1. /. () ".

5. Il résulte de ce qui précède que les syndicats mixtes dits fermés, composés exclusivement en application de l'article L. 5711-1 du code général des collectivités territoriales, de communes, d'établissements publics de coopération intercommunale ou uniquement de ces derniers, sont soumis aux dispositions des chapitres I et II du titre 1er du livre II de la cinquième partie de la partie législative du code relative à la coopération intercommunale, dispositions au nombre desquelles figurent celles de l'article L. 5212-27 du code général des collectivités territoriales, qui autorisent la fusion entre eux de syndicats mixtes, et dont le Préfet a pu faire application en l'espèce. En outre, si, comme a pu le juger à bon droit le Tribunal, cette procédure n'est pas exclusive de la procédure de fusion prévue par les dispositions spécifiques relatives aux syndicats mixtes reprises à l'article L. 5711-2 figurant au livre VII de la cinquième partie, l'article L. 5711-2 prévoit que la fusion est alors opérée dans les conditions prévues à l'article L. 5211-41-3, repris également à cet égard au livre II de la cinquième partie, et qui exigent que la fusion comprenne au moins un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre. Or, et ainsi que l'a soutenu le Préfet en défense, la fusion en l'espèce des deux SMAEP n'inclut pas un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre et ne pouvait par suite être fondée sur l'article L. 5711-2 du code général des collectivités territoriales. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que cette procédure de l'article L. 5711-2 devait seule s'appliquer.

6. En deuxième lieu, Aux termes de l'article R. 5211-35 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions des articles R. 5211-36 à R. 5211-40 s'appliquent à la formation plénière et à la formation restreinte de la commission départementale de la coopération intercommunale ". Aux termes de l'article R. 5211- 36 du même code : " Le préfet convoque la commission départementale de la coopération intercommunale. La convocation est adressée aux membres de la formation concernée par écrit et à domicile cinq jours au moins avant le jour de la réunion, accompagnée de l'ordre du jour et d'un rapport explicatif pour chaque affaire inscrite à l'ordre du jour. En cas d'urgence, ce délai peut être réduit à trois jours ". Aux termes de l'article 3 du règlement intérieur de la commission départementale de la coopération intercommunale de la Dordogne : " () Cette transmission peut être effectuée par envoi dématérialisé à l'adresse de messagerie fournie par chaque membre () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les membres de la commission départementale de la coopération intercommunale de la Dordogne se sont vu adresser une convocation le 14 septembre 2021, soit plus de cinq jours avant la réunion de la commission fixée le 24 septembre 2021 à laquelle été jointe l'ordre du jour et le rapport explicatif relatif au projet de fusion litigieux. Ce rapport rappelle le contexte de la demande de fusion, le transfert obligatoire de la compétence " eau " aux communautés d'agglomération, les motifs de la fusion, tenant à la simplification et à une plus grande proximité de la gouvernance de la compétence en eau potable, au renforcement de la solidarité entre milieux urbain et rural, à l'engagement d'un renouvellement du réseau et à l'amélioration du rendement ainsi que le cadre juridique. Ainsi, quand bien même les statuts du nouvel organe créé n'étaient pas joints, ce rapport permettait aux membres de la commission d'appréhender de manière suffisamment précise le contexte, de comprendre les motifs de fait et de droit de la fusion envisagée et d'en mesurer les implications. Par suite, le moyen tiré d'un non-respect des dispositions de l'article R. 5211-36 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en choisissant d'initier la procédure de fusion par application de l'article L. 5212-27 du code général des collectivités territoriales, laquelle ainsi qu'il a été dit précédemment, pouvait être légalement mise en œuvre en l'espèce, le préfet de la Dordogne aurait cherché à contourner les règles de vote liées aux fusions des syndicats mixtes.

9. En quatrième lieu, si les statuts du nouveau syndicat, dénommé SMAEP Coteaux Pourpres, mentionnent par l'effet d'une simple erreur de plume une date de création au 1er janvier 2021, cette circonstance est sans incidence sur sa date de création effective fixée au 1er janvier 2022 par l'arrêté préfectoral.

10. En cinquième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 5212-27 du code général des collectivités territoriales que, d'une part, un syndicat mixte créé par la fusion de plusieurs syndicats mixtes préexistants ne peut se voir transférer que des compétences exercées par au moins l'un d'entre eux, et, d'autre part, que celui-ci est substitué de plein droit, pour l'exercice de ses compétences, dans son périmètre, aux anciens syndicats dans toutes leurs délibérations et tous leurs actes.

11. En l'espèce, il résulte des statuts du syndicat mixte en alimentation en eau potable (SMAEP) Coteaux Pourpres que ce syndicat exerce en lieu et place de ses membres la compétence obligatoire pour l'alimentation en eau potable et pour la protection de la ressource et des points de prélèvement et que les deux syndicats fusionnés détenaient la compétence pour l'alimentation en eau potable et pour la protection de la ressource et des points de prélèvement. Par suite, le syndicat mixte créé par la fusion de ces deux syndicats mixtes préexistants s'est bien vu transférer des compétences détenues par au moins l'un d'entre eux.

12. En dernier lieu, il est constant que le syndicat nouvellement créé est substitué de plein droit aux syndicats fusionnés au sein du SMDE 24 au titre de la compétence en matière de protection de la ressource et des points de prélèvement. Par suite, cette création est sans conséquence sur la compétence du SMDE 24. Il en résulte que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué affecterait la compétence pour l'alimentation en eau potable des communes membres des syndicats fusionnés qui n'avaient choisi de confier au SMDE 24 que la compétence en matière de protection de la ressource, doit être écarté, de même que le moyen tiré de ce que ce nouveau syndicat déposséderait le SMDE 24 de sa compétence en matière de protection de la ressource.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le SMDE 24 et les communes de Eyraud-Crempse-Maurens et de Campsegret ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leur demande d'annulation de l'arrêté en litige.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement aux requérants d'une somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête présentée par le syndicat mixte des eaux de la Dordogne, la commune de Eyraud-Crempse-Maurens et la commune de Campsegret est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié au syndicat mixte des eaux de la Dordogne, à la commune de Eyraud-Crempse-Maurens, à la commune de Campsegret et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Dordogne.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Ghislaine Markarian, présidente,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

Mme Caroline Gaillard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juillet 2024.

La rapporteure,

Caroline Gaillard

La présidente,

Ghislaine Markarian

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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