mardi 20 février 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX01191 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | GOMEZ |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D C B a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler les arrêtés du 23 février 2023 par lesquels le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assignée à résidence.
Par un jugement n° 2300562 du 31 mars 2023, le président du tribunal administratif de Poitiers a renvoyé à une formation collégiale du tribunal les conclusions de Mme C B dirigées contre l'arrêté du 23 février 2023 l'assignant à résidence et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 2 mai 2023, Mme C B, représentée par Me Gomez, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du président du tribunal administratif de Poitiers du 31 mars 2023 ;
2°) d'annuler les arrêtés du préfet de la Vienne du 23 février 2023 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours suivant la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- elle a déposé plainte contre son ancien conjoint pour des faits de proxénétisme ; cette plainte étant en cours d'instruction, elle a droit à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- contrairement à ce qu'a estimé les premiers juges, le préfet a porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; son fils, dont l'instruction est obligatoire en vertu de l'article L. 131-1 du code de l'éducation, est scolarisé en France ;
- elle ne représente pas une menace pour l'ordre public ; sur ce point, le tribunal a insuffisamment motivé son jugement.
Par un mémoire enregistré le 25 octobre 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable et que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 27 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2023.
Un mémoire a été présenté pour Mme C B le 30 janvier 2024.
Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante brésilienne née le 15 avril 1991, est entrée en France le 26 janvier 2018 selon ses déclarations. Par des arrêtés du 23 février 2023, le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assignée à résidence. Par un jugement du 31 mars 2023, le président du tribunal administratif de Poitiers a renvoyé à une formation collégiale du tribunal les conclusions de Mme C B dirigées contre l'arrêté du 23 février 2023 l'assignant à résidence et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande. Mme C B relève appel de jugement.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français en litige est fondée sur les dispositions précitées des 2° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si la requérante persiste à soutenir en appel que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, elle ne conteste pas qu'elle s'est maintenue sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour et qu'elle entrait ainsi dans le cas prévu par les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 dudit code. Ainsi que l'a relevé le premier juge, dont le jugement est suffisamment motivé sur ce point, ce motif justifiait à seul l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ". Par ailleurs, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.
5. Si Mme C B fait valoir qu'elle a déposé une plainte contre son ancien compagnon pour des faits de proxénétisme, elle ne produit aucune pièce corroborant cette allégation. Il ressort au demeurant de ses déclarations que cette plainte aurait été déposée postérieurement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent ne peut dès lors qu'être écarté.
6. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme C B n'établit ni être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie, ni avoir noué en France des liens d'une intensité particulière. Elle fait valoir que son fils, A, est né en France le 22 mars 2019 et y est scolarisé. Toutefois, et contrairement à ce que soutient la requérante, A, dont les deux parents sont de nationalité brésilienne, n'a pas la nationalité française. Il n'est par ailleurs fait état d'aucun obstacle avéré à ce que cet enfant, scolarisé en petite section de maternelle à la date de l'arrêté, poursuive sa scolarité au Brésil. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas porté au droit de Mme C B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au sens des stipulations citées au point précédent.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Vienne, que Mme C B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le président du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Ses conclusions d'appel tendant à l'annulation de cet arrêté ainsi que, par voie de conséquence, de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Vienne l'a assignée à résidence, ne peuvent ainsi qu'être rejetées. De même, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent être accueillies.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
M. Laurent Pouget, président,
Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,
M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.
La rapporteure,
Marie-Pierre Beuve-Dupuy
Le président,
Laurent Pouget La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026