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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX00929

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX00929

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX00929
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLAMPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a ordonné son transfert aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile.

Par un jugement n° 2206402 du 21 décembre 2022 notifié à l'administration le même jour, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 3 avril 2023, M. A, représenté par Me Lampe, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 21 décembre 2022 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux et l'arrêté de la préfète de la Gironde du

1er décembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de l'admettre au séjour au titre de l'asile ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de soixante-douze heures ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé, en l'absence d'éléments décrivant les conditions de son séjour en Allemagne ou ses motivations liées à son départ vers la France, ce qui révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- l'arrêté en litige est intervenu au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se serait vu remettre une information complète sur l'application du règlement du 26 juin 2013 telle qu'énoncée à l'article 4 de ce règlement ; des informations écrites essentielles à la compréhension de sa situation et à l'exercice de ses droits n'ont pas été portées à sa connaissance, ce qui a été de nature à le priver effectivement de la garantie prévue par ces dispositions ;

- la procédure est également irrégulière dès lors que le compte-rendu de l'entretien individuel n'a pas respecté les prescriptions de l'article 5 du règlement Dublin ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article 17 du règlement Dublin dès lors qu'il risque d'être renvoyé en Afghanistan, pays où sévit un état de violence généralisé ; en outre, sa sœur est réfugiée en France et lui apporte un soutien matériel et moral indispensable pour ses démarches en matière de demande d'asile ;

- les termes énoncés dans l'arrêté en litige montrent que l'administration s'est estimée en situation de compétence liée ;

- la décision en litige contrevient à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 22 juin 2023, le préfet de la Gironde conclut au non-lieu à statuer en indiquant que la demande d'asile de M. A a été requalifiée en procédure normale dès lors que le délai prévu à l'article 29 du règlement Dublin pour l'exécution de ce transfert était échu le 21 juin 2023 et que l'intéressé a été convoqué pour l'enregistrement de sa demande d'asile et la délivrance de l'attestation de demandeur d'asile correspondante.

Par une décision no 2023/000992 du 21 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du

21 décembre 2022, désigné Mme C B en application des dispositions de l'article

R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la Constitution ;

- le règlement du Parlement européen et du Conseil (UE) n° 604/2013 en date du

26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité afghane né en 1989, est entré en France en

octobre 2022 et a déposé le 3 novembre 2022 une demande d'asile auprès de la préfecture de la Gironde. Le relevé de ses empreintes digitales a révélé qu'il avait déposé une première demande d'asile en Allemagne le 26 septembre 2022. Après avoir saisi le 22 novembre 2022 les autorités allemandes d'une demande de reprise en charge de la demande d'asile de M. A et obtenu leur accord explicite le 24 novembre 2022, la préfète de la Gironde, par un arrêté du

1er décembre 2022, a décidé de transférer l'intéressé aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile. M. A relève appel du jugement du 21 décembre 2022 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative: " () les présidents () de cour administrative d'appel () et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : ( )/ 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et des articles L. 572-4 à 7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date de notification à l'administration du jugement du tribunal administratif statuant au principal sur cette demande, quel que soit le sens de sa décision. Ni un appel ni le sursis à exécution du jugement accordé par le juge d'appel sur une demande présentée en application de l'article R. 811-15 du code de justice administrative n'ont pour effet d'interrompre ce nouveau délai, qui peut cependant être prorogé pour une durée de dix-mois en cas de fuite de l'intéressé. L'expiration de ce délai éventuellement prorogé a pour conséquence qu'en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement précité, l'Etat requérant devient responsable de l'examen de la demande de protection internationale.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a ordonné le transfert de M. A aux autorités allemandes est intervenu moins de six mois après la décision d'accord explicite du 24 novembre 2022 des autorités de cet Etat pour la reprise en charge de la demande d'asile de l'intéressé sollicitée le 22 novembre 2022, dans le délai d'exécution du transfert fixé par l'article 29 du règlement du 26 juin 2013. Ce délai a toutefois été interrompu par l'introduction, par M. A, du recours qu'il a présenté contre cette décision sur le fondement de l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un nouveau délai de six mois a commencé à courir à compter de la notification à la préfète de la Gironde, le 21 décembre 2022, du jugement rendu le même jour par la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux qui a rejeté sa demande. La préfète de la Gironde, en réponse au courrier du

2 juin 2023 envoyé par le greffe de la cour l'invitant à produire, dans le délai d'un mois, toutes pièces et informations afférentes à l'exécution de l'arrêté de transfert ou de la prolongation du délai d'exécution de ce transfert après la lecture du jugement du tribunal administratif, a indiqué que l'arrêté n'ayant pu être exécuté dans le délai précité, la demande d'asile de M. A a été requalifiée en procédure normale et que la France est devenue responsable de l'examen de la demande de protection internationale de M. A à la date du 21 juin 2023. Par suite, la décision de transfert étant devenue caduque postérieurement à l'introduction de l'appel et ne pouvant plus être légalement exécutée, les conclusions à fin d'annulation de M. A sont devenues sans objet.

5. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les autorités françaises sont devenues responsables de l'examen de la demande d'asile de M. A au plus tard à compter du 23 juin 2023. Cette responsabilité découle cependant de la seule expiration du délai fixé par les dispositions précitées du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. La présente ordonnance qui se borne à prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions d'annulation n'implique par elle-même aucune mesure d'exécution au sens des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. A.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 27 juillet 2023.

C B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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