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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01607

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01607

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01607
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantDA ROS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision du 6 juillet 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Par un jugement n° 2200320 du 16 juin 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Mme B D épouse A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision du 6 juillet 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Par un jugement n° 2200321 du 16 juin 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

I. Sous le n° 23BX01607, par une requête, enregistrée le 12 juin 2023, M. C A, représenté par Me Da Ros, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 16 juin 2022 précité ;

2°) d'annuler la décision du 6 juillet 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux et approfondi de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 septembre 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 30 octobre 2023.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 novembre 2022.

II. Sous le n° 23BX01608, par une requête, enregistrée le 12 juin 2023, Mme B D épouse A, représentée par Me Da Ros, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 16 juin 2022 précité ;

2°) d'annuler la décision du 6 juillet 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée et n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 septembre 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 30 octobre 2023.

Mme D épouse A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Da Ros, pour M. et Mme A, M. A étant présent.

Vu les notes en délibéré présentées par M. et Mme A enregistrées les 27 et 28 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A et Mme B D épouse A, ressortissants kosovars, sont entrés en France à la fin de l'année 2014, accompagnés de leurs trois enfants alors âgés de 6, 8 et 11 ans. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 2 juin 2017. M. et Mme A ont présenté des demandes de titre de séjour en qualité de parents d'enfant malade, qui ont été rejetées par deux arrêtés du 17 octobre 2018, assortis d'une obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. Mme A indiquant ne pas avoir reçu l'arrêté la concernant, M. A a demandé seul l'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2018 rejetant sa demande de titre de séjour au tribunal administratif de Bordeaux, qui par un jugement du 23 avril 2019 a rejeté sa requête. La Cour, saisi de l'appel interjeté par M. A, a toutefois, par un arrêt du 9 juillet 2020, annulé le jugement et l'arrêté en litige au motif que le préfet n'avait pas procédé à l'examen de la demande d'admission au séjour en qualité de parent d'un enfant malade dont il était pourtant saisi et a enjoint au préfet de procéder au réexamen de la demande. Le 30 novembre 2020, M. et Mme A ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-10, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux décisions du 6 juillet 2021, la préfète de la Gironde a rejeté leurs demandes de titre de séjour. M. et Mme A ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux l'annulation de ces décisions. Par deux jugements du 16 juin 2022, le tribunal a rejeté leurs demandes. Par deux requêtes qu'il convient de joindre, M. et Mme A relèvent appel de ces jugements dont ils demandent l'annulation.

Sur la légalité des refus de séjour contestés :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / (). Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". ".

3. M. A et son épouse, Mme D épouse A, tous deux ressortissants kosovars, nés respectivement le 20 juin 1978 et le 12 mars 1981, sont entrés irrégulièrement en France en décembre 2014, accompagnés de leurs trois enfants nés le 26 novembre 2003, le 3 juillet 2006 et le 27 mai 2008 au Kosovo, leur dernier enfant étant né le 22 mars 2017 en France. Il ressort des pièces du dossier, notamment des différentes décisions de justice produites à l'instance, qu'une mesure d'aide éducative à domicile a été mise en place auprès des requérants par les services du département de la Gironde compte tenu des relations conflictuelles avec leur fille née en 2006, qui souffre de troubles du comportement, ainsi qu'il résulte du rapport de la psychologue produit à l'instance, et a été confiée à la MECS de Saint-Joseph des Apprentis d'Auteuil le 14 juin 2021. La mesure de placement en assistance éducative la concernant, et comportant un droit de visite avec les parents, que ceux-ci exercent à raison de deux week end par mois et une partie des vacances scolaires, a été renouvelée par jugement du 2 décembre 2022 jusqu'au 31 décembre 2023. La deuxième fille des requérants née en 2008, ainsi que son frère cadet né en 2017 ont également fait l'objet, par un jugement du 30 juin 2022, d'une mesure éducative en milieu ouvert jusqu'au 30 juin 2023, qui a été renouvelée jusqu'au 31 décembre 2023, puis jusqu'au 30 juin 2024. En l'état de l'instruction, les mesures d'assistance dont font l'objet trois des quatre enfants des requérants ne sont pas levées et les requérants, en dépit des difficultés qu'ils rencontrent, exercent leur droit de visite et ne sont pas privés de l'autorité parentale. En outre, leur fils aîné né en novembre 2023, qui a poursuivi sa scolarité en France, obtenu un CAP de monteur en installations sanitaires en 2022 et exerce une activité professionnelle, s'est vu délivrer un titre de séjour d'un an le 9 décembre 2021 valable jusqu'au 8 décembre 2022, qui a été renouvelé, ainsi que l'a indiqué l'avocate des requérants lors de l'audience. Dès lors, et dans les circonstances particulières de l'espèce, M. et Mme A sont fondés à soutenir que les deux décisions du 6 juillet 2021 leur refusant la délivrance d'un titre de séjour, et qui ne sont pas assorties d'une mesure d'éloignement, méconnaissent tant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que celles de de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que M. et Mme A sont fondés à soutenir que c'est à tort que, par les jugements attaqués, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des décisions du 6 juillet 2021 portant refus de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent arrêt implique nécessairement la délivrance à M. et Mme A d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde d'y procéder et de leur délivrer ces titres dans le délai de deux mois suivant la notification du présent arrêt. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. M. et Mme A ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros pour chacune des deux instances à Me Da Ros, avocate de M. et Mme A, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

DECIDE :

Article 1er : Les jugements du 16 juin 2022 du tribunal administratif de Bordeaux et les décisions du 6 juillet 2021 du préfet de la Gironde sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à M. et Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois suivant la notification du présent arrêt.

Article 3 : L'État versera à Me Da Ros une somme globale de 2 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A, à Mme B D épouse A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Da Ros.

Copie en sera délivrée au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 27 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Ghislaine Markarian, présidente,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

Mme Caroline Gaillard, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

Caroline E

La présidente,

Ghislaine Markarian

La greffière,

Catherine JussyLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.- 23BX01608

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