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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01139

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01139

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01139
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2202673 du 30 mars 2023, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 avril 2023 et le 28 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Coustenoble, demande à la cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 30 mars 2023 ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Charente du 22 septembre 2022 ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Charente de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est en France depuis plus de 19 ans, qu'il a multiplié les démarches pour s'insérer dans la société française, que l'un de ses frères a obtenu la nationalité française, qu'il vit depuis de nombreuses années avec une ressortissante française même s'ils ne sont ni mariés ni pacsés ; qu'il a travaillé en France pendant plus de 7 ans et qu'il respecte les lois françaises ;

- il est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.

Par une décision n° 2023/007210 du 27 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour a désigné, par une décision du 21 décembre 2022, Mme Karine Butéri, présidente, pour statuer par voie d'ordonnance en application des dispositions de l'article R.222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant sénégalais né le 25 janvier 1983, est entré en France le 23 janvier 2004 sous couvert d'un visa étudiant. Il a bénéficié de titres de séjour temporaires en cette qualité jusqu'au 31 octobre 2009. Par un arrêté du 2 février 2010, le préfet de police a refusé de renouveler son dernier titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois. De nouvelles mesures d'éloignement ont par la suite été prises à son encontre par le préfet de police le 23 février 2015 et par la préfète de la Charente le 16 novembre 2018. Le 8 décembre 2020, M. A a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 septembre 2022, la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A relève appel du jugement du 30 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Par une décision n° 2023/007210 du 27 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A reprend en appel son moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au soutien duquel il persiste à faire valoir que le centre de sa vie privée et familiale se trouve en France où il séjourne de manière ininterrompue depuis dix-neuf ans et vit depuis 2012 en union libre avec sa compagne de nationalité française rencontrée en 2009. Toutefois, en produisant à l'appui de cette allégation des attestations établies par ses frères et par l'intéressée, qui déclare l'héberger et subvenir à ses besoins, M. A n'apporte pas plus en appel qu'en première instance d'éléments qui permettraient de considérer que la relation dont il se prévaut aurait commencé, comme il le soutient, depuis de nombreuses années. En outre, ni le fait qu'il a bénéficié de contrats de travail lorsqu'il se trouvait en situation régulière sur le territoire français ni les attestations produites, même si elles révèlent ses efforts d'intégration, ni la présence de son frère, de nationalité française, ne suffisent à établir qu'il aurait tissé en France des liens d'une intensité, d'une ancienneté et d'une stabilité telles qu'ils justifieraient la délivrance d'un titre de séjour. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que la durée du séjour en France de M. A résulte de son maintien en situation irrégulière sur le territoire français en dépit de trois mesures d'éloignement prises à son encontre. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinemment retenus par le tribunal administratif de Poitiers et par ceux qui viennent d'être exposés. Pour les mêmes motifs, M. A, qui réitère également ce moyen en appel, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. En second lieu, M. A reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les autres moyens invoqués en première instance visés ci-dessus. Il n'apporte en appel aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune nouvelle pièce à l'appui de ces moyens auxquels le tribunal administratif a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée pour information à la préfète de la Charente.

Fait à Bordeaux, le 8 novembre 2023.

La présidente désignée,

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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