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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01593

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01593

jeudi 7 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01593
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantABADEL-BELHAIMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement no 2300567 du 15 mai 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2023 et un bordereau de pièces complémentaires enregistré le 19 juin 2023, Mme A, représentée par Me Abadel, demande à la cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 15 mai 2023 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2022 de la préfète de la Gironde ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé en l'absence de mention des éléments de fait et des pièces produites ; le refus de renouveler son titre de séjour contient des formules stéréotypées qui l'empêchent de connaître laquelle des conditions énoncées à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'aurait pas été satisfaite ; l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est incomplet dès lors qu'il ne se prononce pas sur la disponibilité du traitement nécessaire à son état de santé dans son pays d'origine ;

- ces éléments révèlent un défaut d'examen circonstancié de sa situation ;

- le refus contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 425-9 précité dès lors que, compte tenu de son caractère chronique, son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- la préfète n'a pas analysé sa demande au regard de l'article L. 435-1 du code précité alors que son état de santé constitue une circonstance humanitaire permettant son admission au séjour à titre exceptionnel ;

- ce refus méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale en ce qu'elle a noué en France des liens personnels, familiaux et professionnels exclusifs ;

- l'intérêt supérieur de son enfant protégé par la convention internationale relative aux droits de l'enfant est méconnu dès lors que le père de son fils né en France n'aura pas la possibilité d'être présent au quotidien auprès de lui ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- la mesure d'éloignement et la décision fixant le pays de renvoi méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors, d'une part, qu'il règne au Nigéria un état d'insécurité généralisé rendant l'accès aux soins extrêmement difficile et périlleux et, d'autre part, que son état de santé constitue une circonstance humanitaire exceptionnelle.

Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, par une décision no 2023/008244 en date du 27 juillet 2023 a admis Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".

2. Mme A, ressortissante nigériane née en 1993, est entrée en France en juin 2017 pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 10 décembre 2018. L'intéressée a cependant bénéficié, en raison de son état de santé, d'un titre de séjour valable jusqu'au 14 juillet 2021 dont elle a demandé le renouvellement le 28 mai 2021. Par un arrêté du 9 novembre 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A relève appel du jugement du 15 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juillet 2023, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ont perdu leur objet. Il n'y a par suite pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les autres conclusions :

4. En premier lieu, les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient pas tenus de se prononcer sur la disponibilité des soins dans le pays d'origine de Mme A dès lors qu'ils ont estimé que le défaut de prise en charge médicale de son état de santé ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, et contrairement à ce que soutient la requérante, qui n'apporte au demeurant aucun élément sur sa pathologie en se bornant à évoquer, sans plus de précision, le " caractère chronique " de celle-ci, cet avis n'est ni incomplet ni erroné et est ainsi, de même que l'arrêté en litige, suffisamment motivé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les pièces nouvelles produites en appel par Mme A au soutien des moyens tirés de la méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation personnelle, à savoir des certificats de scolarité de son fils et des éléments relatifs à sa situation professionnelle, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation du tribunal qui a écarté ces moyens en relevant à juste titre que Mme A ne justifie pas d'une ancienneté significative sur le territoire français à la date de la décision attaquée, que le père de son enfant, de même nationalité qu'elle, est en situation irrégulière sur le territoire français et que rien ne semble devoir faire obstacle, compte tenu de l'âge de son enfant né en 2017, à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer au Nigéria où résident par ailleurs les parents et l'ensemble de la fratrie de l'intéressée qui y a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

6. En troisième et dernier lieu, Mme A se borne à reprendre, dans des termes similaires à ceux énoncés en première instance et sans critique utile du jugement ni élément de fait ou de droit nouveau ni pièce nouvelle, les autres moyens visés ci-dessus invoqués devant le tribunal et auxquels les premiers juges ont suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces autres moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Bordeaux.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative citées au point 1. Les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 7 septembre 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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