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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX00066

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX00066

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX00066
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP BREILLAT DIEUMEGARD MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D A et Mme C B ont demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler les arrêtés du 23 novembre 2022 par lesquels la préfète de la Gironde a ordonné leur transfert aux autorités espagnoles en vue de l'examen de leurs demandes d'asile.

Par un jugement n° 2203058, 2203059 du 19 décembre 2022 notifié à l'administration le même jour, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes.

Procédures devant la cour administrative d'appel :

I - Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023 sous le n° 23BX00066,

Mme B, représentée par Me Masson, demande à la cour :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du 19 décembre 2022 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Poitiers et l'arrêté de la préfète de la Gironde du 23 novembre 2022 la concernant ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer un récépissé de demande d'asile dans le délai de quarante-huit heures à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous la même astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quarante-huit heures à compter de la décision à intervenir, sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou à elle-même dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente dès lors que la délégation de signature accordée par la préfète de la Gironde à l'adjointe à la cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique est extrêmement large et ne permet pas d'apprécier si la signataire de cet arrêté bénéficiait de l'habilitation préfectorale pour signer ce type de décisions ;

- la décision est litige est insuffisamment motivée au regard de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en l'absence de mention d'éléments de sa situation personnelle, et notamment de la prise en compte de sa situation de grossesse l'empêchant de voyager et de poursuivre le suivi médical initié en France ;

- il n'a pas été procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- la préfète de la Gironde a entaché la décision en litige d'une erreur d'appréciation en refusant de mettre en œuvre la clause dérogatoire prévue à l'article 17 du règlement Dublin.

Par un mémoire enregistré le 19 juin 2023, le préfet de la Gironde conclut au non-lieu à statuer en indiquant que la demande d'asile de Mme B a été requalifiée en procédure normale dès lors que le délai prévu à l'article 29 du règlement Dublin pour l'exécution de son transfert est échu depuis le 19 juin 2023 et que l'intéressée a été convoquée pour l'enregistrement de sa demande d'asile et la délivrance de l'attestation de demandeur d'asile correspondante.

II - Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023 sous le n° 23BX00067,

M. A, représenté par Me Masson, conclut, pour ce qui le concerne, aux mêmes fins que la requête n° 23BX00066 par les mêmes moyens.

Par un mémoire enregistré le 19 juin 2023, le préfet de la Gironde conclut au non-lieu à statuer en indiquant que la demande d'asile de M. A a été requalifiée en procédure normale dès lors que le délai prévu à l'article 29 du règlement Dublin pour l'exécution de son transfert est échu depuis le 19 juin 2023 et que l'intéressé a été convoqué pour l'enregistrement de sa demande d'asile et la délivrance de l'attestation de demandeur d'asile correspondante.

Par deux décisions nos 2023/000727 et 2023/000728 du 21 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis respectivement

M. A et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du

21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le règlement du Parlement européen et du Conseil (UE) n° 604/2013 en date du

26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents () de cour administrative d'appel () et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : ( )/ 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () ".

2. M. A et Mme B, ressortissants mauritaniens nés respectivement en 1987 et 1992, sont entrés en France en juillet 2022 via l'Espagne et ont déposé le 29 août 2022 des demandes d'asile auprès du préfet de la Vienne. La consultation de la base de données Eurodac a révélé que ce couple était entré en Espagne sous couvert de visas de court séjour délivrés par les autorités espagnoles. Après avoir saisi le 27 septembre 2022 les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge des demandes d'asile des intéressés et obtenu l'accord explicite de ces autorités le 7 octobre 2022, la préfète de la Gironde, par deux arrêtés du 23 novembre 2022, a décidé de transférer M. A et Mme B aux autorités espagnoles en vue de l'examen de leurs demandes d'asile. Par deux requêtes séparées enregistrés sous les nos 23BX00066 et 23BX00067, Mme B et M. A relèvent respectivement appel du jugement du 19 décembre 2022 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

3. Les requêtes enregistrées sous les nos 23BX00066 et 23BX00067 concernent les membres d'une même famille et amènent à juger des mêmes questions. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour statuer par une même ordonnance.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

4. M. A et Mme B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux en date du 21 février 2023, leurs conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ont perdu leur objet. Il n'y a, par suite, pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les autres conclusions :

5. Il résulte de la combinaison des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et des articles L. 572-4 à 7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date de notification à l'administration du jugement du tribunal administratif statuant au principal sur cette demande, quel que soit le sens de sa décision. Ni un appel ni le sursis à exécution du jugement accordé par le juge d'appel sur une demande présentée en application de l'article R. 811-15 du code de justice administrative n'ont pour effet d'interrompre ce nouveau délai, qui peut cependant être prorogé pour une durée de dix-mois en cas de fuite de l'intéressé. L'expiration de ce délai éventuellement prorogé a pour conséquence qu'en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement précité, l'Etat requérant devient responsable de l'examen de la demande de protection internationale.

6. Il ressort des pièces des dossiers que les arrêtés du 23 novembre 2022 par lesquels la préfète de la Gironde a ordonné le transfert de M. A et de Mme B aux autorités espagnoles est intervenu moins de six mois après la décision d'accord explicite

du 7 octobre 2022 des autorités de cet Etat pour la prise en charge des demandes d'asile des intéressés sollicitée par l'administration le 27 septembre 2022, dans le délai d'exécution du transfert fixé par l'article 29 du règlement du 26 juin 2013. Ce délai a toutefois été interrompu par l'introduction, par M. A et Mme B, des recours qu'ils ont présentés contre ces décisions sur le fondement de l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un nouveau délai de six mois a commencé à courir à compter de la notification à la préfète de la Gironde, le 19 décembre 2022, du jugement rendu le même jour par la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Poitiers qui a rejeté leurs demandes. Le préfet de la Gironde, en réponse aux courriers du 2 juin 2023 envoyés par le greffe de la cour l'invitant à produire, dans le délai d'un mois, toutes pièces et informations afférentes à l'exécution des arrêtés de transfert ou de la prolongation du délai d'exécution de ces transferts après la lecture du jugement du tribunal administratif, a indiqué que les arrêtés n'ayant pu être exécutés dans le délai précité, les demandes d'asile de M. A et de Mme B ont été requalifiées en procédure normale et que la France est devenue responsable de l'examen de leurs demandes de protection internationale à la date du 19 juin 2023. Par suite, les décisions de transfert étant devenues caduques postérieurement à l'introduction de l'appel et ne pouvant plus être légalement exécutées, les conclusions à fin d'annulation de M. A et de Mme B ont perdu leur objet.

7. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les autorités françaises sont devenues responsables de l'examen des demandes d'asile de M. A et de Mme B au plus tard à compter du

19 juin 2023. Cette responsabilité découle cependant de la seule expiration du délai fixé par les dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du

26 juin 2013. La présente ordonnance qui se borne à prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions d'annulation n'implique par elle-même aucune mesure d'exécution au sens des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par les intéressés.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des requérants tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A et de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire non plus que sur celles à fin d'annulation qu'ils présentent.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et

à M. D A ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 27 juillet 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance., 23BX00067

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