mercredi 30 avril 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX01435 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | HAAS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La SARL Espace Santé Sap a saisi le tribunal administratif de Guadeloupe d'une demande qu'il a regardée comme tendant à l'annulation des titres de recette émis à son encontre par le conseil départemental de la Guadeloupe en vue du recouvrement d'avance trimestrielle pour trop-perçu à raison de prestations réalisées dans le cadre de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) au titre des années 2021 et 2022, pour un montant de 11 026,24 euros.
Par une ordonnance n° 2300152 du 29 mars 2023, le président du tribunal administratif de Guadeloupe a rejeté sa demande, sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 25 mai 2023,
15 janvier et 17 février 2025, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la SARL Espace Santé Sap, représentée par Me Maillot, demande à la cour :
1°) d'annuler cette ordonnance du président du tribunal administratif de Guadeloupe du 29 mars 2023 ;
2°) d'annuler les titres de recette n° 2711, 2712, 2811 et 3053 des montants de 2 200, 90 euros, 7 953,89 euros, 469,29 euros et 402,16 euros, émis à son encontre par le conseil départemental de la Guadeloupe, les 10, 18 novembre et 9 décembre 2022 en vue du remboursement sur avance trimestrielle au titre des périodes des 3ème, 4ème trimestre 2021, 1er et 3ème trimestre 2022 pour divers bénéficiaires de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) ;
3°) de lui accorder la décharge de l'obligation de payer la somme de 11 026,24 euros en résultant ou, à titre subsidiaire, la somme de 3 799,26 euros ;
4°) de mettre à la charge du département de la Guadeloupe une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ordonnance attaquée qui a rejeté sa demande comme irrecevable est irrégulière ; d'une part, le président du tribunal s'est mépris sur la portée de ses écritures présentées sans avocat, dès lors qu'il en ressortait qu'elle contestait les titres de recettes qu'elle joignait à sa demande et qu'elle en contestait expressément le bien-fondé ; d'autre part, alors qu'il n'est pas établi par l'administration, qui a la charge de la preuve, que le délai de recours contentieux était expiré à la date à laquelle a été prise l'ordonnance, sa demande, qui pouvait être régularisée jusqu'à l'expiration dudit délai indépendamment du courrier adressé par le greffe, ne pouvait être regardée comme manifestement irrecevable ;
- les titres de recettes ne sont pas justifiés compte tenu des sommes de 54 410,83 euros et 10 711,59 euros dont le département demeurait encore redevable au titre des prestations APA afférentes respectivement aux années 2021 et 2022 ;
- ils méconnaissent les dispositions de l'article D. 232-31 du code de l'action sociale et des familles ;
- à titre subsidiaire, compte tenu des sommes dernièrement versées par le département de Guadeloupe à titre de régularisation de la situation en cause, il conviendra de la décharger partiellement de la somme globale de 11 026, 24 euros illégalement mise à sa charge, à hauteur d'un montant de 3 799,26 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le département de la Guadeloupe, représenté par Me Haas, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- c'est à juste titre que le premier juge a rejeté la demande de la société requérante comme irrecevable ; d'une part, elle n'y formulait aucune prétention, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ; d'autre part, il n'est pas établi que les titres de recette en cause auraient été notifiés postérieurement au 27 janvier 2023 et que le délai de recours contentieux n'était en conséquence pas expiré à la date à laquelle l'ordonnance a été prise ; au demeurant, la société n'a pas procédé à la régularisation de sa demande dans le délai de quinze jours suivant la réception du courrier du tribunal l'invitant à y procéder ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés au fond ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béatrice Molina-Andréo,
- les conclusions de M. Michaël Kauffmann, rapporteur public,
- et les observations de Me Castagnino, représentant la SARL Espace Santé Sap.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de de tribunal administratif (..) peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n 'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; (..) ". Aux termes de l'article R. 411-1 du même code : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les noms et domicile des parties. Elle contient 1'exposé des faits et moyens, ainsi que 1'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".
2. Pour rejeter la demande de la SARL Espace Santé Sap comme manifestement irrecevable sur le fondement des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif de la Guadeloupe a estimé qu'elle ne comportait l'énoncé d'aucune conclusion expresse, ni de moyens. Toutefois, aux termes de sa requête présentée devant le tribunal administratif de la Guadeloupe, intitulée " contestation de titre de recette ", la SARL Espace Santé Sap, qui n'était pas assistée d'un conseil, indiquait solliciter le tribunal afin de contester l'intégralité des titres de recette n° 2712, 2711, 2811 et 3053 reçus les 13 et 15 décembre 2022 pour un total de 11 026,24 euros, sur ses prestations d'aide personnalisée à l'autonomie (APA) sur la période 2021 et 2022. A l'appui de cette contestation, qui était accompagnée des quatre titres litigieux ayant pour objet un remboursement d'avance pour trop-perçu, elle soutenait notamment que le montant réel de trop-perçu en cause ne pouvait être aussi important que le montant de la somme réclamée, dès lors qu'elle restait dans l'attente du paiement par le département de la Guadeloupe du paiement de factures de prestations pour des montants de 56 000,31 euros pour l'année 2021 et 871,45 euros pour l'année 2022. Ainsi, elle devait être regardée comme sollicitant l'annulation des titres en cause et la décharge de l'obligation de payer en résultant, par des moyens tendant à en contester le
bien-fondé. Par suite, c'est à tort que le premier juge a rejeté cette demande au motif qu'elle était dépourvue de conclusions et de moyens, en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative.
3. Il résulte de ce qui précède que l'ordonnance attaquée est irrégulière. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la SARL Espace Santé Sap est fondée à en demander l'annulation.
4. Dans les circonstances de l'espèce tenant au motif d'annulation de l'ordonnance attaquée, qui implique que la société Espace Santé Sap puisse bénéficier du double degré de juridiction pour le traitement de sa demande, il y a lieu de renvoyer l'affaire au tribunal administratif de la Guadeloupe.
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la SARL Espace Santé Sap, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais non compris dans les dépens exposés par le département de la Guadeloupe. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société requérante présentées sur le fondement des mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1er : L'ordonnance n° 2300152 du 29 mars 2023 du président du tribunal administratif de la Guadeloupe est annulée.
Article 2 : La SARL Espace Santé Sap est renvoyée devant le tribunal administratif de la Guadeloupe pour qu'il soit statué sur sa demande.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions du département de la Guadeloupe présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la SARL Espace Santé Sap et au département de la Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 10 avril 2025 à laquelle siégeaient :
Mme Evelyne Balzamo, présidente,
Mme Béatrice Molina-Andréo, présidente-assesseure,
Mme Charlotte Isoard, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 avril 2025.
La rapporteure,
Béatrice Molina-AndréoLa présidente,
Evelyne BalzamoLa greffière,
Stéphanie Larrue
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
2
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026