mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX03061 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C et Mme A B ont demandé au tribunal administratif de Pau de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014, 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 14 212 euros.
Par un jugement n° 2000543 du 13 octobre 2022, le tribunal administratif de Pau a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 décembre 2022 et le 30 août 2023, M. et Mme B, représentés par Me Brunner, demandent à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Pau du 13 octobre 2022 ;
2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014, 2015 et 2016 ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 14 212 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'assemblée générale de copropriété du 23 novembre 2009 a conduit à la perte de 315/10 000èmes des parties communes sur les 355/10 000èmes dont ils étaient propriétaires ainsi qu'à la perte de quatre lots résultant de la subdivision en neuf lots du lot n° 5 dont ils étaient propriétaires ; ils ont pu récupérer l'intégralité de ces lots et de leurs droits sur les parties communes à compter du 1er janvier 2016 ; par un jugement du 24 octobre 2017, le tribunal judiciaire de Tarbes a jugé que leur cave avait été occupée par des occupants n'en ayant ni la propriété ni un bail de location ;
- les honoraires versés à leur conseil au cours de la procédure qu'ils ont engagée pour recouvrer la propriété de ces biens doivent pouvoir être déduits car devant être regardés, sur le fondement du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts, et comme le prévoit la documentation administrative référencée BOI RFPI - BASE -20-10 n° 100 datée du 12 septembre 2012 et non du 6 juillet 2016 comme indiqué à tort par le tribunal qui a commis une erreur de droit, comme des frais de procédure engagés par le propriétaire à l'occasion du règlement de litiges portant sur la propriété de l'immeuble donné en location.
Par des mémoires en défenses, enregistrés le 7 juin 2023 et le 11 septembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le ministre de l'économie des finances de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caroline Gaillard,
- et les conclusions de M. Anthony Duplan, rapporteur public.
Considérant ce qui suit
1. M. et Mme B ont effectué des déclarations de revenus au titre des années 2014, 2015 et 2016 qui ont fait l'objet, en 2017, d'un contrôle sur pièces. L'administration a adressé aux intéressés deux demandes d'information, datées du 24 août et du 2 octobre 2017, portant sur les frais d'administration et de gestion qu'ils ont entendu déduire de leurs revenus fonciers issus de la location de biens immobiliers à Tarbes (Hautes-Pyrénées). En l'absence de production des justificatifs sollicités, le service, par une proposition de rectification du 21 novembre 2017, a remis en cause la déduction de ces frais au titre des trois années contrôlées. A l'issue de la procédure contradictoire, les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvement sociaux ont été mises en recouvrement par voie de rôle, le 30 septembre 2018, à hauteur de 5 493 euros de droits et de 949 euros de pénalités au titre de l'année 2014, de 3 317 euros de droits et de 387 euros de pénalités au titre de l'année 2015, et de 3 767 euros de droits et de 299 euros de pénalités au titre de l'année 2016. Les réclamations formées par M. et Mme B ont été rejetées par l'administration, la dernière, datée du 21 janvier 2020, l'ayant été par une décision du 22 janvier 2020. M. et Mme B ont demandé au tribunal administratif de Pau de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014, 2015 et 2016 ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 14 212 euros. Ils relèvent appel du jugement par lequel ce tribunal a rejeté leur demande qu'ils réitèrent dans les mêmes termes devant la cour.
Sur l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 28 du code général des impôts : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété " et aux termes de l'article 31 du même code : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / () e) Les frais de gestion, fixés à 20 € par local, majorés, lorsque ces dépenses sont effectivement supportées par le propriétaire, des frais de rémunération des gardes et concierges, des frais de procédure et des frais de rémunération, honoraire et commission versés à un tiers pour la gestion des immeubles ; / () ".
3. D'une part, les dépenses mentionnées au I de l'article 31 du code général des impôts précité ne peuvent être déduites du revenu foncier brut que dans la mesure où, notamment, les charges alléguées sont dûment justifiées, se rapportent à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, sont effectivement supportées par le propriétaire et sont engagées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu.
4. D'autre part, il appartient au contribuable de justifier de la réalité, de la consistance et par suite du caractère déductible des charges de la propriété qu'il entend déduire de ses revenus fonciers, en produisant des pièces justificatives permettant d'établir avec précision la nature, le montant et la réalité de la charge supportée.
5. M. et Mme B sont propriétaires d'appartements et de locaux à usage de cave dans une résidence située à Tarbes, qu'ils louent à des tiers. Ils ont déduit des revenus fonciers qu'ils ont déclarés au titre des années 2013, 2014 et 2015, des frais d'administration et de gestion à hauteur, respectivement, de 21 347 euros, 10 553 euros et 4 900 euros. L'administration a remis en cause la déduction de ces frais au motif que les intéressés ne justifiaient pas de leur engagement en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu foncier.
6. Pour contester la réintégration de ces sommes dans leurs revenus, M. et Mme B persistent à soutenir devant la cour qu'elles correspondent à des frais d'honoraires versés à leur conseil au cours d'une procédure judiciaire engagée pour recouvrer la propriété de tantièmes et de lots qu'ils avaient perdue à la suite d'une assemblée générale de copropriété du 23 novembre 2009. Ils font à cet égard valoir, en s'appuyant sur un jugement du 24 octobre 2017 du tribunal judiciaire de Tarbes, qu'ils ont récupéré l'intégralité de ces lots et de leurs droits sur les parties communes à compter du 1er janvier 2016 après en avoir été injustement privés pendant des années.
7. Il résulte de l'instruction que, pour justifier de la nature des frais qu'ils ont entendu déduire de leurs revenus fonciers, les requérants ont adressé à l'administration, après avoir reçu la proposition de rectification du 21 novembre 2017, la copie des baux locatifs, une facture d'huissier et la copie du jugement du tribunal judiciaire de Tarbes du 24 octobre 2017. Toutefois, ainsi que l'a considéré à bon droit l'administration, ces éléments ne permettaient pas de démontrer que les dépenses engagées par les intéressés avaient trait à l'acquisition et à la conservation de leur revenu foncier. Il résulte de l'instruction que les actions en justice qu'ils ont intentées à l'encontre du syndicat des copropriétaires de la résidence dans laquelle sont situés les biens leur appartenant ont notamment donné lieu à un jugement du 24 octobre 2017 du tribunal judiciaire de Tarbes, confirmé par un arrêt du 22 février 2016 de la cour d'appel de Pau, dont il résulte que les époux B ont été déboutés de leur demande d'annulation de certaines résolutions de l'assemblée générale des copropriétaires ainsi que de l'action qu'ils avaient engagée en octobre 2015 pour non réalisation de travaux à l'encontre d'un copropriétaire de la résidence auquel ils avaient cédé, en 2008, moyennant l'euro symbolique, le fond de la cave (lot n° 5), à charge pour ce tiers de procéder à la réfection d'un escalier. Enfin, il n'est pas contesté qu'au titre des années en litige, ils ont été en capacité de poursuivre la gestion locative de leurs biens en dépit des litiges judiciaires qui, ainsi qu'il vient d'être dit, portaient sur la validité de décisions de l'assemblée générale des copropriétaires et sur la répartition des millièmes de la copropriété et ne présentaient, par suite, pas de lien direct avec la gestion de leurs immeubles.
8. Il s'ensuit que les époux B, qui ne justifient pas de la diminution de leurs droits réels de propriété, n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, qu'ils ont exposé les frais d'honoraires déduits en vue de l'acquisition ou de la conservation de leur revenu foncier. Dans ces conditions, ainsi que l'a pertinemment jugé le tribunal, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé de déduire de leurs revenus fonciers au titre des années 2014, 2015 et 2016 le montant des frais en cause.
Sur l'application de la doctrine :
9. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration./ Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ".
10. M. et Mme B entendent se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine référencée BOI-RFPI-BASE-20-10 du 12 septembre 2012 et plus particulièrement du paragraphe n° 90 selon lequel : " par frais de procédure, il convient d'entendre notamment les frais supportés par un propriétaire ou par son mandataire : - pour le règlement de différends, soit avec son locataire (paiement de loyers ; fixation ou révision des loyers ; non-observation des clauses du contrat), soit avec un entrepreneur ou prestataire (instance contre l'entrepreneur qui a construit l'immeuble ou réalisé des travaux) ; pour le règlement de litiges portant sur la propriété de l'immeuble donné en location (limite de propriété, etc.). " et du paragraphe n° 100 qui énonce que : " Il s'agit des honoraires versés, notamment, à un notaire, un avocat, un huissier ou un expert ainsi que des autres frais de procédure (hors droits et taxes qui suivent le régime des impôts déductibles ".
11. Cependant, la doctrine référencée BOI-RFPI-BASE-20-10 du 12 septembre 2012 devenue BOI-RFPI-BASE-20-10 du 16 juillet 2016 ne comporte pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il leur a été fait application.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Pau a rejeté leur demande. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme C et A B et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
Copie en sera adressée à la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Karine Butéri, présidente,
M. Stéphane Guéguein, président-assesseur,
Mme Caroline Gaillard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 octobre 2024.
La rapporteure,
Caroline Gaillard
La présidente,
Karine Butéri
La greffière,
Catherine Jussy
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026