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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01360

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01360

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01360
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBEDOURET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B C A a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2201736 du 5 avril 2023, le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2023, Mme A, représentée par Me Bédouret, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Pau du 5 avril 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 du préfet des Hautes-Pyrénées ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 120 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation qui révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit à être entendu a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de prise en compte de ses multiples pathologies et d'accès effectif à un traitement adapté en Guinée ;

- elle méconnaît l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 du ministère de la santé dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne comporte aucune précision quant à l'existence d'un traitement adapté dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de son ancienneté sur le territoire français et de l'absence d'attaches dans son pays d'origine ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une insuffisance de motivation.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/007139 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 27 juillet 2023.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 de la ministre des affaires sociales et de la santé fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, ressortissante guinéenne née en 1963, est entrée en France le 9 septembre 2016 munie d'un visa de court séjour. Le 11 décembre 2017, elle a demandé un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 19 juin 2018, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Pau du 9 octobre 2018 et par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 27 août 2019, le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Sa demande d'asile du 4 février 2020 a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 février 2021. A la suite du rejet de sa demande d'asile, le préfet des Hautes-Pyrénées, par un arrêté du 22 juin 2022, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. La légalité de cet arrêté a été confirmée par une ordonnance du tribunal administratif de Pau du 13 octobre 2021. Le 22 février 2022, Mme A a de nouveau sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 27 juin 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. L'intéressée relève appel du jugement du 5 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2022.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L.425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration : " L'avis du collège de médecins de l'OFII est établi sur la base du rapport médical élaboré par un médecin de l'office selon le modèle figurant dans l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné à l'article 2 ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire. / Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. / L'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de l'affection en cause. / L'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié () ".

4. En vertu des dispositions précitées, le collège des médecins de l'OFII, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9, doit accomplir sa mission dans le respect des orientations générales définies par l'arrêté du ministre chargé de la santé du 5 janvier 2017 et émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'OFII. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire. Par ailleurs, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

5. De première part, Mme A soutient que l'avis du collège de médecins ne comporte aucune précision quant aux paramètres pris en compte pour énoncer que l'offre de soins est accessible en Guinée. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au collège de médecins de joindre à son avis les éléments d'information relatifs aux possibilités pour l'étranger de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. De deuxième part, le collège de médecins de l'OFII a estimé, dans son avis du 4 mai 2022, que l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, d'une part, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle pouvait effectivement y bénéficier d'un traitement approprié et que, d'autre part, son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre de diabète de type 2 qui est, selon les termes du certificat médical du 1er mars 2023, " relativement bien équilibré par traitement oral ". Elle soutient que les traitements médicaux ne sont pas accessibles en Guinée en raison de leur coût ainsi que du manque d'approvisionnement. Toutefois, elle ne produit au soutien de ses allégations aucun élément qui permettrait de remettre en cause l'avis du collège de médecins et l'appréciation portée par le préfet des Hautes-Pyrénées alors que ce dernier a produit des extraits de la base de données " medical country of origin information " (Medcoi) dont il ressort que la maladie dont est atteinte Mme A peut être traitée par deux établissements hospitaliers à Conakry et que seuls les diabètes compliqués sont concernés par un coût de traitement rendant son accès difficile. Par ailleurs, si l'intéressée fait valoir que les éléments produits par le préfet sont inexploitables faute d'avoir été traduits, aucun texte ni aucune règle générale de procédure n'interdit au juge de tenir compte d'un document rédigé en langue étrangère.

7. De troisième part, Mme A soutient qu'elle souffre d'autres pathologies d'ordre neurologique dont le préfet n'a pas tenu compte. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier du certificat médical du 4 août 2022 et des courriers de médecins des 7 avril 2022 et 1er mars 2023, que les troubles neurologiques dont elle se prévaut ne sont pas suffisamment identifiés et que si des examens complémentaires sont envisagés pour parvenir à un diagnostic, il ne ressort d'aucune de ces pièces que le défaut de prise en charge médicale entraînerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

8. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 du ministère de la santé, qui doivent être regardés comme soulevés à l'encontre du refus de titre de séjour, doivent être écartés.

9. En deuxième lieu, Mme A reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les moyens invoqués en première instance tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation, d'une méconnaissance de son droit d'être entendue ainsi que de son droit au respect d'une vie privée et familiale notamment garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'apporte ainsi aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune pièce nouvelle à l'appui de ces moyens auxquels les premiers juges ont suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Pau.

10. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

11. En quatrième lieu, l'intéressée reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, le moyen invoqué en première instance tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une insuffisance de motivation. Elle n'apporte ainsi aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune pièce nouvelle à l'appui de ce moyen auquel les premiers juges ont suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Pau.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C A.

Une copie sera adressée pour information au préfet des Hautes-Pyrénées.

Fait à Bordeaux, le 17 novembre 2023

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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