jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX02565 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | ROUX |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Le département de la Réunion a demandé au tribunal administratif de la Réunion de condamner in solidum la société Vinci Construction, la société SBTPC - Sogea Réunion, la société GTOI, la société Cenergi, la société Eiffage Génie Civil, la société Egis Eau, la société FEDT, la société Artelia, l'Etat et le groupement Saur-Cise à lui payer la somme de 940 273,67 euros HT, soit 1 020 196, 84 euros TTC en réparation des désordres affectant le service C des terres agricoles du littoral ouest.
Par un jugement n° 1601104 du 28 juin 2022, le tribunal administratif de la Réunion a condamné in solidum l'Etat, la société FEDT, la société Artelia, la société Vinci Construction et la société SBTPC - Sogea Réunion à payer au département de la Réunion la somme de 57 899 euros TTC au titre des désordres affectant les échelles en aluminium des antennes 6 et 8, la société Vinci Construction et la société SBTPC - Sogea Réunion devant garantir la société FEDT et la société Artelia à hauteur de 100 % de la condamnation. Il a également condamné in solidum l'Etat, la société FEDT, la société Artelia, la société Egis Eau, la société GTOI, Me Hirou, liquidateur de la société Cenergi, et la société Eiffage Génie Civil à payer au département de la Réunion la somme de 4 937 euros TTC au titre des désordres affectant l'échelle en aluminium du bassin RT 3 de l'antenne 3, la société GTOI, Me Hirou, liquidateur de la société Cenergi, la société Eiffage Génie Civil devant garantir les sociétés FEDT et Artelia à hauteur de 75 % de cette condamnation la société Egis Eau devant garantira la société Artelia à hauteur de 25 % de cette condamnation, les sociétés GTOI, Cenergi et Eiffage Génie Civil devant garantiront la société Egis Eau à hauteur de 75 % de cette condamnation. Les sociétés Artelia et la société FEDT doivent se garantir mutuellement du paiement des sommes solidairement mises à leur charge par le jugement. Enfin, le tribunal a rejeté le surplus des demandes du département.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 septembre 2022 et le 15 juin 2023, le département de la Réunion, représenté par la SELAS Charrel et Associés, agissant par Me Charrel, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de la Réunion du 28 juin 2022 ;
2°) de faire intégralement droit à sa demande de première instance ;
3°) de condamner conjointement et solidairement les sociétés SBTPC - Sogea Réunion, Vinci Construction, GTOI, Cenergi, Eiffage Génie Civil, Egis eau, FEDT, Artelia, l'État, la société Saur et la société Cise Réunion à lui payer la somme de 146 774,29 euros correspondant aux frais d'expertise ;
4°) de mettre à la charge conjointement et solidairement des sociétés SBTPC - Sogea Réunion, Vinci Construction, GTOI, Cenergi, Eiffage Génie Civil, Egis eau, FEDT, Artelia, l'État, la société Saur et la société Cise Réunion une somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les antennes constituent des ouvrages au sens de l'article 1792 du code civil ;
- les parties touchées ne sont pas des éléments d'équipement, n'étant pas destinées à fonctionner ;
- compte tenu des désordres affectant les éléments ayant une fonction essentielle vis-à-vis de la sécurité, ou indispensable au fonctionnement des ouvrages, ceux-ci pris dans son ensemble sont impropres à leur destination ;
- ces désordres étaient cachés à la réception ;
- il n'a commis aucune faute de nature à limiter la responsabilité des constructeurs : il n'existe pas de lien entre la surestimation initiale par le CIRAD des besoins en eau et les désordres ; cette faute est imputable au conducteur d'opération, qui est un constructeur au sens de l'article 1792 du code civil ; aucune faute n'a été commise à la réception ;
- les désordres sont imputables aux sociétés Vinci Constructions, SBTPC Sogea Réunion, GTOI Cenergi et Eiffage, FEDT, Artelia, ces deux sociétés étant constituées en groupement solidaire, et Egis Eau ;
- le groupement Saur-Cise, qui ne l'a pas informé de la rapidité de la prolifération végétale, bactérienne et animale ayant commis une faute dans sa mission d'exploitation des ouvrages ayant participé à leur corrosion prématurée, il est bien fondé à rechercher sa responsabilité contractuelle ;
- la condamnation de ce groupement, qui a concouru à la réalisation du dommage, doit être solidaire avec les constructeurs ;
- l'estimation de ses services techniques, du coût des travaux de remplacement des éléments immergés, de 829 000 euros HT, a été estimé cohérente par l'expert ; les travaux de décapage s'élèvent à 53 060 euros HT ;
- les antennes constituant un ouvrage unique, les constructeurs doivent être condamnés solidairement à réparer l'ensemble des dommages.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 décembre 2022 et le 12 juillet 2023, la société FEDT Darwin Concept, représentée par la SCP Fournier et Associés, agissant par Me Fournier, conclut au rejet de la requête et, par la voie de l'appel incident, à la réformation du jugement en ce qu'il a prononcé sa condamnation solidaire, à titre subsidiaire, à ce qu'elle soit garantie intégralement des condamnations prononcées à son encontre par l'Etat et le groupement Saur-Cise s'agissant des désordres affectant les éléments immergés, et par les entreprises s'agissant du remplacement des échelles et des autres équipements, à ce qu'elle soit garantie des condamnations prononcées à son encontre par la société Egis eau dans le cadre des échelles du bassin de l'antenne n°3, à ce qu'elle soit garantie intégralement par la société Artelia de l'ensemble des condamnations, enfin à ce que soit mise à la charge du département de la Réunion ou de toute partie perdante le versement d'une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par le département de la Réunion ne sont pas fondés ;
- au regard de ses engagements contractuels, tant en ce qui concerne la conception que l'exécution, aucun désordre ne lui est imputable, la cause principale de corrosion étant le taux de renouvellement trop faible de l'eau ;
- les entreprises sont responsables des défauts d'exécution sur leurs ouvrages ;
- s'agissant de l'insuffisant taux de renouvellement de l'eau, cette cause relève des conditions d'exploitation par le maître d'ouvrage et les exploitants, qui devront la garantir des condamnations prononcées à son encontre ;
- il en va de même de la société Artelia, s'agissant d'un défaut de conception ;
- les travaux de décapage à la lance relèvent de l'entretien régulier par le maître d'ouvrage ;
- le coût du remplacement des éléments immergés n'est pas justifié.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 mars 2023, 31 mai 2023 et 13 juin 2023, la société Artelia, représentée par la SCP Preel Hecquet Payet-Godel, agissant par Me Roger, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'elle soit intégralement garantie des condamnations prononcées à son encontre par l'Etat, le groupement Saur-Cise, les sociétés Sogea Réunion, Vinci Construction, SBTPC, GTOI, Cenergi, Eiffage Génie Civil, Bureau Véritas, Egis Eau et FEDT, et à ce que soit mise à la charge du département de la Réunion une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par le département de la Réunion ne sont pas fondés ;
- aucun désordre ne lui est imputable ;
- les défauts d'exécution affectant l'ouvrage étaient apparents à la réception ;
- aucun manquement ne peut lui être reproché au stade de la réception ;
- les désordres affectant la boulonnerie, les crépines, les structures de supportage des tubes en PVC, et les échelles immergées ne sont pas de nature décennale ;
- le préjudice invoqué n'est pas justifié par la production émanant du département de la Réunion lui-même ;
- la société FEDT était associée à la mission de dimensionnement des ouvrages, et avait également une mission de suivi de l'exécution.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, les sociétés Les Grands travaux de l'Océan Indien (GTOI) et Eiffage Génie Civil, représentées par la SELARL Fidal, agissant par Me Cerveaux, concluent au rejet de la requête, par la voie de l'appel incident, à ce que le jugement du 28 juin 2022 soit réformé en tant qu'il les condamne à indemniser le département de la Réunion, et à ce que soit mise à la charge du département de la Réunion et des sociétés FEDT et Egis Eau une somme de 3 000 euros chacun, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- leur condamnation solidaire ne peut être recherchée solidairement avec les autres constructeurs pour les désordres affectant les antennes 6 et 8, qui ne leur sont aucunement imputables, même s'ils affectent un même projet d'ensemble ;
- les désordres relevés sur les ouvrages d'équipement de l'antenne n°3 ont des causes qui leur sont étrangères ;
- ces désordres étaient apparents à la réception.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 avril 2023 et 17 mai 2023, les sociétés Vinci Construction et SBTPC Sogea Réunion, venant aux droits des sociétés SBTPC et Sogea Réunion, représentées par la SELARL Fidal, agissant par Me Cerveaux, concluent au rejet de la requête, par la voie de l'appel incident, à ce que le jugement du 28 juin 2022 soit réformé en tant qu'il rejette leurs appels en garantie dirigés à l'encontre des sociétés Hydrotech, Vulcain, Emie, STSM/Galva Réunion, Pholor Production, Artelia et Apave, et à ce que soit mise à la charge du département de la Réunion et des sociétés FEDT et Egis Eau une somme de 3 000 euros chacun, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- elles ne peuvent être condamnées solidairement pour des désordres affectant les antennes sur lesquelles elles ne sont pas intervenues ;
- les désordres relevés sur les ouvrages d'équipement de l'antenne n°3 ont des causes qui leur sont étrangères ;
- les sociétés Hydrotech, Vulcain, Emie, STSM/Galva Réunion, Pholor Production, Artelia et Apave sont responsables des désordres.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 avril 2023 et le 6 juin 2023, la société Bureau Veritas Exploitation, venant aux droits de la société Bureau Veritas, représentée par la SELARL Cabinet Draghi-Alonso, agissant par Me Draghi-Alonso, conclut à sa mise hors de cause.
Elle soutient qu'aucune conclusion n'a été présentée à son encontre.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 avril 2023 et 14 juillet 2023, la société Egis Eau, venant aux droits de la société BCEOM, représentée par la SELARL R2X Avocats, agissant par Me Roux, conclut au rejet de la requête, et subsidiairement, à ce qu'elle soit garantie de toute condamnation prononcée à son encontre, in solidum, par le groupement FEDT Artelia, le groupement GTOI Cenergi DLE et le groupement Saur-Cise, et à ce que soit mise à la charge du département de la Réunion ou de toute partie perdante une somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête d'appel est irrecevable en l'absence d'habilitation du président du conseil départemental à ester en justice ;
- aucun grief n'est formulé à son encontre, ni aucune faute alléguée par le département de la Réunion ;
- les moyens soulevés par le département de la Réunion ne sont pas fondés ;
- les désordres ne lui sont pas imputables et aucune faute ne peut lui être reprochée ;
- les désordres étaient visibles à la réception ;
- les désordres ne sont pas d'une gravité telle qu'ils sont susceptibles d'engager la responsabilité décennale ;
- elle ne peut être condamnée in solidum avec les autres constructeurs en l'absence de faute commune ;
- le groupement de maitrise d'œuvre de conception, les entreprises exécutant les travaux, et les exploitants ont commis des fautes de nature à engager sa responsabilité, de même que le maître d'ouvrage ;
- le préjudice allégué n'est justifié ni dans son principe, ni dans son quantum.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête et, par la voie de l'appel incident, à la réformation du jugement du 28 juin 2022 en ce qu'il a condamné l'Etat à indemniser le département de la Réunion.
Il soutient que :
- s'agissant des désordres relatifs aux échelles des antennes 3, 6 et 8, l'Etat n'est pas un constructeur, et ces désordres ne lui sont pas imputables ;
- les échelles sont des éléments dissociables dont les désordres ne rendent pas l'ouvrage impropre à sa destination ;
- les désordres étaient apparents à la réception ;
- le montant de réparation qui est sollicité est disproportionné ;
- les moyens soulevés par le département de la Réunion ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 26 mai 2023, la société d'assurance La Prudence Créole, représentée par l'AARPI VSH Avocats, agissant par Me Settama-Vidon, conclut à sa mise hors de cause.
Elle soutient qu'aucune demande n'a été formalisée à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, la Société de Traitement de Surface des Métaux et la société Vulcain Finances, représentées par la SELARL Hemes Legal, agissant par Me Moutouallaguin, concluent au rejet de la requête du département de la Réunion et des conclusions dirigées à leur encontre.
Elles soutiennent que :
- la société STSM étant sous-traitante de deux sous-traitantes du groupement constitué des sociétés Vinci Construction et Sogea Réunion, et la société Vulcain Finances ayant produit une étude à la demande de cette dernière société, la juridiction administrative est incompétente pour se prononcer sur les appels en garantie formés à leur encontre ;
- aucun lien de causalité n'existe entre leurs interventions et les désordres constatés.
Par une ordonnance du 17 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions, nouvelles en appel, d'appel en garantie dirigées par la société FEDT à l'encontre de la société Egis Eau.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le décret n° 2000-257 du 15 mars 2000 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Duplan, rapporteur public ;
- et les observations de Me Drevet, substituant Me Charrel, pour le département de La Réunion, de Me Weickert, substituant Me Roger, pour la société Artélia, de la société Eiffage génie civil, de Me Chanaron pour la société FEDT, de Me Roux pour la société Egis Eau et de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Le département de la Réunion a entrepris, dans les années 1980, de créer un système C de plusieurs milliers d'hectares de terres agricoles situées à l'ouest de l'Ile de La Réunion, dit C F). L'eau est acheminée par des galeries souterraines depuis les cirques de Salazie et de Mafate jusqu'au site dit D ", sur les hauteurs de Saint-Paul, où est édifié un réservoir de tête de grande capacité. A partir de ce réservoir, une conduite maîtresse parcourt la façade ouest de l'Ile, et alimente neuf antennes chargées d'acheminer l'eau vers les secteurs de culture, et qui comprennent chacune quatre ou cinq réservoirs. Par acte d'engagement du 7 avril 1988, un groupement solidaire composé des sociétés France Engineering Division Technique (FEDT) et SOGREAH a été chargé des études d'avant-projet sommaire des réseaux C. Par avenants successifs, le département de la Réunion a ensuite confié au groupement d'autres missions de conception et d'assistance pour l'ensemble des ouvrages d'adduction et de distribution d'eau. Par des conventions conclues avec l'Etat le 31 août 1999, puis le 30 octobre 2000 et le 14 août 2001, le département de la Réunion a chargé la direction de l'agriculture et de la forêt de la conduite d'opération des missions de définition des ouvrages, études de réalisation des ouvrages et assistance marchés et travaux des antennes n° 6 et 8, et les missions de définition et de conception des ouvrages et de suivi des travaux de l'antenne n° 3. Par actes d'engagement des 24 novembre 2003 et 26 avril 2005, les lots n° 1 " Génie civil et équipements des réservoirs et des stations de pompage " des travaux de réalisation des antennes n° 8 et n° 6 ont été attribués à un groupement solidaire composé des sociétés Sogea Construction, Sogea Réunion et Société Bourbonnaise de Travaux Publics et de Construction, pour des montants respectivement, d'environ 17 M et 12 M d'euros. Le Département a confié au groupement solidaire composé des sociétés FEDT et SOGREAH la maîtrise d'œuvre pour le suivi des travaux, les 15 décembre 2003 puis 28 avril 2005. Par acte d'engagement du 9 mars 2006, le lot n° 1 " Génie civil et équipements des réservoirs et des stations de pompage " des travaux de réalisation de l'antenne n° 3 a été attribué à un groupement solidaire composé des sociétés Grands Travaux de l'Océan Indien (GTOI), Cenergi et Devin Lemarchand Environnement (DLE), pour un montant de 15,7 M d'euros environ. Le Département a confié à la société BCEOM la maîtrise d'œuvre du suivi des travaux le 27 décembre 2005. La réception a été prononcée sans réserve avec effet au 23 octobre 2006 s'agissant de l'antenne n° 8, qui a été mise en service en décembre 2006. Elle a été prononcée sans réserve avec effet au 5 juin 2007 s'agissant de l'antenne n° 6 qui a été mise en service en juillet 2007, et avec effet au 11 avril 2008 s'agissant de l'antenne n° 3, qui a été mise en service en juin 2008. Par acte d'engagement du 25 juillet 2007, le département de la Réunion a confié à un groupement solidaire composé des sociétés Cise Réunion et SAUR la gestion et l'exploitation des ouvrages C du littoral ouest du 1er août 2007 au 1er août 2013.
2. L'exploitant ayant signalé, dès 2009, une dégradation anormale des équipements métalliques immergés dans les réservoirs de ces trois antennes, le département de la Réunion a sollicité une expertise, qui a été ordonnée par le président du tribunal administratif de La Réunion le 15 juillet 2015, afin de déterminer l'origine des désordres et le coût des réparations. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 24 février 2020. Entre temps, le département de la Réunion avait saisi le tribunal administratif de La Réunion afin d'obtenir la condamnation in solidum des constructeurs, sur le fondement de la garantie décennale et des exploitants, sur le fondement de la garantie contractuelle, à lui verser la somme de 1 020 196,84 euros TTC. Par un jugement du 15 juin 2022, le tribunal a, d'une part, condamné in solidum l'Etat, la société FEDT, la société Artelia, venant aux droits de la société SOGREAH, la société Vinci Construction, venant aux droits de la société Sogea Construction, la société SBTPC - Sogea Réunion, venant aux droits des sociétés Bourbonnaise de Travaux Publics et de Construction et Sogea Réunion à payer la somme de 57 899 euros TTC au département de la Réunion en réparation des désordres affectant les échelles en aluminium des antennes n° 6 et n° 8, la société Vinci Construction et la société SBTPC - Sogea Réunion devant garantir intégralement les sociétés FEDT et Artelia de cette condamnation, et ces dernières devant se garantir mutuellement de cette condamnation. Le tribunal a, d'autre part, condamné in solidum l'Etat, la société FEDT, la société Artelia, la société Egis Eau, venant aux droits de la société BCEOM, la société GTOI, Me Hirou, venant aux droits de la société Cenergi placée en liquidation, et la société Eiffage Génie Civil, venant aux droits de la société DLE à payer au département de La Réunion la somme de 4 937 euros TTC au titre des désordres affectant l'échelle en aluminium du bassin RT 3 de l'antenne n° 3, la société GTOI, Me Hirou et la société Eiffage Génie Civil devant garantir les sociétés FEDT et Artelia à hauteur de 75 % de cette condamnation, la société Egis Eau devant garantir la société Artelia à hauteur de 25 % de cette condamnation, la société GTOI, Me Hirou et la société Eiffage Génie Civil devant garantir la société Egis Eau à hauteur de 75 % de cette condamnation, et les sociétés Artelia et FEDT devant se garantir mutuellement. Le tribunal a rejeté le surplus des demandes du département et des appels en garantie.
3. Par la présente requête, le département de la Réunion demande à la Cour d'annuler le jugement du tribunal administratif de la Réunion en tant que celui-ci ne fait pas intégralement droit à sa demande de première instance. Par la voie de l'appel incident, les sociétés FEDT, GTOI, Eiffage Génie Civil et l'Etat demandent l'annulation du jugement en tant qu'il engage leur responsabilité décennale.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la société Egis Eau :
4. D'une part, en vertu des dispositions de l'article L. 3221-10-1 du code général des collectivités territoriales, le président du conseil départemental intente des actions en justice au nom du département en vertu d'une décision du conseil départemental ou d'une délégation générale de celui-ci dans les cas qu'il définit. Par délibération du 1er juillet 2021, le conseil départemental de la Réunion a chargé son président d'intenter toute action en justice au nom du département qu'il jugera utile, quel que soit le degré de juridiction.
5. D'autre part, la requête d'appel comprend l'exposé des conclusions et moyens, conformément à l'article R. 411-1 du code de justice administrative.
6. Par suite, les fins de non-recevoir opposées par la société Egis Eau doivent être écartées.
Sur la garantie décennale :
7. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. La garantie décennale ne s'applique néanmoins pas à des désordres qui étaient apparents lors de la réception de l'ouvrage.
En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :
8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que sont atteints par la corrosion plusieurs équipements métalliques immergés ou semi-immergés dans les réservoirs des antennes C n° 3, n° 6 et n° 8. Le tribunal a estimé que les désordres affectant les conduites de refoulement des bassins de tête RT 3, RT 6 et RT 8, les conduites qui ont une fonction de trop-plein, les structures de supportage de ces conduites pour les deux réservoirs RC 3 et RE 3, ainsi que les échelles en aluminium permettant l'accès à l'intérieur des bassins des antennes n° 6 et n° 8 et du bassin RT 3 revêtaient un caractère décennal, de même que les défauts affectant les charnières des portillons d'accès et des caillebotis d'aluminium. En revanche, il a jugé que la corrosion affectant les autres éléments n'était pas de nature à engager la responsabilité décennale des constructeurs.
S'agissant des conduites de refoulement des bassins de tête RT 3, RT 6 et RT 8
9. Ainsi que l'ont estimé les premiers juges, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la corrosion des conduites de refoulement des bassins de tête RT 3, RT 6 et RT 8 peut aboutir à une perforation qui entraînera une perturbation fonctionnelle du dispositif avec des pertes d'eau et l'impossibilité de stabiliser le niveau d'eau en cas d'exploitation à un niveau intermédiaire, ce qui est de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination.
S'agissant des conduites ayant une fonction de trop-plein et les structures de supportage immergées ou semi-immergées de ces conduites des bassins RC 3 et RE 3 :
10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la corrosion de ces conduites peut aboutir à leur perforation et est de nature à rendre les ouvrages impropres à leur destination, et que les désordres affectant leur supports, compte tenu de leur fragilité s'agissant des bassins RC 3 et RE 3, compromettent la solidité des ouvrages.
S'agissant des échelles en aluminium permettant l'accès à l'intérieur de tous les bassins des antennes n° 6 et n° 8 et du bassin RT 3 de l'antenne n° 3 :
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la corrosion des échelles en aluminium permettant l'accès à l'intérieur de tous les bassins des antennes n° 6 et n° 8 et du bassin RT 3 de l'antenne n° 3 est particulièrement avancée, ce qui génère un risque pour la sécurité des personnels chargés de l'entretien des bassins. Dès lors qu'il n'est pas démontré, ni même allégué, que l'utilisation de ces échelles ne serait pas nécessaire pour l'entretien des bassins, et quand bien même il s'agirait d'éléments dissociables des ouvrages, ces désordres, de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination, engagent la responsabilité des constructeurs auxquels ils sont imputables.
S'agissant des autres éléments :
12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les autres conduites de refoulement, les brides des canalisations, la boulonnerie d'assemblage de ces brides, les crépines, les autres structures de supportage des conduites et tubes PVC, et certaines des échelles permettant l'accès au radier présentent des spots de corrosion, d'activité et de densité variables. S'agissant ainsi des conduites et structures galvanisées, l'expert constate des attaques de corrosion agressives mais très localisées, qui provoquent des consommations d'acier sur des profondeurs importantes, mais sous forme de cratères de surface n'excédant pas un ou quelques centimètres carrés. S'agissant des conduites de refoulement, l'expert constate qu'elles n'ont pas de rôle critique en termes de sécurité sur le plan fonctionnel, et qu'il serait improbable de rencontrer une concentration de spots telle qu'elle conduise à une rupture de la conduite. Il met également en avant la grande solidité de la plupart des structures de supportage des conduites.
13. Le département de la Réunion ne conteste pas l'appréciation portée par les premiers juges, effectuée selon les types d'éléments concernés, mais soutient que compte tenu du caractère généralisé de la corrosion, l'ouvrage pris dans son ensemble est impropre à sa destination. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces désordres, y compris pris dans leur ensemble, n'affectent pas la solidité des ouvrages et n'ont pas d'incidence sur leur fonctionnement. En outre, quand bien même ces désordres revêtent un caractère évolutif, il ne résulte pas des extraits du rapport d'expertise cités par l'appelant, notamment pas de la seule circonstance que la corrosion affecte des éléments indispensables à l'exploitation des ouvrages, qu'ils seraient de nature à le rendre impropre à leur destination dans un délai prévisible.
En ce qui concerne le caractère apparent des désordres à la réception :
14. Les entreprises et le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire font valoir que l'expert ayant estimé qu'un technicien averti pouvait détecter les défauts affectant les échelles d'accès aux bassins lors d'une visite minutieuse des ouvrages au moment de la réception, les désordres affectant ces échelles devaient être regardés comme apparents. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les conséquences de ces vices de construction, alors que les désordres de corrosion ont été signalés par l'exploitant au maître d'ouvrage par courrier du 15 mai 2009 pour l'antenne n° 6 et du 26 mai 2010 pour l'antenne n° 3, se seraient manifestées, dans toute leur ampleur, lors de la réception définitive des travaux de l'antenne n° 6, le 9 octobre 2008, et de l'antenne n° 3, le 3 décembre 2008. Le Département n'étant pas davantage en mesure de les prévoir, le caractère apparent des défauts affectant les échelles ne fait pas obstacle à ce que le maître d'ouvrage recherche la garantie décennale des constructeurs.
15. Il résulte de l'instruction que la réception du lot n° 1 de l'antenne n° 8 a eu lieu le 23 février 2011. Il ressort tant du courrier des sociétés exploitantes en date du 15 mai 2009 signalant les désordres sur les conduites immergées des réservoirs de l'antenne n° 8, que de l'expertise de la société Vulcain, remise à la société Sogea le 13 octobre 2009, que les désordres étaient apparents à cette date. Les photographies jointes à ces documents témoignent de ce que leur ampleur était déjà comparable à celle constatée par l'expert. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, qu'à la suite de l'étude de la société Vulcain, et conformément à ses préconisations, la société EMIE a procédé au cours de l'année 2010 à un sablage des spots de corrosion et appliqué une peinture de revêtement à forte teneur en zinc, outre un ponçage manuel des échelles en aluminium. Si le diagnostic effectué par la société Bureau Veritas le 16 mai 2011 révèle des traces partielles et localisées de corrosion, il ne résulte pas de l'instruction, dans ces conditions, que les désordres affectant les réservoirs de l'antenne n° 8 étaient apparents à la date de la réception, y compris l'échelle d'accès au bassin RT8, ou que le maître d'ouvrage ne pouvait ignorer que les réparations effectuées étaient insuffisantes.
16. Il résulte de ce qui précède que le Département est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Réunion a rejeté sa demande d'indemnisation des désordres affectant l'échelle d'accès au bassin RT8.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :
S'agissant des conduites de refoulement des bassins de tête RT 3, RT 6 et RT 8, des conduites ayant une fonction de trop-plein et des structures de supportage immergées ou semi-immergées des conduites de trop plein des bassins RC 3 et RE 3 :
17. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'apparition des spots de corrosion sur ces éléments est principalement due à des phénomènes bactériens et d'oxygénation différentielle, en raison de la prolifération végétale, bactérienne ou animale dans les bassins, l'expert ayant écarté les causes tenant à la qualité intrinsèque de l'eau, à l'existence de perturbations électriques, ou encore à des anomalies de protection cathodique. Cette prolifération est liée, outre les facteurs de température de l'eau et d'exposition au soleil, à la fréquence de nettoyage des bassins, ainsi qu'au taux de renouvellement de l'eau. Ce dernier facteur dépend notamment de la conception des ouvrages, en particulier de leur dimensionnement, de leur mode de fonctionnement ou de leur équipement par un mécanisme permettant leur exploitation à des niveaux de remplissage différents. Il en résulte que ces désordres sont imputables aux sociétés FEDT et Artelia, chargées notamment des missions d'avant-projet sommaire et d'avant-projet définitif, de spécifications techniques détaillées, de dossiers de consultation des entreprises et des plans d'exécution des ouvrages des antennes n° 3, 6 et 8. Ils sont également imputables à la direction de l'agriculture et de la forêt de la Réunion, chargée pour ces mêmes antennes d'une mission de conducteur d'opération au stade de la définition et de la conception des ouvrages. Enfin, du fait de leur participation aux opérations de construction, ces désordres sont également imputables aux constructeurs chargés de l'exécution des travaux, les sociétés Vinci Construction et SBTPC - Sogea Réunion, pour les antennes n° 6 et n° 8 et les sociétés GTOI, Cenergi Eiffage Génie Civil et Egis Eau, s'agissant de l'antenne n° 3.
S'agissant des échelles en aluminium permettant l'accès à l'intérieur de tous les bassins des antennes n° 6 et n° 8 et du bassin RT 3 de l'antenne 3 :
18. Les premiers juges ont estimé que les désordres affectant les échelles des bassins des antennes n° 6 et n° 8 engageaient la responsabilité décennale des entreprises chargées de l'exécution des travaux, à savoir les sociétés Vinci Construction et SBTPC - Sogea Réunion, des maîtres d'œuvre chargés de la conception comme du suivi des travaux, les sociétés FEDT et Artelia, ainsi que de l'Etat en sa qualité de conducteur d'opération chargés du suivi de ces travaux. Ils ont jugé que les désordres affectant l'échelle du bassin RT3 de l'antenne n° 3 engageait la responsabilité des entreprises chargées de l'exécution des travaux, à savoir les sociétés GTOI, Cenergi et Eiffage Génie Civil, des maîtres d'œuvre chargés de la conception comme du suivi des travaux, les sociétés FEDT, Artelia et Egis Eau, ainsi que de l'Etat en sa qualité de conducteur d'opération chargés du suivi de ces travaux.
19. La société FEDT soutient que ces désordres ne sont pas imputables à la conception des ouvrages, tandis que les groupements d'entreprises en charge des travaux avancent que les concepteurs n'ont pas pris en compte l'incompatibilité de l'aluminium avec le pH élevé de l'eau de l'Ile de la Réunion. S'agissant de ce deuxième point, l'expert conclut que la qualité de l'eau n'est pas un critère déterminant de l'apparition des désordres. En revanche, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la première cause d'endommagement des échelles en aluminium est un couplage galvanique avec des éléments en acier inoxydable situés dans le voisinage des échelles, qui résulte de deux facteurs éventuellement concomitants, à savoir une mise à la terre de ces structures métalliques, et un manque de découplage des fixations des échelles vis-à-vis des ancrages plantés dans le génie civil, dont certains sont susceptibles d'être en contact du ferraillage du béton armé. Un deuxième facteur de corrosion réside dans la qualité insuffisante de l'alliage employé, et l'absence d'anodisation des chants sciés des échelles. Si ces défauts relèvent de la phase d'exécution des travaux, l'expert indique que le CCTP ne rappelait pas la nécessité de prévoir des dispositifs de découplage, d'équiper toutes les têtes de visserie d'isolants en nylon ou encore d'isoler les échelles de la structure et de ne pas les raccorder à la terre, et que les documents contractuels auraient pu être plus précis sur ces points. Ainsi, la société FEDT n'est pas fondée à soutenir que les désordres ne lui seraient, en aucune manière, imputables, en particulier s'agissant des antennes n° 6 et n° 8.
20. En outre la société FEDT, qui s'est engagée solidairement à l'égard du maître de l'ouvrage, avec la société SOGREAH, devenue Artelia, ne peut opposer au département de la Réunion, pour s'exonérer de sa responsabilité décennale vis-à-vis de celui-ci, les protocoles d'accord conclus avec cette société pour la répartition de leurs missions.
21. Un conducteur d'opérations, au sens de l'article 6 de la loi du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique, concluant avec un maître d'ouvrage un contrat de louage d'ouvrage doit être regardé, pour la mise en œuvre du dispositif de garantie décennale, comme un constructeur. La direction de l'agriculture et de la forêt ayant été notamment chargée par le département de la Réunion de la conduite des opérations de suivi des travaux, l'Etat n'est pas fondé à soutenir que sa responsabilité décennale ne devrait pas être engagée au titre des désordres affectant les échelles d'accès aux bassins.
En ce qui concerne la faute du maître d'ouvrage :
22. Les constructeurs soutiennent que la prolifération végétale, bactérienne ou animale à l'origine de la corrosion affectant les conduites de refoulement des bassins de tête RT 3, RT 6 et RT 8, les conduites ayant une fonction de trop-plein et les structures de supportage immergées ou semi-immergées des conduites de trop plein des bassins RC 3 et RE 3 n'est due qu'à la faute du maître d'ouvrage, qui n'a pas apprécié correctement les besoins en eau et a été défaillant dans l'exploitation des ouvrages. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'avenant n° 6 du marché de maîtrise d'œuvre conclu avec les sociétés FEDT et SOGREAH le 11 juin 1999, que le dimensionnement des ouvrages a été fait sur la base des hypothèses figurant dans les études d'avant-projet émanant du groupement, tandis que l'avenant n° 7, conclu le 15 décembre 2003, a confié au groupement la reprise de ces études suite à la mise à jour des périmètres irrigués et des besoins en eau des cultures émanant notamment d'une expertise du CIRAD de septembre 2000. S'il résulte du rapport d'expertise que les volumes d'eau à distribuer sont finalement apparus lourdement surévalués par ce dernier document, en raison notamment de la lenteur des opérations de remembrement et de la réticence de certains exploitants à s'abonner au service C, le groupement de maîtrise d'œuvre ne pouvait ignorer que les données fournies n'étaient que des estimations, et que les ouvrages seraient en tout état de cause amenés à fonctionner pendant plusieurs années à un régime significativement inférieur à celui pour lequel ils ont été dimensionnés compte tenu des mises en service différées prévues. Or, d'une part, il a adopté un mode de fonctionnement du système C avec des bassins pleins de façon quasi-permanente. D'autre part, il n'a pas prévu de dispositif permettant de fixer le remplissage à un niveau intermédiaire, le paramétrage des sondes de niveau invoqué ne s'appliquant pas, selon les observations non contredites de l'expert, aux bassins de tête, et pour les autres bassins nécessitant des manipulations importantes et n'étant assorti d'aucune spécification technique ou consigne à destination du maître d'ouvrage ou de l'exploitant. Quand bien même les estimations réalisées à la demande du département de la Réunion étaient erronées, le maître d'ouvrage, à qui il ne peut être reproché d'avoir anticipé une éventuelle augmentation de la demande dans un contexte d'accroissement de la population et conformément à sa volonté de rééquilibrage de la ressource en eau sur l'île, n'a pas commis de faute de nature à exonérer les constructeurs, en tout ou en partie, de leur responsabilité.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les conduites de refoulement des bassins de tête RT 3, RT 6 et RT 8, les conduites ayant une fonction de trop-plein et les structures de supportage immergées ou semi-immergées des conduites de trop plein des bassins RC 3 et RE 3 :
23. Pour justifier de son préjudice, le département de la Réunion a produit une estimation émanant de ses propres services. L'expert a considéré que l'ordre de grandeur du montant global de reprise des désordres fixé par cette étude était compatible avec les travaux à réaliser, et les sommes indiquées ne sont pas sérieusement critiquées par les sociétés intimées. Le tableau produit au dossier est suffisamment détaillé pour évaluer le coût de remplacement des conduites de refoulement du bassin RT 3 à 9 800 euros HT, du bassin RT 6 à 8 400 euros HT, et du bassin RT 8 à 9 800 euros HT, soit 28 000 euros HT. Le coût de remplacement des conduites de trop plein, comprenant les coudes et non les brides, doit être évalué à 28 100 euros HT s'agissant du bassin RC 3, à 7 000 euros HT s'agissant du bassin RE 3, à 14 000 euros HT s'agissant du bassin RB 6, à 7 000 euros HT s'agissant du bassin RC 6, à 5 000 euros HT s'agissant du bassin RD 6, à 4 200 euros HT s'agissant du bassin RE 6, à 22 000 euros HT s'agissant du bassin RB 8, à 11 000 euros HT s'agissant du bassin RC 8, enfin à 7 700 euros HT s'agissant du bassin RE 8, soit la somme totale de 106 000 euros. Il n'est pas suffisamment établi, par ce seul document, que la reprise des désordres entraînerait d'autres frais.
24. Le département de la Réunion demande le versement d'une somme de 53 060 euros HT suivant devis de la société Saphyr. Que cette somme corresponde à des vidanges supplémentaires rendues nécessaires par les opérations d'expertise ou plutôt, selon les mentions figurant sur ce devis, à des frais de décapage des réservoirs des antennes n° 3, n° 6 et n° 8, le Département ne justifie pas, en tout état de cause, avoir effectivement réglé ces sommes, dont il ne peut, par suite, réclamer le remboursement.
25. Il s'ensuit qu'il y a lieu de condamner in solidum l'Etat et les sociétés FEDT, Artelia, Vinci Construction et SBTPC-Sogea Réunion s'agissant des antennes n° 6 et n° 8, à verser au département de la Réunion la somme de 89 100 euros HT, soit 96 673,50 euros TTC, et de condamner in solidum l'Etat et les sociétés FEDT, Artelia, GTOI, Cenergi, Eiffage Génie Civil et Egis Eau s'agissant de l'antenne n° 3, à verser au département de la Réunion la somme de 44 900 euros HT, soit 48 716,50 TTC.
En ce qui concerne les échelles en aluminium permettant l'accès à l'intérieur de tous les bassins des antennes n° 6 et n° 8 et du bassin RT 3 de l'antenne n° 3 :
26. Les désordres affectant les échelles du réservoir RT 8 n'étant pas apparents à la date de la réception définitive des travaux, le montant de l'indemnité due par l'Etat, la société FEDT, la société Artelia, la société Vinci Construction et la société SBTPC - Sogea Réunion, doit être porté à la somme de 58 163,67 euros HT, soit 63 107,59 euros TTC. La somme de 4 937 euros TTC accordée par les premiers juges au titre des désordres affectant l'échelle en aluminium du bassin RT 3 de l'antenne n° 3 n'est pas discutée en appel par le département de la Réunion et les sociétés ayant formé un recours incident.
Sur la responsabilité contractuelle de l'exploitant :
27. L'article 2 du cahier des clauses particulières du marché conclu entre le département de la Réunion et le groupement constitué des sociétés Cise Réunion et SAUR met à la charge du titulaire du marché l'obligation " 4. d'assurer () les coupures d'eau, les vidanges des ouvrages et leur remise en eau lorsque cela est nécessaire ; () 7. de faire fonctionner les ouvrages 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dans des conditions normales de service () ; 8. d'entretenir et assurer la maintenance des ouvrages pour le compte de la collectivité de façon à garantir les performances de ces ouvrages dans le temps, notamment : / - la vérification systématique et régulière de tout matériel soumis à détérioration / - l'entretien courant des ouvrages de génie civil / - le remplacement de tout matériel défectueux / () ; 11. gérer le service avec diligence dans un souci de rentabilité d'exploitation et d'apporter à la collectivité tout conseil et toute information utile à l'exercice de ses obligations () ". L'article 17 précise que le prestataire doit assurer l'entretien et les réparations de tous les équipements, ainsi que l'entretien et les réparations des ouvrages de génie civil mis à sa disposition, de telle manière qu'à tout moment les ouvrages de génie civil soient en bon état de conservation et exempts de tout désordre apparent. Le nettoyage des réservoirs fait partie des travaux d'entretien courants inclus dans le forfait de rémunération du titulaire mentionnés à l'article 17.1.
28. Le département de la Réunion soutient que les sociétés Cise Réunion et SAUR ont commis une faute de nature à engager leur responsabilité contractuelle en ne l'alertant pas sur la prolifération végétale, bactérienne et animale dans les réservoirs et sur la nécessité d'augmenter la fréquence des nettoyages, et en ne recourant pas à des actions de curage et de décapage plus poussées. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que le groupement a alerté le maître d'ouvrage, par courrier des 15 mai 2009 et 26 mai 2010, sur les problèmes de corrosion constatés quelques jours auparavant sur les antennes n° 3, n° 6 et n° 8. Ni le département ni l'expert, non plus que la société Vulcain, qui a rendu en octobre 2009 un premier rapport d'expertise concernant la corrosion observée sur les antennes n° 6 et n° 8, ne justifient ni même n'allèguent que les phénomènes de corrosion auraient pu être identifiés et signalés plus tôt. D'autre part, il ne saurait être reproché aux exploitants, ainsi que l'ont estimé les premiers juges, de ne pas avoir procédé de leur propre chef à des actions de nettoyage plus poussées pour limiter la prolifération bactérienne, végétale et animale favorisant la corrosion, ou encore de ne pas avoir alerté le maître d'ouvrage sur la nécessité de renforcer la fréquence de ces nettoyages, alors que les stipulations contractuelles ne comportaient aucune obligation précise en ce sens et qu'une telle préconisation n'était formulée ni dans le rapport de la société Vulcain, ni dans ceux de la société Bureau Veritas, chargée à partir de 2011 du suivi des phénomènes de corrosion, et ne lui avait été faite par aucun des intervenants. Enfin, il résulte du rapport d'expertise que l'exploitant ne pouvait, de sa propre initiative, modifier le taux de renouvellement de l'eau dans les bassins, si bien qu'aucune faute ne peut être reproché à l'exploitant à ce titre.
29. Il s'ensuit que le département de la Réunion n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Réunion a rejeté ses demandes fondées sur la responsabilité contractuelle de l'exploitant.
Sur les appels en garantie :
En ce qui concerne les conduites de refoulement des bassins de tête RT 3, RT 6 et RT 8, les conduites ayant une fonction de trop-plein et les structures de supportage immergées ou semi-immergées des conduites de trop plein des bassins RC 3 et RE 3 :
30. Il résulte de l'instruction qu'en ne prenant pas, au stade de la conception, de mesures permettant d'éviter une stagnation trop importante des eaux, et par suite la corrosion des ouvrages, le groupement composé des sociétés FEDT et SOGREAH a commis une faute. En revanche, la corrosion des conduites de refoulement des bassins de tête RT 3, RT 6 et RT 8, des conduites ayant une fonction de trop-plein et des structures de supportage immergées ou semi-immergées des conduites de trop plein des bassins RC 3 et RE 3 n'a pas été causée par un défaut d'exécution. Ainsi, les appels en garantie dirigés contre les entreprises et la société Egis Eau doivent être rejetées. En outre, il n'est pas établi que l'Etat, en sa qualité de conducteur d'opération, aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Enfin, il ressort du protocole d'accord n° 4 conclu entre les sociétés FEDT et SOGREAH le 28 avril 1999 que ces sociétés étaient toutes deux chargées des études d'avant-projet définitif pour l'antenne n° 3, et que s'agissant des antennes n° 6 et n° 8, la première était notamment chargée du prédimensionnement des réservoirs, la seconde de l'étude des réservoirs hors calcul de structure, les deux entreprises étant impliquées dans les missions DCE et STD. Compte tenu du défaut affectant les ouvrages tenant à l'insuffisance du renouvellement de l'eau dans les réservoirs, celles-ci doivent être toutes deux regardées comme ayant commis une faute dans l'exercice de leurs missions de conception.
31. Il en résulte que les sociétés Vinci Construction et SBTPC-Sogea Réunion, qui n'appellent en garantie que la société Artelia, doivent être garanties par cette société à hauteur de 50 % de la condamnation prononcée à leur encontre au titre des désordres affectant les conduites de refoulement des bassins de tête RT 6 et RT 8 et des conduites de trop plein des bassins de ces antennes. La société Egis Eau doit être garantie de la condamnation prononcée par le présent arrêt au titre des désordres affectant les conduites de refoulement du bassin de tête RT 3 et des conduites ayant une fonction de trop-plein des réservoirs de l'antenne n° 3 par la société FEDT à hauteur de 50 % et par la société Artelia à hauteur de 50 %, enfin les sociétés FEDT et Artelia doivent se garantir mutuellement, à hauteur de 50 % de la condamnation prononcée par le présent arrêt au titre de ces deux séries de désordres. Les appels en garantie dirigés par ces sociétés contre l'Etat doivent être rejetés.
32. Enfin, les constructeurs poursuivis par le maître d'ouvrage au titre de la garantie décennale ne pouvant appeler en garantie que d'autres participants à l'exécution des travaux, les appels en garantie dirigés à l'encontre des sociétés Cise Réunion et Saur ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetés.
En ce qui concerne les échelles en aluminium permettant l'accès aux bassins des antennes n° 6 et n° 8 et du bassin RT 3 de l'antenne n° 3 :
33. Ainsi que l'ont jugé à bon droit les premiers juges, les appels en garantie dirigés par la société Sogea à l'encontre de ses sous-traitants les sociétés Hydrotech, Vulcain et EMIE, et à l'encontre de son fournisseur la société Pholor Production, qui mettent en jeu des contrats de droit privé, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
34. La société FEDT n'ayant pas appelé en garantie la société Egis Eau en première instance, ces conclusions formulées en appel sont nouvelles et, par suite, irrecevables.
35. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que, contrairement à ce que soutient la société FEDT, les défauts d'exécution ayant abouti aux désordres sur les échelles en aluminium, absence d'isolation ou de découplage, mise à la terre, étaient visibles lors de l'exécution des travaux pour un maître d'œuvre chargé du suivi du chantier normalement attentif, que ce soit pour les bassins des antennes n° 6 et n° 8 que pour l'échelle du bassin RT 3. Il ressort en outre du protocole d'accord produit par la société FEDT que les deux sociétés étaient chargées de la mission de direction de l'exécution des travaux. En revanche, dès lors que les précautions permettant d'éviter ces désordres relevaient des règles de l'art, aucune faute ne doit être retenue à l'encontre du maître d'œuvre de conception.
36. Il s'ensuit que s'agissant des échelles des bassins des antennes n° 6 et n° 8, la responsabilité des sociétés Vinci Constructions et SBTPC-Sogea Réunion doit être fixée à 75 %, et celles des sociétés FEDT et Artelia à 12,5 % chacune. S'agissant du bassin RT 3, la responsabilité des sociétés GTOI, Cenergi, Eiffage Génie Civil doit être fixée à 75 %, celle de la société Egis Eau à 25 %.
37. Il résulte de ce qui précède qu'au titre des échelles des bassins des antennes n° 6 et n° 8 les sociétés FEDT et Artelia doivent se garantir mutuellement à hauteur de 12,5 % de la condamnation prononcée à leur encontre, et doivent être garanties à hauteur de 75 % par les entreprises. Au titre de l'échelle du bassin RT 3, c'est à juste titre que les premiers juges ont estimé que ces deux sociétés, ainsi que la société Egis Eau, doivent être garanties par les sociétés GTOI, Cenergi, Eiffage Génie Civil à hauteur de 75 %, et que la société Artelia doit être garantie par la société Egis Eau à hauteur de 25 %. En revanche, l'appel en garantie de la société Egis Eau à l'encontre de sa société Artelia et FEDT doit être rejeté.
38. Pas davantage en appel qu'en première instance, la société Vinci Constructions n'établit que les sociétés Hydrotech, Vulcain et EMIE et Pholor Production auraient commis une faute de nature à engager leur responsabilité quasi-délictuelle. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que les sociétés STSM/Galva Réunion, Artelia et Apave auraient commis une faute lors de la réalisation des travaux de reprise des désordres au cours de l'année 2010. Ainsi les sociétés Vinci Construction et SBTCP-Sogea Réunion ne sont pas fondées à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Réunion a rejeté leurs appels en garantie.
39. Enfin, pour le même motif que celui figurant au point 32, les appels en garantie dirigées contre le groupement constitué des sociétés Cise Réunion et SAUR doivent être rejetés.
Sur les frais d'expertise :
40. Il y a lieu de répartir la charge des frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 146 774,29 euros par une ordonnance du 7 octobre 2020, par quarts entre le département de la Réunion, les sociétés Vinci Constructions et SBTPC-Sogea Réunion prises conjointement, la société FEDT et la société Artelia.
Sur les frais de l'instance :
41. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La somme que l'Etat, la société FEDT, la société Artelia, la société Vinci Construction et la société SBTPC - Sogea Réunion sont condamnés in solidum à payer au département de La Réunion au titre des désordres affectant les échelles en aluminium des antennes n° 6 et n° 8 est portée à 63 107,59 euros TTC.
Article 2 : L'Etat et les sociétés FEDT, Artelia, Vinci Construction et SBTPC - Sogea Réunion sont condamnés in solidum à verser au département de la Réunion la somme de 96 673,50 TTC au titre des désordres affectant les conduites de refoulement des bassins de tête RT 6 et RT 8 et des conduites ayant une fonction de trop-plein des bassins des antennes n° 6 et n° 8.
Article 3 : L'Etat et les sociétés FEDT, Artelia, GTOI, Eiffage Génie Civil, Egis Eau et Me Hirou, mandataire liquidateur de la société Cenergi sont condamnés in solidum à verser au département de la Réunion la somme de 48 716,50 euros TTC au titre des désordres affectant les conduites de refoulement du bassin de tête RT 3 et des conduites ayant une fonction de trop-plein des bassins de l'antenne n°3.
Article 4 : Les sociétés Vinci Construction et SBTPC-Sogea Réunion garantiront les sociétés FEDT et Artelia à hauteur de 75 %, et non 100 % de la condamnation prononcée à l'article 1er. Les sociétés FEDT et Artelia se garantiront mutuellement à hauteur de 12,5% de cette condamnation.
Article 5 : La société Artelia garantira les sociétés Vinci Construction et SBTPC-Sogea Réunion à hauteur de 50 % de la condamnation prononcée à leur encontre par l'article 2 du présent arrêt.
Article 6 : La société FEDT et la société Artelia garantiront, à hauteur de 50 % chacune, la société Egis Eau de la condamnation prononcée à son encontre par l'article 3 du présent arrêt.
Article 7 : Les sociétés FEDT et Artelia devront se garantir mutuellement, à hauteur de 50% des condamnations prononcées aux article 2 et 3 du présent arrêt et à l'article 2 du jugement du 28 juin 2022.
Article 8 : La charge définitive des frais et honoraires de l'expertise est répartie par quarts entre le département de la Réunion, les sociétés Vinci Constructions et SBTPC-Sogea Réunion prises conjointement, la société FEDT et la société Artelia.
Article 9 : Le jugement du tribunal administratif de La Réunion du 28 juin 2022 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 10 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 11 : Le présent arrêt sera notifié au département de la Réunion à la société France Engineering Division Technique (FEDT), à la société Artelia, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, à la société Vinci constructions, à la société SBTPC - Sogea Réunion, à la société Grands Travaux de l'Océan Indien, à Me Hirou mandataire de la société Cenergi, à la société Eiffage Génie Civil, à la société Egis Eau, à la société Cise Réunion, à la société SAUR, à la société Bureau Veritas, à la société Vulcain Finances, à la société Cetra, à M. E B, à la société Entreprise Maintenance Industrielle Epreuve, à la société Allianz IARD, à la société Pholor Production, à la société de Traitement des Surfaces de Métaux, à la société Compagnie Prudence Créole et à la société Apave.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Ghislaine Markarian, présidente,
M. Frédéric Faïck, président assesseur,
M. Julien Dufour, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2024.
Le rapporteur,
Julien A
La présidente,
Ghislaine Markarian
La greffière,
Virginie Santana La République mande et ordonne au préfet de la Réunion en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°22BX02565
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026