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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX00215

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX00215

mercredi 1 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX00215
TypeOrdonnance
Recoursplein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Poitiers :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes, mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 mars 2019 ;

2°) d'ordonner la restitution de la somme de 19 880 euros correspondant au montant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes, prélevée sur son compte bancaire à la suite d'un avis à tiers détenteur émis le 26 janvier 2021, augmentée des intérêts de retard courant à compter de la notification des réclamations notifiées le 5 mars 2021 avec capitalisation de ces intérêts ;

Par un jugement n° 2102018 du 22 novembre 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2023, M. A, représenté par Me Renner, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 22 novembre 2022 ;

2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes, mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 mars 2019 pour un montant de 19 880 euros, et d'ordonner la restitution de cette somme, augmentée des intérêts de retard courant à compter de la notification des réclamations notifiées le 5 mars 2021 avec capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les premiers juges ont fait une inexacte application des règles gouvernant la matière dès lors que, selon l'article 261 du code général des impôts, les prestations relatives à la formation professionnelle continue sont exonérées de taxe sur la valeur ajoutée ;

- le 10 juillet 2014, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi du Poitou-Charentes lui a délivré une attestation au titre de plusieurs prestations de formation professionnelle, conduites notamment auprès du centre communal d'action sociale de Poitiers et de la communauté d'agglomération du Grand Poitiers, qui lui permettait d'être exonéré de la taxe sur la valeur ajoutée pour les prestations relatives aux formations dispensées à la demande d'employeurs lesquels les ont prises en charge ;

- la rectification a porté sur la période du 1er janvier 2016 au 31 mars 2019 antérieure à la date de notification du contrôle dont il a fait l'objet ;

- il est en droit de demander la restitution de la somme de 19 880 euros indument prélevée et restée bloquée en dépit d'une opposition à poursuite fondée sur la contestation de la créance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour a désigné, par une décision du 21 décembre 2022, Mme D B pour statuer par voie d'ordonnance en application des dispositions de l'article R.222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. C A exerce depuis le 1er février 2009 une activité de conseil et d'hypnothérapeute en tant qu'entrepreneur individuel. A l'issue d'une procédure de vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 mars 2019, l'administration fiscale lui a notifié le 14 octobre 2019 une proposition de rectification comportant, au titre de cette même période, un rappel de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 23 744 euros. Par une lettre du 23 janvier 2020 répondant aux observations du contribuable, l'administration fiscale a maintenu partiellement ce rappel, à hauteur de 19 036 euros. Cette imposition supplémentaire a été mise en recouvrement le 4 janvier 2021, assortie de 844 euros d'intérêts de retard. Le 15 janvier 2021, l'administration fiscale a mis M. A en demeure de payer ces sommes lesquelles ont fait l'objet, le 26 janvier 2021, d'une saisie administrative à tiers détendeur auprès de l'établissement gérant le compte bancaire de l'intéressé. A la suite du rejet de sa réclamation, M. A a demandé au tribunal administratif de Poitiers de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes, mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 mars 2019, et d'ordonner la restitution de la somme de 19 880 euros prélevée sur son compte bancaire à la suite de l'avis à tiers détenteur émis le 26 janvier 2021, augmentée des intérêts de retard courant à compter de la notification des réclamations notifiées le 5 mars 2021 avec capitalisation de ces intérêts. Il relève appel du jugement du 22 novembre 2022 par lequel ce tribunal a rejeté sa demande.

3. Le a du 4° du 4 de l'article 261 du code général des impôts exonère de taxe sur la valeur ajoutée les prestations de services et les livraisons de biens qui leur sont étroitement liées, effectuées dans le cadre " de la formation professionnelle continue, telle qu'elle est définie par les dispositions législatives et réglementaires qui la régissent, assurée soit par des personnes morales de droit public, soit par des personnes de droit privé titulaires d'une attestation délivrée par l'autorité administrative compétente reconnaissant qu'elles remplissent les conditions fixées pour exercer leur activité dans le cadre de la formation professionnelle continue ". Il prévoit en outre qu'" un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application de ces dispositions, notamment pour ce qui concerne les conditions de délivrance et de validité de l'attestation ".

4. Le I de l'article 202 A de l'annexe II au code général des impôts, pris pour l'application de ces dispositions, prévoit que, pour obtenir l'attestation mentionnée au a du 4° du 4 de l'article 261 de ce code, les personnes de droit privé exerçant une activité de formation professionnelle continue autres que les organismes paritaires agréés souscrivent une demande adressée à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, ou à la direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi pour les départements d'outre-mer, dont le demandeur relève. Le II du même article précise notamment que " l'attestation ne peut être délivrée qu'à la condition que l'activité du demandeur entre dans le cadre de la formation professionnelle continue telle que définie conjointement par les articles L. 6311-1 et L. 6313-1 du code du travail () ". En vertu du III du même article, le service dispose d'un délai de trois mois à compter de la réception de la demande pour délivrer l'attestation, qui est réputée accordée à l'issue de ce délai à défaut de décision explicite. L'article 202 B de la même annexe dispose que " La délivrance de l'attestation entraîne l'exonération de TVA au jour de la réception de la demande. / L'attestation ne vaut que pour les opérations effectuées dans le cadre de la formation professionnelle continue ou des missions dévolues aux organismes paritaires agréés. Elle s'applique obligatoirement à l'ensemble de ces opérations réalisées par le titulaire de l'attestation ". Enfin, aux termes de son article 202 D : " Les agents de l'administration des impôts contrôlent l'application des articles 202 A à 202 C et s'assurent notamment que les opérations qui ouvrent droit à exonération relèvent d'une activité entrant dans le cadre de la formation professionnelle continue ".

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'administration compétente, saisie d'une demande de délivrance de l'attestation mentionnée au a du 4° du 4 de l'article 261 du code général des impôts, y fait droit après avoir vérifié que l'organisme qui la sollicite remplit les conditions auxquelles elle est subordonnée et, notamment, celle tenant à ce que l'activité au titre de laquelle il demande l'attestation relève de la formation professionnelle continue. Il résulte en outre des dispositions précitées du II de l'article 202 A et de l'article 202 B de l'annexe II au code général des impôts que l'attestation entraîne reconnaissance du droit au bénéfice de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée.

6. Si elle ne constitue, en toute hypothèse, dès lors qu'elle n'émane pas de l'administration chargée d'établir, de recouvrer et de contrôler la taxe sur la valeur ajoutée, ni une prise de position opposable sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, ni un agrément régi par les articles 1649 nonies et 1649 nonies A du code général des impôts, l'attestation mentionnée au a du 4° du 4 de l'article 261 du code général des impôts présente néanmoins le caractère d'une décision créatrice de droits au profit de son bénéficiaire.

7. Il en résulte que, lorsqu'elle constate à l'occasion du contrôle mentionné à l'article 202 D de l'annexe II au code général des impôts que l'activité au titre de laquelle un organisme s'est vu délivrer l'attestation prévue au a du 4° du 4 de l'article 261 du même code n'entre pas dans le champ de la formation professionnelle continue, l'administration fiscale ne peut, sauf à ce que l'attestation ait été obtenue par fraude, remettre en cause pour le passé l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée. Elle ne peut le faire qu'à raison des opérations réalisées à compter de l'abrogation de l'attestation par l'administration qui l'a délivrée, si tel a été le cas. A défaut d'abrogation, l'administration fiscale tient aussi de l'article 202 D de l'annexe II le pouvoir de remettre en cause le bénéfice de l'exonération à raison des opérations réalisées à compter de la notification à l'intéressé des résultats du contrôle. Le bénéfice de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée ne saurait, en revanche, être remis en cause pour la période antérieure.

8. Toutefois, dès lors qu'en vertu du second alinéa de l'article 202 B de l'annexe II au code général des impôts l'attestation ne vaut que pour les opérations effectuées dans le cadre de la formation professionnelle continue, il appartient à l'administration fiscale, lorsqu'elle constate, à l'occasion du contrôle, que l'organisme a appliqué l'exonération de taxe à des opérations autres que celles correspondant à l'activité au titre de laquelle il a obtenu l'attestation, de procéder, dans le délai de reprise déterminé par l'article L. 176 du livre des procédures fiscales, au rappel des droits éludés à raison de ces opérations.

9. Ainsi que l'ont à juste titre relevé les premiers juges, M. A s'est vu délivrer, le 10 juillet 2014, par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi du Poitou-Charentes, l'attestation prévue par les dispositions de l'article 261 du code général des impôts. Toutefois, lors des opérations de vérification qui en matière de taxe sur la valeur ajoutée ont concerné la période du 1er janvier 2016 au 31 mars 2019, puis à l'occasion des observations qu'il a faites en réponse à la proposition de rectification, M. A, qui était seul à pouvoir disposer d'éléments de nature à justifier du rattachement de ses prestations à une activité de formation professionnelle continue, n'a produit à cet effet des justificatifs qu'en ce qui concerne certains contrats conclus pour la formation des infirmières de trois établissements hospitaliers à Tours, Jonzac et Bourges, ainsi que pour des prestations de formation dispensées auprès de la communauté d'agglomération du Grand Poitiers, de Grand Lyon Habitat et du centre communal d'action sociale de Poitiers, toutes prestations que l'administration avait d'ores et déjà acceptées comme ouvrant droit à l'exonération de la taxe sur la valeur ajoutée. En se bornant à produire, en appel comme en première instance, la première page, non signée ni paraphée, d'une convention conclue, à une date inconnue, avec le " CFAI PC ", pour une formation à l'utilisation d'un logiciel, sans qu'il puisse en être déduit qu'il s'agissait d'une formation professionnelle continue, au sens des dispositions du code du travail, M. A n'établit pas qu'à l'exception des prestations dont l'administration a d'ores et déjà admis qu'elles étaient exonérées de taxe sur la valeur ajoutée, le surplus des activités de formation exercées pendant la période en litige se rattacherait à une activité de formation professionnelle continue. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause le bénéfice de l'exonération de la taxe sur la valeur ajoutée pour le surplus de ces prestations.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A. Copie en sera transmise au directeur spécialisé du contrôle fiscal sud-ouest.

Fait à Bordeaux, le 1er mars 2023.

La présidente désignée,

Karine B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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