mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX03091 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre (formation à 3) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans.
Par un jugement n° 2201353 du 6 juillet 2022, le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 16 décembre 2022, et la production de pièces complémentaires enregistrée le 2 mai 2023, M. A, représenté par Me Canadas, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2201353 du 6 juillet 2022 du tribunal administratif de Pau ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de mettre fin au signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le premier juge n'a pas suffisamment examiné les moyens tenant au fait qu'il démontre l'erreur manifeste d'appréciation commise par l'administration ; il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision querellée est entachée d'un défaut de motivation ; elle ne comporte aucune énonciation précise relative à sa vie privée et familiale ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'une défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il bénéficie de nombreuses attaches personnelles sur le territoire national ; l'exécution de la mesure entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle au regard du but poursuivi par ladite mesure ; elle porte atteinte au droit au respect à sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision de refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
- l'autorité préfectorale s'est estimée à tort liée par les critères posés par l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire ;
S'agissant de la décision désignant le pays de destination :
- la décision est insuffisamment motivée ;
S'agissant de l'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de 3 ans :
- la décision doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle
- son comportement ne représente pas au jour où la mesure a été édictée une menace pour l'ordre public.
Le préfet des Hautes-Pyrénées a produit un mémoire enregistré le 15 mai 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-147 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bénédicte Martin.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 15 mai 2001, serait entré, selon ses dires, sur le territoire français au mois de décembre 2016. Il a fait l'objet, sous d'autres identités, de deux obligations de quitter le territoire français par arrêtés du préfet de police de Paris et du préfet des Hauts-de-Seine en date des 18 octobre 2019 et 25 mai 2020. Par un arrêté du 23 juin 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées a pris à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A relève appel du jugement n° 2201353 du 6 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
2. Le requérant soutient que le jugement est irrégulier au motif qu'il est entaché d'un défaut d'examen suffisant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation. Un tel moyen qui a trait au bien-fondé des motifs retenus par le premier juge est sans influence sur la régularité du jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :
3. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 23 juin 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hautes-Pyrénées, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Samoyault, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département dont les mesures prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente manque en fait.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision en litige précise les éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde et notamment les éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, contrairement à ce qu'il soutient. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision contestée que le préfet n'aurait pas procédé, compte tenu des éléments dont il avait connaissance, à un examen particulier de la situation de M. A.
6. En troisième lieu, M. A fait valoir qu'il est entré en France en 2016, soit depuis plus de cinq ans au jour de la décision contestée, et qu'il a désormais fixé l'ensemble de ses intérêts personnels et familiaux en France, où il aurait de nombreuses attaches familiales. Toutefois, la seule durée de sa présence en France, à la supposer démontrée, n'est pas suffisante pour attester de la reconstitution de sa vie privée et familiale en France. Il en est de même des circonstances selon lesquelles l'intéressé a, d'une part, été libéré sous contrainte avec détention à domicile sous surveillance électronique, et hébergé chez son frère du 14 décembre 2021 au 6 août 2022 par ordonnance du juge d'applications des peines du tribunal judiciaire de Paris en date du 9 décembre 2021, et, d'autre part, bénéficie d'une promesse d'embauche en date du 6 juin 2022. L'intéressé ne produit pas plus en première instance qu'en appel d'élément relatif à l'intensité et à la stabilité de sa vie privée et familiale en France depuis son arrivée et ne conteste pas être célibataire, sans charge de famille. Il ne justifie pas être dépourvu de liens personnels et familiaux en Algérie où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de quinze ans. Par suite, compte tenu des conditions de séjour en France du requérant, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision l'obligeant à quitter le territoire français a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : /1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; /() /3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
8. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas pris sa décision après un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé, ni qu'il se serait cru en situation de compétence liée pour lui refuser un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision désignant le pays à destination :
9. La décision contestée vise les textes applicables, notamment l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, puis mentionne que l'intéressé pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité, précise cette nationalité et énonce qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée en droit comme en fait.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision en litige prise sur son fondement serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
11. Il ressort des pièces du dossier que pour prononcer à l'encontre de M. A une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, le préfet des Hautes-Pyrénées a pris en compte les circonstances que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement en France malgré deux précédentes mesures d'éloignement, qu'il représente une menace pour l'ordre public, compte tenu des nombreux faits pour lesquels il est défavorablement connu et des condamnations pénales dont il a fait l'objet pour différents délits commis au cours des années 2019 et 2020, sous différentes identités, et que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France ne sont pas établis. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, l'appelant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.
13. Il ressort des pièces du dossier notamment de l'extrait de casier judiciaire en date du 7 janvier 2022 que le requérant a été condamné entre le 4 octobre 2019 et le 19 septembre 2020 à plusieurs peines d'emprisonnement pour des faits délictueux, notamment pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité en récidive. Il est également défavorablement connu des services de police, sous différentes identités. Le préfet des Hautes-Pyrénées a pu ainsi légalement estimer qu'il constituait une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé ne justifie pas d'une intégration personnelle ou professionnelle dans la société française. En interdisant à l'intéressé le retour sur le territoire français pendant trois ans, le préfet n'a dès lors pas entaché l'arrêté en litige d'une erreur d'appréciation de la situation de M. A.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
15. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions présentées aux fins d'injonction ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés à l'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A en application de ces dispositions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Evelyne Balzamo, présidente,
Mme Bénédicte Martin, présidente-assesseure,
Mme Pauline Reynaud, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 juin 2023.
La rapporteure,
Bénédicte MartinLa présidente,
Evelyne BalzamoLe greffier,
Christophe Pelletier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026