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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX02976

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX02976

mardi 28 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX02976
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSCP LAGRAVE JOUTEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de La Rochelle a refusé de reconnaître comme imputable au service l'événement survenu au travail le 2 juillet 2020 et d'enjoindre à la commune de reconnaître qu'elle a été victime d'un accident de service.

Par un jugement n° 2102423 du 3 octobre 2022, le tribunal a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 et 7 décembre 2022 et le 14 décembre 2023, Mme B A, représentée par la SELARL Drageon et Associés, agissant par Me Drageon, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers n° 2102423 du 3 octobre 2022 ;

2°) d'annuler la décision du maire de La Rochelle du 22 juillet 2021 ;

3°) d'enjoindre à la commune de La Rochelle de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 2 juillet 2020 ;

4°) de mettre à la charge de la commune de La Rochelle une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué le principe d'impartialité qui gouverne la composition des juridictions a été méconnu, de même que l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Au fond :

- l'arrêté en litige du 22 juillet 2021 est dépourvu de motivation ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors que l'évènement survenu le 2 juillet 2020 constitue un accident de service devant être reconnu comme imputable au service.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 février 2023 et 24 janvier 2024, la commune de La Rochelle, représentée la SCP Lagrave-Jouteux, agissant par Me Madoulé, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.

Par ordonnance du 5 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 février 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Faïck,

- les conclusions de M. Julien Dufour, rapporteur public,

- et les observations de Me Drageon pour Mme A et de Me Jouteux pour la commune de La Rochelle.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B A, adjointe administrative principale de première classe, est employée par la commune de La Rochelle depuis 2015 en qualité de secrétaire du directeur de cabinet du maire. Le 2 juillet 2020, alors que le maire sortant, réélu à l'issue des élections, n'avait pas encore été désigné par le conseil municipal, le directeur du cabinet a demandé à Mme A d'organiser un rendez-vous avec une agente soupçonnée d'avoir transmis des informations confidentielles à un membre de la liste d'opposition. A l'issue de l'entretien tenu en cours d'après-midi, il a été demandé à l'agent concernée de quitter le service pour le restant de la journée en attendant les résultats des investigations en cours. Après deux entretiens qui se sont tenus les 27 et 31 août 2020, Mme A a été informée par l'élu délégué aux ressources humaines, la directrice générale des services de la commune et le directeur de cabinet du maire de la suppression de son emploi de secrétaire du directeur de cabinet. Le maire de La Rochelle a ensuite affecté Mme A au service " état civil " de la commune par une décision du 2 septembre 2020, confirmée le 18 septembre 2020 en réponse à un recours gracieux. En congé de maladie depuis le 11 septembre 2020, Mme A a, le 8 octobre 2020, déclaré auprès de son employeur l'évènement survenu le 2 juillet 2020 comme accident de service. Sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de son état de santé a fait l'objet d'un avis défavorable de la commission de réforme du 9 juillet 2021, et d'une décision de rejet du maire de La Rochelle du 22 juillet 2021. Mme A a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021. Elle relève appel du jugement rendu le 3 octobre 2022 par lequel le tribunal a rejeté sa demande.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En vertu des principes généraux applicables à la fonction de juger dans un Etat de droit, toute personne appelée à siéger dans une juridiction doit se prononcer en toute indépendance et sans recevoir quelque instruction de la part de quelque autorité que ce soit. En vertu de ces mêmes principes, un membre de la juridiction administrative a l'obligation de s'abstenir de participer au jugement d'une affaire s'il existe une raison sérieuse de mettre en doute son impartialité. A cet égard, l'exercice qu'il soit passé, concomitant ou envisagé dans le futur, de fonctions administratives par un membre de la juridiction administrative ne peut, par lui-même, constituer un motif de mettre en doute son impartialité. L'intéressé ne saurait en revanche participer au jugement des affaires mettant en cause les décisions administratives dont il est l'auteur, qui ont été prises sous son autorité, à l'élaboration ou à la défense en justice desquelles il a pris part. Il doit également s'abstenir de participer au jugement des autres affaires pour lesquelles, eu égard à l'ensemble des données particulières propres à chaque cas, notamment la nature des fonctions administratives exercées, l'autorité administrative en cause, le délai écoulé depuis qu'elles ont, le cas échéant, pris fin, ainsi que l'objet du litige, il existe une raison sérieuse de mettre en doute son impartialité.

3. Au cas d'espèce, Mme A a également saisi le tribunal administratif de Poitiers d'une requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 septembre 2020 par lequel le maire de La Rochelle avait procédé à son changement d'affectation. Il ressort également des pièces du dossier que l'agente concernée par la suspension prononcée le 2 juillet 2020 a également saisi le tribunal d'une demande tendant à la réparation de préjudices qu'elle estimait avoir subi en raison du comportement fautif de la commune. La circonstance que la magistrate-rapporteure et la rapporteure publique du tribunal administratif de Poitiers ayant eu à connaître de la requête concernant la décision en litige du 22 juillet 2021 ont également eu à connaître des deux autres affaires précitées ne révèle pas, par elle-même, un manquement au principe d'impartialité. Par ailleurs, et alors que la présente affaire ne porte pas sur une sanction disciplinaire, il ne ressort pas des pièces du dossier que les magistrates rapporteure et rapporteure publique du tribunal auraient antérieurement été amenées à connaître de la situation de Mme A à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions de présidentes du conseil de discipline de la commune de La Rochelle. Ces magistrates n'étaient pas non plus tenues de se déporter au seul motif qu'elles sont amenées à côtoyer les élus de la commune en leur qualité de présidentes du conseil de discipline. Une telle circonstance ne constitue pas, par elle-même, une raison sérieuse de mettre en doute l'impartialité des magistrates concernées et ne révèle pas non plus une méconnaissance de l'exigence d'indépendance contraire l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement attaqué ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision du 22 juillet 2021 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales l'obtenir () ".

5. L'arrêté du 22 juillet 2021 en litige vise la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et notamment son article 21, la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et notamment son article 57-2°, le décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de cette loi, et le décret du 17 novembre 2008 portant réforme des commissions de réforme et du comité médical dans les fonctions publiques d'Etat, territoriale et hospitalière. Il satisfait ainsi à l'obligation de motivation en droit. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le courrier de notification de l'arrêté en litige du 22 juillet 2021 était accompagné de l'avis, émis par la commission de réforme le 9 juillet 2021, défavorable à la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme A et. le maire de La Rochelle y précisait qu'il avait décidé de suivre l'avis de la commission de réforme. A cet égard, l'avis ainsi émis décrivait les faits survenus le 2 juillet 2020, et indiquait que les éléments médicaux et administratifs produits ne permettaient pas de retenir le caractère professionnel des problèmes de santé rencontrés par Mme A. L'arrêté en litige mentionne lui-même que les " éléments présents au dossier ne permettent pas d'authentifier le caractère professionnel des lésions décrites ". Dans ces conditions, l'arrêté en litige qui refuse de connaître à Mme A l'imputabilité au service d'un accident est suffisamment motivé au regard des dispositions du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En second lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " II .- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ".

7. Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

8. Ainsi qu'il a été dit, le directeur de cabinet du maire de La Rochelle a, le 2 juillet 2020, demandé à rencontrer une agente employée au secrétariat des élus qui était soupçonnée d'avoir transmis des informations confidentielles à un membre de l'opposition. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été sollicitée pour organiser un rendez-vous entre l'agente concernée et le directeur de cabinet au cours de l'après-midi du 2 juillet 2020. A l'issue de l'entretien, le directeur de cabinet du maire a invité l'agente à quitter le service en attendant de rassembler des éléments de nature à établir ou non les faits reprochés.

9. Dans sa déclaration d'accident de service qu'elle a rédigée le 8 octobre 2020, soit plus de trois mois après les faits litigieux, Mme A a soutenu que le témoignage qu'elle a apporté, en sa qualité de " référente ressources humaines ", au soutien de sa collègue mise en cause lui a valu de subir une " mise au placard " dès le 2 juillet 2020, puis un changement d'affectation en septembre 2020 sur un poste de moindre responsabilité. De plus, Mme A a été placée en congé de maladie à compter du 10 septembre 2020, prolongé à plusieurs reprises, pour des troubles anxieux.

10. Il ressort des pièces du dossier que l'évènement survenu le 2 juillet 2020 n'a pas concerné personnellement Mme A qui n'en a pas été le témoin direct et qui, particulier, n'a pas assisté à l'entretien entre le directeur de cabinet et l'agente mise en cause. Aucun élément au dossier ne permet d'estimer que les conditions dans lesquelles sa collègue a quitté le cabinet du maire à l'issue de l'entretien auraient présenté, pour Mme A elle-même, le caractère d'un événement susceptible d'être qualifié d'accident de service en raison, notamment, de sa soudaineté ou de sa violence. A cet égard, il est constant que Mme A a attendu le 10 septembre 2020, soit deux mois après les faits litigieux, pour rédiger un témoignage en faveur de sa collègue, et le 8 octobre 2020 pour déposer une déclaration d'accident de service. Dans ces circonstances, et quand bien même l'expert médical a estimé, dans son rapport du 16 mars 2021, dont les conclusions ne liaient pas l'administration, que l'état de santé de Mme A était imputable à l'évènement du 2 juillet 2020, le maire de La Rochelle n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 en refusant de reconnaître l'imputabilité au service des faits rapportés par Mme A.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 22 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de La Rochelle, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la commune de La Rochelle.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de La Rochelle au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A et à la commune de La Rochelle.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Ghislaine Markarian, présidente,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

Mme Caroline Gaillard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024. Le rapporteur,

Frédéric Faïck

La présidente,

Ghislaine Markarian

La greffière,

B Jussy

La République mande et ordonne au préfet de Charente-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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