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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX02763

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX02763

mercredi 24 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX02763
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2203444 du 27 septembre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2022, Mme B, représentée par Me Boyance, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux du 27 septembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 de la préfète de la Gironde ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de l'admettre provisoirement au séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement, au profit de son conseil, d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation, ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle n'entretient plus de liens avec sa famille dans son pays d'origine, que le père de sa fille réside régulièrement en France et qu'il participe à son entretien et à son éducation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2022/014448 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 24 novembre 2022.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B, ressortissante ivoirienne, déclare être entrée en France le 8 juillet 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 23 février 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 mai 2022. Par un arrêté du 31 mai 2022, la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. L'intéressée relève appel du jugement du 27 septembre 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, l'intéressée reprend en appel les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au soutien desquels elle produit une attestation du 26 octobre 2022 du père de sa fille affirmant qu'il entretient des liens réguliers avec l'enfant ainsi que des photos d'eux. Toutefois, ces éléments, au demeurant postérieurs à l'arrêté en litige, ne sont pas de nature à eux seuls à remettre en cause l'appréciation du premier juge qui, outre qu'il a estimé que l'existence de liens affectifs entre le père et l'enfant ne ressortait pas des pièces du dossier, a relevé que le père de l'enfant étant également de nationalité ivoirienne, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstruise dans leur pays d'origine. Par suite, ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs retenus par le premier juge et par ceux précédemment exposés.

4. En deuxième lieu, Mme B reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Si l'intéressée produit l'avis d'imposition du père de l'enfant pour faire valoir que sa situation financière ne lui permet pas de voyager en Côte d'Ivoire une fois par an pour voir leur fille, cet élément ne permet pas de considérer, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, que l'intérêt supérieur de l'enfant aurait été méconnu par le préfet. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, si l'intéressée produit le récit du père de l'enfant présenté à l'appui de sa demande d'asile, lequel relate en particulier les risques d'excision, cet élément, au demeurant déjà produit devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile qui ont rejeté sa demande, n'est pas à lui seul de nature à justifier que l'enfant encourrait un risque personnel et actuel de subir des traitements inhumains et dégradants tels qu'ils sont prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Côte d'Ivoire. Par suite le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations précitées doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, l'intéressée reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les autres moyens invoqués en première instance visés ci-dessus. Elle n'apporte ainsi aucun élément de droit ou de fait nouveau à l'appui de ces moyens auxquels le premier juge a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par ce dernier.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1erer : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 24 mai 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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