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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX00727

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX00727

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX00727
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2201791 du 8 décembre 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2023, M. C, représenté par Me Hay, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 8 décembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 du préfet de la Vienne ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il souffre d'un diabète de type I ainsi que d'une rétinopathie diabétique pour lesquels il bénéficie d'un suivi médical en France, qu'il démontre être dans l'impossibilité de bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine où le traitement nécessité par son état de santé est indisponible, qu'un tel défaut de prise en charge aurait des conséquences d'une particulière gravité sur son état de santé et qu'il justifie par ailleurs d'une très bonne intégration professionnelle et sociale sur le territoire français ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/000661 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux du 9 février 2023.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. C, ressortissant arménien né le 8 novembre 1995, est entré sur le territoire français le 7 octobre 2015 selon ses déclarations. Le 5 avril 2016, il a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par arrêté du 21 juillet 2017, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. A la suite de l'annulation de cette décision par un jugement du tribunal administratif de Poitiers du 14 novembre 2017, M. C s'est vu délivrer deux cartes de séjour temporaires valables jusqu'au 13 novembre 2019, et une carte de séjour pluriannuelle valable du 9 janvier 2020 au 8 janvier 2022. Le 9 novembre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 17 mai 2022, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C relève appel du jugement du 8 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. D'une part, M. C reprend ses moyens de première instance tirés de l'inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance de celles de l'article L. 611-3 du même code. Ainsi que l'a à juste titre relevé le tribunal, l'avis du collège de médecins du 17 janvier 2022 indique que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers ce pays. Pour contester cette appréciation, M. C fait valoir, ainsi que le mentionne le certificat médical du docteur B du 8 juin 2022 dont il se prévaut, qu'il souffre d'un diabète de type I traité par insuline pour lequel il est suivi depuis 2015, compliqué sur le plan ophtalmologique d'une rétinopathie diabétique involutive, et s'appuie sur deux autres certificats médicaux en date des 2 mars 2016 et 29 mars 2016. Toutefois, ces documents, peu circonstanciés, se bornent à décrire les pathologies dont souffre l'intéressé sans se prononcer sur la disponibilité des soins dans son pays d'origine. De la même manière, si des certificats établis les 22 mars 2016 et 3 juin 2022 dressent un historique de ses maladies, ils ne démontrent pas l'indisponibilité ou le caractère non substituable du traitement suivi. En outre, si les médicaments qui lui ont été prescrits, notamment le Toujeo, l'Humalog et le Glucadon, ne figurent pas sur la liste des médicaments enregistrés en Arménie, le premier a pour principe actif l'insuline Glargine, disponible dans ce pays, tandis que le deuxième et le troisième y sont également disponibles comme l'indique le ministre de la santé dans sa réponse du 27 mai 2022. Si le requérant fait valoir que les appareils destinés à mesurer le taux de glycémie de type " Free Style Libre " sont indisponibles dans son pays d'origine, il est constant qu'il bénéficie déjà d'un capteur de mesure en continu et il ne démontre pas que ce type de matériel serait indisponible en Arménie alors que le certificat du 26 mai 2022 émanant du centre médical d'Ashtarak, auquel il se réfère, précise seulement que les patients diabétiques ne bénéficient pas d'une prise en charge par l'Etat des " insulines appelées Glocadon, Toujeo 300 et de l'appareil Free Style Libre ". Enfin, le certificat d'un praticien hospitalier du CHU de Poitiers du 28 février 2023 produit devant la cour, au demeurant postérieur à la décision contestée, se borne à faire état des pathologies du requérant, de son traitement et des conséquences cardiaques, ophtalmologique, vasculaires, et néphrologiques que pourrait entraîner le défaut de prise en charge. Il ne permet ainsi pas davantage d'établir que le traitement nécessité par l'état de santé de M. C aurait un caractère non substituable ou qu'il ne serait pas disponible en Arménie. Par suite, les moyens doivent être écartés.

4. D'autre part, M. C reprend son moyen tiré de l'illégalité par voie d'exception de la décision portant obligation de quitter le territoire français. La décision portant refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen ne peut qu'être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Vienne.

Fait à Bordeaux, le 17 novembre 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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