mercredi 2 août 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX00798 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP BREILLAT DIEUMEGARD MASSON |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C F a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement n° 2202292 du 27 février 2023, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour administrative d'appel :
Par une requête, enregistrée le 21 mars 2023, Mme F, représentée par la SCP Breillat-Dieumegard-Masson, demande à la cour :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 27 février 2023 ;
3°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 du préfet de la Vienne ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence de son signataire ;
- la décision portant refus de délivrer un titre de séjour d'accompagnant d'enfant malade est entachée d'une insuffisance de motivation, ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède pour les mêmes motifs d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrer un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Mme F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/004721 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 25 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme F, ressortissante géorgienne, est entrée en France en février 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 6 août 2019 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 18 décembre 2019. Par un arrêté du 29 janvier 2020, la préfète de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 1er février 2022, elle a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade. Par l'arrêté contesté du 22 juillet 2022, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Elle relève appel du jugement du 27 février 2023 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Par une décision n° 2023/004721 du 25 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme F. Dans ces conditions, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'intéressée reprend en appel le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes en faisant valoir que la délégation consentie est extrêmement large et ne permet pas de s'assurer qu'il compétent pour signer ce type de décision. Toutefois, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département, le préfet de la Vienne a donné à Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture, délégation pour signer tous les actes, arrêtés, décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Contrairement à ce que soutient la requérante, au regard du poste occupé par Mme A, une telle délégation n'est ni trop générale, ni trop imprécise. En outre, cet arrêté prévoit dans son article 6 qu'en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A, la délégation de signature est exercée par Mme B E, directrice de cabinet du préfet de la Vienne et signataire de l'arrêté attaqué, en l'absence de la secrétaire générale. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.
5. En second lieu, Mme F reprend en appel son moyen de première instance tiré de cette décision de refus de titre de séjour est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les soins rendus nécessaires par l'état de santé de sa fille ne sont pas disponibles ni effectivement accessibles dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'OFII a estimé, dans son avis du 22 juin 2022, que l'état de santé de la fille de Mme F nécessitait une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En se bornant à décrire l'état de santé de sa fille, qui souffre d'un neurofibromatose de type I, d'un gliome des voies optiques, d'une déformation du tibia gauche et de neurofibromes multi-étagés médullaires qui sont à l'origine de douleurs et d'une impotence fonctionnelle ainsi que le suivi dont elle fait l'objet, et à produire un certificat médical précisant de manière générale que son état de santé " nécessite un suivi et éventuellement un traitement qui pourraient ne pas être satisfaisants dans son pays d'origine ", la requérante n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la disponibilité des soins en Georgie, alors au demeurant que les certificats médicaux établis par le Dr D, chef de service médico-chirurgical de pédiatrie du CHU de Poitiers, les 8 mars 2021 et 9 décembre 2021 font état d'un état général de l'enfant satisfaisant et le certificat du 26 août 2022 précise qu'elle ne bénéficiait à cette date d'aucun traitement, mais uniquement d'un examen annuel d'IRM encéphalique et spinale ainsi que d'un examen ophtalmologique tous les 6 à 12 mois. En outre, si Mme F soutient que sa fille ne pourrait pas avoir accès à une prise en charge adaptée dans son pays d'origine en raison de ses faibles moyens financiers et de l'absence d'un système d'assurance maladie, elle n'apporte pas, au soutien de cette allégation, d'éléments suffisamment probants susceptibles de remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII. En particulier, le court extrait du rapport de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés qui évoque la situation en 2018, et ne comporte que des informations générales sur le système de santé géorgien et l'accès aux soins primaires ne suffit pas à établir que l'intéressée n'aurait pas accès à des soins appropriés. Ainsi ces éléments ne permettent pas de remettre en cause la pertinence de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, le 22 juin 2022 s'agissant de l'existence d'un accès effectif à un traitement approprié en Géorgie. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de la Vienne aurait fait une inexacte application des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté
6. En troisième lieu, Mme F reprend en appel son moyen de première instance tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison d'une part de l'état de santé de sa fille et d'autre part de son intégration dans la société française et de son propre état de santé. Il ressort ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré de ce que sa fille ne pourrait pas bénéficier de soins appropriés doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait tissé en France des liens personnels et familiaux particulièrement intenses et stables, alors qu'elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu trente ans avant son arrivée en France. En outre, il ressort des pièces du dossier que les éléments médicaux relatifs à son propre état de santé faisant état de la nécessité d'un traitement et des risques encourus en l'absence de ce traitement sont datés du 11 et du 22 août 2022 ainsi que, pour la pièce nouvelle produite en appel, du 7 février 2023, et sont donc postérieurs à la décision en litige, alors que les documents antérieurs à cette décision se rapportent uniquement à des examens exploratoires, ne comportent pas de diagnostic définitif et ne se prononcent pas sur la nécessité d'un traitement. Par suite, dans ces circonstances, ainsi que l'on retenu les premiers juges, le préfet de la Vienne, n'a pas, en prenant la décision portant obligation de quitter le territoire français, méconnu les stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
7. Enfin, Mme F reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les autres moyens visés ci-dessus invoqués en première instance à l'encontre des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Elle n'apporte ainsi aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune pièce nouvelle à l'appui de ces moyens auxquels les premiers juges ont suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Poitiers.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.
ORDONNE :
Article 1erer : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme F tendant au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme F est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C F.
Une copie sera adressée pour information au préfet de la Vienne.
Fait à Bordeaux, le 2 août 2023.
Christelle Brouard-Lucas
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026