jeudi 5 juin 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX00043 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | SELARL LEGIPUBLIC AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société ABF-LAB a demandé au tribunal administratif de Bordeaux de condamner la communauté de communes de Montesquieu à lui verser la somme de 18 927,55 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, au titre des honoraires rattachés à ses missions complémentaires au marché de maîtrise d'œuvre pour la construction du bâtiment EUREKAPOLE -Technopôle Bordeaux Montesquieu.
Par un jugement n° 2105248 du 9 novembre 2022 le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 janvier et 20 juin 2023 la société ABF- LAB, représentée par Me Rigoreau, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 9 novembre 2022 et de condamner la communauté de communes de Montesquieu à lui verser la somme de 18 927,55 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, au titre des honoraires rattachés à ses missions complémentaires au marché de maîtrise d'œuvre pour la construction du bâtiment EUREKAPOLE -Technopôle Bordeaux Montesquieu ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes de Montesquieu une somme de 3 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le marché a été résilié sans aucune indemnité de résiliation ;
- aucun décompte ne lui a été adressé ;
- à l'issue de la phase APS, la maîtrise d'ouvrage a demandé des prestations spécifiques relatives à l'agencement des mobiliers et à la signalétique qui sont distinctes de la mission de base et dont la rémunération n'est pas incluse dans la rémunération forfaitaire du maître d'œuvre ; il s'agit de missions complémentaires à celles prévues au contrat, ainsi que le relève le courriel du 28 mai 2021, que le maître d'ouvrage doit rémunérer nonobstant la résiliation prononcée ;
- les stipulations de l'article 10.1 du CCAP, relatives aux prestations accomplies dans le déroulement normal du marché, ne trouvent pas à s'appliquer ;
- le CCAG relatif aux prestations intellectuelles applicable prévoit la rémunération des prestations complémentaires ;
- la réalisation des missions complémentaires est indissociable de celle de la mission de base, elle ne nécessite pas, à l'instar des missions optionnelles, de décision d'engagement du maître d'ouvrage ; la mission complémentaire DD-QEB a été réglée au co-traitant FACEA tout au long des phases du projet ; cet échéancier a été retenu pour établir la demande d'honoraires concernant les autres missions complémentaires ; les pièces fournies montrent des locaux aménagés avec du mobilier et une estimation budgétaire pour le mobilier et la signalétique ; le dimensionnement des pièces ne peut être réalisé sans prise en compte des dimensions du mobilier ; la conception générale du bâtiment intègre nécessairement les performances environnementales ; la communauté de communes de Montesquieu, qui admet que ces missions complémentaires ont été initiées, ne pouvait exiger leur finalisation, qui n'intervient qu'en fin de chantier, pour procéder à leur paiement ;
- les premiers juges ont retenu que la mission DD-QEB relevait de la mission de base alors que les documents du marché prévoient un taux de rémunération de 4,1% ;
- la communauté de communes de Montesquieu doit lui verser la somme de 15 595,09 euros HT au titre des missions complémentaires avancées au stade de l'APD, soit la somme de 1 892,52 euros au titre des prestations assurées pour assurer la coordination au sein du groupement de maîtrise d'œuvre dans le cadre de sa mission complémentaire " Développement durable et qualité environnementale du bâtiment ", la somme de 6 086, 25 euros HT au titre de la mission mobilier et la somme de 7 616,31 euros HT au titre de la mission signalétique ;
- ces sommes devront être assorties de la TVA applicable pour un montant de 3 154,59 euros et d'une somme de 177,87 euros HT au titre de la révision des prix.
Par des mémoires en défense enregistrés les 11 avril 2023 et 6 mars 2024, la communauté de communes de Montesquieu, représenté par Me Supplisson, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, au regard des stipulations de l'article 10 du CCAP, les missions complémentaires MOB et SIGN ne peuvent être rémunérées au regard du caractère très partiel de leur avancée ; le courriel du 28 mai 2021 reconnait la nature complémentaire des prestations demandées mais relève très clairement que leur niveau d'avancement ne permet pas au groupement de les facturer au stade de la résiliation du marché ; elle n'a au demeurant sollicité aucune prestation au titre de ces missions complémentaires ;
- les études complémentaires réalisées au titre des missions MOB et SIGN, non sollicitées, étaient trop lacunaires et imprécises, et ne répondaient pas aux objectifs des études d'avant-projet ;
- l'acte d'engagement ne prévoit pas de prestation de coordination du groupement spécifiquement pour la mission DD-QEB, distincte de la prestation de coordination du groupement déjà rémunérée ;
- à titre subsidiaire, la société a présenté une facture le 15 octobre 2020 aux fins de paiement des sommes restant dues ici en litige ; le courrier du 17 décembre 2020 portant refus de paiement a fait naître un désaccord ; la demande en condamnation est irrecevable faute pour la société d'avoir présenté un mémoire en réclamation dans le délai de deux mois suivant la naissance de ce désaccord comme le prévoient les stipulations de l'article 37 du CCAG-PI.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n°85-704 du 12 juillet 1985 ;
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics ;
- le décret n°93-1268 du 29 décembre 1993
- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;
- l'arrêté du 16 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles.
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Stéphane Gueguein,
- les conclusions de M. Anthony Duplan, rapporteur public
- et les observations de Me Supplisson, représentant la communauté de communes de Montesquieu.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement signé le 1er février 2019, la communauté de communes de Montesquieu a confié l'exécution du marché de maître d'œuvre pour la construction du bâtiment EUREKAPOLE -Technopôle Bordeaux Montesquieu au groupement représenté par la société ABF-LAB. Le 12 juin 2020, la communauté de communes de Montesquieu a décidé, pour motif budgétaire, d'abandonner le projet de bâtiment et a, par un courrier du 16 juin 2020, informé la société ABF-LAB de sa décision d'arrêter l'exécution des missions de base à la phase Avant-projet définitif (APD) et de résilier, sans indemnité, le marché en exécution des stipulations de l'article 12.7 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) applicable et de l'article 20 du cahier des clauses administratives générales applicable aux prestations intellectuelles (CCAG PI) auxquelles elles renvoient et lui a indiqué que le solde de la phase APD serait réglé conformément aux termes du marché. Après avoir obtenu le paiement de l'intégralité de la phase APD de la mission de base, estimant notamment que la communauté de communes ne lui avait pas réglé des prestations effectuées dans le cadre de ses missions complémentaires relatives au développement durable et à la qualité environnementale du bâtiment (DD-QEB), à l'agencement du mobilier (MOB) et à la signalétique intérieure (SIGN), la société ABF-LAB lui a adressé le 15 octobre 2020 un projet de décompte intégrant le paiement d'une somme de 18 927,55 euros au titre de ces missions complémentaires. Suite au refus opposé par cette collectivité, et après avoir présenté un mémoire en réclamation daté du 6 juin 2021, la société ABF-LAB a demandé au tribunal administratif de Bordeaux de condamner la communauté de communes de Montesquieu à lui payer la somme de 18 927,55 euros TTC. Elle relève appel du jugement du 9 novembre 2022 rejetant cette demande.
Sur la recevabilité de la demande de première instance :
2. Aux termes des stipulations de l'article 37 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de prestations intellectuelles approuvé par l'arrêté du 16 septembre 2009 et qui est au nombre des pièces contractuelles du marché en litige, en application de l'article 2 du cahier des clauses administratives particulières : " Différends entre les parties : / () Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'une lettre de réclamation exposant les motifs de son désaccord et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Cette lettre doit être communiquée au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. (). "
3. L'apparition d'un différend, au sens des stipulations précitées, entre le titulaire du marché et l'acheteur, résulte, en principe, d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de l'acheteur et faisant apparaître le désaccord. Elle peut également résulter du silence gardé par l'acheteur à la suite d'une mise en demeure adressée par le titulaire du marché l'invitant à prendre position sur le désaccord dans un certain délai. En revanche, en l'absence d'une telle mise en demeure, la seule circonstance qu'une personne publique ne s'acquitte pas, en temps utile, des factures qui lui sont adressées, sans refuser explicitement de les honorer, ne suffit pas à caractériser l'existence d'un différend au sens des stipulations précédemment citées.
4. Il résulte de l'instruction que contrairement à ce que soutient la communauté de communes de Montesquieu, le courrier du 17 décembre 2000 qu'elle a envoyé à la société requérante en réponse à l'envoi de la facture du 15 octobre 2020 ne comporte aucune prise de position quant au paiement des missions complémentaires objet du présent litige. Ce n'est que par un courriel en date du 19 avril 2021 qu'elle a opposé un refus aux demandes de paiement des prestations complémentaires DD-QEB, SIGN et MOB, faisant naître le différend relatif à ces prestations. Par suite, la réclamation de la société ABF-LAB présentée le 6 juin 2021, moins de deux mois après l'envoi de ce courriel, n'était pas tardive.
Sur le bien-fondé de la demande indemnitaire :
5. D'une part, aux termes de l'article 9 de la loi susvisée du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre privée, alors applicable : " La mission de maîtrise d'œuvre donne lieu à une rémunération forfaitaire fixée contractuellement. Le montant de cette rémunération tient compte de l'étendue de la mission, de son degré de complexité et du coût prévisionnel des travaux." et aux termes de l'article 30 du décret du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé, alors applicable : " Le contrat de maîtrise d'œuvre précise, d'une part, les modalités selon lesquelles est arrêté le coût prévisionnel assorti d'un seuil de tolérance, sur lesquels s'engage le maître d'œuvre, et, d'autre part, les conséquences, pour celui-ci, des engagements souscrits. () En cas de modification de programme ou de prestations décidées par le maître de l'ouvrage, le contrat de maîtrise d'œuvre fait l'objet d'un avenant qui arrête le programme modifié et le coût prévisionnel des travaux concernés par cette modification, et adapte en conséquence la rémunération du maître d'œuvre et les modalités de son engagement sur le coût prévisionnel ".
6. Il résulte de ces dispositions que le titulaire d'un contrat de maîtrise d'œuvre est rémunéré par un prix forfaitaire couvrant l'ensemble de ses charges et missions, ainsi que le bénéfice qu'il en escompte, et que seules une modification de programme ou une modification de prestations décidées par le maître de l'ouvrage peuvent donner lieu à une adaptation et, le cas échéant, à une augmentation de sa rémunération.
7. D'autre part, aux termes de l'article 20 du cahier des clauses administratives générales de prestations intellectuelles (CCAG PI) : " Arrêt de l'exécution des prestations. Lorsque les prestations sont scindées en plusieurs parties techniques à exécuter distinctement, le pouvoir adjudicateur peut décider, au terme de chacune de ces parties, soit de sa propre initiative, soit à la demande du titulaire, de ne pas poursuivre l'exécution des prestations, dès lors que les deux conditions suivantes sont remplies : - les documents particuliers du marché prévoient expressément cette possibilité ;- chacune de ces parties techniques est clairement identifiée et assortie d'un montant. La décision d'arrêter l'exécution des prestations ne donne lieu à aucune indemnité. L'arrêt de l'exécution des prestations entraîne la résiliation du marché ". Aux termes de l'article 12.7 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) relatif à l'arrêt de l'exécution des prestations : " En application de l'article 20 du CCAG PI, le pouvoir adjudicataire se réserve la possibilité d'arrêter l'exécution des interventions qui font l'objet du marché, à l'issue de chaque mission du maître d'œuvre définie au CCAP ".
8. Enfin, il résulte de l'article 3-1 de l'acte d'engagement et de l'article 5 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché en litige que le marché de maîtrise d'œuvre pour la construction du bâtiment EUREKAPOLE - Technopôle Bordeaux-Montesquieu comportait une mission de base, au sens du décret n°93-1298 du 29 novembre 1993 et de l'arrêté du 21 décembre 1993, et quatre éléments de missions complémentaires parmi lesquels figurent la mission " Développement Durable et Qualité Environnementale du Bâtiment (DD-QEB) y compris les simulations thermiques dynamiques (Cf PTD Développement Durable et Cahier des charges environnemental) ", la mission " Signalétique intérieure du bâtiment (SIGN) et la mission " Mobilier, notamment des laboratoires et de la salle d'assemblée " (MOB). Selon l'annexe non numérotée à l'acte d'engagement intitulée " Missions et répartition des honoraires ", la rémunération du groupement de maîtrise d'œuvre a été décomposée d'une part en un forfait provisoire de 1 194 000 euros HT pour la mission de base et une somme complémentaire de 261 400 euros HT au titre des missions complémentaires dont 97 000 euros HT au titre de la mission DD-QEB, 19 000 euros HT au titre de la mission SIGN et 24 900 euros HT au titre de la mission MOB.
9. La société ABF-LAB, qui ne conteste pas la régularité de la résiliation du marché intervenue le 16 juin 2020 à l'issue des études d'avant-projet définitif (APD), demande la condamnation de la Communauté de communes de Montesquieu à lui verser la somme de 15 595,09 euros HT en rémunération des prestations assurées au titre des missions complémentaires DD-QEB, SIGN et MOB à hauteur, respectivement de 1 892,52 euros HT, de 6 086, 25 euros HT et de 7 616,31 euros HT.
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les documents du marché, et notamment le programme technique détaillé, lequel inclut un cahier des charges de développement durable et de qualité environnementale du bâtiment, procédaient avec une grande précision à la définition du besoin et notamment à la décomposition de l'ensemble des différents espaces, à leur description, soit, au-delà des données quantitatives relatives aux surfaces et volumes, le nombre de membres du personnel et d'usagers, les activités devant y être accueillies, les contraintes et exigences particulières, notamment en termes d'espaces de travail, de niveau de confort, de niveau d'identification par le public ou du besoin de confidentialité ainsi que l'intégralité des équipements qu'ils devaient accueillir. Ainsi le marché en litige, qui vise à la réalisation d'un bâtiment complexe intégrant un ensemble diversifié de services, impliquait pour le groupement retenu de prendre en compte les composantes techniques précisées par le cahier des charges DD-QEB et d'intégrer, dès la conception initiale du bâtiment, les particularités propres à chacune de ses composantes notamment quant à l'agencement des mobiliers, dont certains sont très spécifiques, et la nécessité de maintenir une forte lisibilité des différentes composantes de ce pôle. Ainsi que le soutient la société ABF-LAB, l'exécution des missions complémentaires DD-QEB, SIGN et MOB n'étaient pas détachées de la réalisation de la mission de base mais s'imbriquaient à elle afin notamment que la conception générale du bâtiment intègre dès l'origine les objectifs ayant légitimé l'adjonction de ces missions complémentaires. La communauté de communes n'est donc pas fondée à soutenir que la réalisation de ces missions complémentaires n'impliquait aucune dépense jusqu'à la fin de la phase d'APD et nécessitait la formulation de demandes ultérieures spécifiques du maître d'ouvrage.
11. En deuxième lieu, il résulte des points 5 et 6 ci-dessus que les sommes correspondant à la rémunération des missions complémentaires en litige correspondent à un prix forfaitaire. En conséquence des stipulations de l'article 12.7 du CCAP et de l'article 20 du CCAG PI, conditionnant la possibilité pour la communauté de communes de procéder à une résiliation à l'issue des études d'APD à la double condition que les parties techniques soit clairement identifiées et qu'elles soient associées à un montant, il y a lieu de regarder l'acte d'engagement et ses annexes, et notamment celle intitulée " Missions et répartition des honoraires ", comme associant aux phases d'études d'esquisse, d'avant-projet sommaire et d'avant-projet définitif des taux de rémunération du forfait global de rémunération à hauteur, respectivement, de 5,2%, 10,8% et 16% devant être appliqués au forfait de rémunération de la mission de base et qu'il convient, conformément à ce qui est indiqué au point 10, d'étendre à la rémunération des missions complémentaires DD-QEB, SIGN et MOB. La société ABF-LAB est donc fondée à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont écarté sa demande de paiement sur le fondement des stipulations de l'article 10 du CCAP en retenant notamment que les missions complémentaires ne bénéficiaient pas des éléments de rémunération énumérés à l'annexe " Missions et répartition des honoraires " et devaient être entièrement achevées pour être payées.
12. Ainsi, alors qu'il est constant que la communauté de communes a, préalablement à la résiliation du marché, acté la complétude de la phase des études d'APD, elle n'est pas fondée à soutenir que la société ABF-LAB n'aurait pas assuré les missions complémentaires DD-QEB, MOB et SIGN à hauteur de ce qu'il était attendu d'elle au stade de la fin des études APD. La société ABF-LAB, dont la part d'exécution des missions complémentaires DD-QEB, SIGN et MOB au sein du groupement est respectivement de 4,1%, 89,9% et 90%, et dont il n'est pas établi qu'elle ait perçu une quelconque rémunération au titre de ces missions au stade des études d'esquisse et de l'APS, était fondée à obtenir, à l'issue de la phase d'APD, un taux cumulé de rémunération de 32% du montant du forfait de rémunération auquel elle pouvait prétendre.
13. La société ABF-LAB, qui ne justifie ni que les missions DD-QEB, SIGN et MOB devraient se voir appliquer un taux de complétion distinct de celui prévu au contrat, ni que le degré d'avancement de ces missions complémentaires serait plus avancé que le taux de 32% précité, est donc uniquement fondée à solliciter le versement d'une somme globale de 14 170 euros HT, soit 1 273,95 euros au titre de la mission DD-QEB, 5 724,83 euros au titre de la mission SIGN et 7 171,20 euros au titre de la mission MOB.
14. En troisième lieu, les sommes visées au point précédent ayant la nature de rémunération d'une prestation de services, la somme de 14 170 euros HT doit être majorée d'une somme correspondant à la révision prévue par l'article 7.1 du CCAP et d'une somme correspondant à la taxe sur la valeur ajoutée applicable aux prestations rendues.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la société ABF-LAB est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande et à demander que la communauté de communes soit condamnée à lui verser la somme de 14 170 euros HT majorée de la révision prévue par l'article 7.1 du CCAP et de la taxe sur la valeur ajoutée applicable au jour du versement.
En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation des intérêts :
16. Aux termes de l'article 10.5 du CCAP applicable : " Délai global de paiement - Les sommes dues au(x) titulaire(s) seront payées dans un délai global de 30 jours à compter de la date de réception des demandes de paiement. / En cas de retard de paiement, le titulaire a droit au versement d'intérêts moratoires, ainsi qu'à une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement d'un montant de 40 €. Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage () ".
17. En premier lieu, la société ABF-LAB a droit au paiement des intérêts moratoires au taux contractuel sur la somme hors taxes mentionnée au point 15 à compter du 14 juin 2021, date de réception de son mémoire en réclamation.
18. En second lieu, aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêt échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation pour les intérêts échus à compter du 14 juin 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais du litige :
19. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société ABF-LAB, qui n'est pas pour l'essentiel la partie perdante dans le présent litige, verse une somme au titre des frais exposés par la Communauté de communes de Montesquieu et non compris dans les dépens. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette communauté de communes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société ABF-LAB et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2105248 du 9 novembre 2022 le tribunal administratif de Bordeaux est annulé.
Article 2 : La communauté de communes de Montesquieu versera à la société ABF-LAB une somme de 14 170 euros hors taxes (HT), majorée de la révision prévue par l'article 7.1 du CCAP et augmentée des intérêts calculés selon les modalités indiquées au point 17 du présent arrêt. Les intérêts échus à la date du 14 juin 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : La communauté de communes de Montesquieu versera à la société ABF-LAB la taxe sur la valeur ajoutée applicable au jour du paiement sur la somme de 14 170 euros hors taxes (HT) majorée de la révision prévue par l'article 7.1 du CCAP.
Article 4 : La communauté de communes de Montesquieu versera à la société ABF-LAB une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à la société ABF-LAB et à la communauté de communes de Montesquieu.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2025 à laquelle siégeaient :
M. Luc Derepas, président de la cour,
M. Stéphane Gueguein, président assesseur,
Mme Caroline Gaillard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2025.
Le rapporteur,
Stéphane Gueguein Le président,
Luc Derepas
La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026