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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX00002

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX00002

jeudi 22 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX00002
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2202020 du 5 décembre 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2023, M. A, représenté par Me Breillat, demande à la cour :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 5 décembre 2022 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 du préfet de la Charente-Maritime ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d'une incompétence de son signataire dès lors que la délégation de signature accordée est extrêmement large et ne permet pas de déterminer quelles attributions ont été accordées au secrétaire général.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présente une hépatite B pour laquelle il n'y a pas d'indication de traitement mais qui nécessite une surveillance tous les six mois par un bilan biologique, qu'il n'a bénéficié d'aucune prise en charge de cette maladie en Mauritanie car il y subit le racisme et les persécutions de la population arabe qui dirige notamment l'administration, et qu'il ne pourra donc pas bénéficier dans son pays d'origine du suivi médical qui lui est indispensable ;

- elle méconnaît les articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle le prive de la possibilité de bénéficier de soins indispensables à son état de santé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est illégale ;

- elle méconnaît les articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/000258 du 9 février 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant mauritanien, déclare être entré en France en janvier 2021 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 mai 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 octobre 2021. Le 28 décembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 17 juin 2022, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A relève appel du jugement du 5 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par la décision n° 2023/000258 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux du 9 février 2023. Par suite, ses conclusions tendant à obtenir l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été signé le 17 juin 2022 par M. Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime. Par un arrêté n° 17-2022-05-30-00006 du 30 mai 2022, visé dans l'arrêté en litige et régulièrement publié le 31 mai suivant au recueil n° 17-2022-078 des actes administratifs de l'Etat, M. Pierre Molager a reçu délégation du préfet de la Charente-Maritime à l'effet de signer tous arrêtés et décisions, " à l'exception des arrêtés de conflit, de la réquisition du comptable, de la réquisition des forces armées ". L'arrêté litigieux vise également un arrêté n° 17-2022-04-29-00004 du 29 avril 2022, publié le même jour au recueil n° 17-2022-065 des actes administratifs de l'Etat, donnant délégation de signature à M. Pierre Molager en ce qui concerne la mise en œuvre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte des termes de ces deux arrêtés des 29 avril et 30 mai 2022 que, si le préfet de la Charente-Maritime a donné une délégation de signature générale à M. Pierre Molager, par l'arrêté n° 17-2022-05-30-00006, il a entendu, par l'arrêté n° 17-2022-04-29-00004, restreindre la portée de cette délégation pour les mesures relevant de la mise en œuvre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la compétence du signataire de l'arrêté attaqué du 17 juin 2022 doit s'apprécier au regard des dispositions de ce second arrêté de délégation de signature.

5. Aux termes de l'article 1er de cet arrêté préfectoral n° 17-2022-04-29-00004 : " Délégation de signature est donnée à M. Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime, pour signer tous actes et décisions, relevant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, suivants : - arrêtés portant refus de délivrance des titres de séjour sollicités sur le fondement de l'article L. 233-5 et des dispositions du titre II du livre IV ; - arrêtés portant obligation de quitter le territoire français () ; - décisions fixant le pays de renvoi () ; - mesures portant interdiction de circulation sur le territoire français () ; - mesures portant interdiction de retour sur le territoire français () ".

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué et des écritures du requérant que la demande de titre de séjour a été présentée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui figure au titre II du livre IV. Dans ces conditions, M. Molager, secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime, était compétent pour signer l'arrêté en litige. Contrairement à ce que soutient M. A en appel, la délégation qui lui a été accordée n'est ni trop large ni trop imprécise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

7. En second lieu, M. A reprend dans des termes similaires, et sans critique utile du jugement, ses autres moyens de première instance visés ci-dessus. D'une part, aucun élément au dossier ne permet de remettre en cause la pertinence de l'avis du collège de médecins, au vu duquel s'est notamment prononcé le préfet, selon lequel le défaut de prise en charge ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si, d'autre part, il fait nouvellement valoir qu'il ne peut se faire soigner dans des conditions satisfaisantes en Mauritanie du fait des refus de soins qui lui sont opposés en raison de la couleur de sa peau et qu'il a été à plusieurs reprises chassé des hôpitaux, il n'apporte à l'appui de ses allégations aucun élément permettant de l'établir. Par suite, il y a lieu d'écarter l'ensemble de ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Poitiers et par ceux qui viennent d'être exposés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Charente-Maritime.

Fait à Bordeaux, le 22 juin 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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