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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01672

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01672

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01672
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMARCIGUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de la Guyane d'annuler, d'une part, la décision verbale du 7 juin 2021 par laquelle un agent de la préfecture de la Guyane aurait refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé et, d'autre part, l'arrêté du 6 septembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Par un jugement n° 2101412 du 2 mars 2023, le tribunal administratif de la Guyane a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 19 juin 2023, M. B, représenté par Me Marciguey, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de la Guyane du 2 mars 2023 ;

2°) d'annuler les décisions des 7 juin et 6 septembre 2021 du préfet de la Guyane ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans le délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous la même astreinte, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous la même astreinte, et de faire procéder à la suppression de son signalement au sein du système d'information Schengen, sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision du 7 juin 2021 n'est pas inexistante dès lors qu'il justifie par le témoignage d'un proche qui l'a accompagné jusqu'à la porte d'entrée de la préfecture s'y être présenté ce jour-là pour déposer une demande de titre de séjour ;

- cette décision est entachée d'incompétence de son auteur dès lors que seul le préfet pouvait lui opposer un refus de délivrance d'un récépissé ;

- cette décision n'est pas motivée et le préfet n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs du refus d'enregistrer sa demande ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des articles L. 431-3, L. 431-12 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle a pour effet de le maintenir en situation irrégulière alors qu'il est éligible à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit compte tenu de l'ancienneté de sa présence en France où il vit avec son épouse et ses deux filles scolarisées, l'état de santé de son aînée nécessitant en outre un suivi médical et éducatif adapté qui ne peut être poursuivi sur l'île d'Haïti ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la mesure d'éloignement est privée de base légale en raison des illégalités affectant le refus d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

- elle n'est pas suffisamment motivée, en l'absence notamment de mention de l'état de santé de sa fille, ce qui révèle que le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu dès lors, d'une part, qu'il n'a pu faire enregistrer sa demande de titre de séjour le 7 juin 2021, et d'autre part, que l'administration ne lui a pas laissé la possibilité de présenter les documents justifiant de sa situation pendant sa retenue administrative ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que l'exécution de la mesure d'éloignement aurait pour conséquence de le séparer de ses enfants, de ruiner tous leurs efforts scolaires et d'empêcher sa fille aînée de bénéficier de la prise en charge médicale assurée en France ;

- la décision de refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité du refus d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- les décisions fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'un défaut de base légale ;

- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur en l'absence d'une délégation régulière du préfet pour les signer ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la durée de l'interdiction de retour n'est pas motivée au regard de chacun des critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle dès lors qu'il justifie d'une ancienneté significative sur le territoire français où ses enfants sont scolarisés et que, par ailleurs, il ne représente pas une menace pour l'ordre public.

Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, par une décision n° 2023/005971 en date du 25 mai 2023, a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de ordonnance des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".

2. M. B, ressortissant haïtien né en 1983, est entré en France selon ses dires en 2015. Le 31 août 2017, une première mesure d'éloignement du territoire français, qu'il n'a pas exécutée, a été prise à son encontre. Il aurait fait l'objet, le 7 juin 2021, d'un refus oral d'enregistrement d'une demande de titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Interpellé le 6 septembre 2021 dans le cadre d'une vérification de son droit au séjour, il a fait l'objet, le même jour, d'un arrêté du préfet de la Guyane lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 2 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de la Guyane a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

3. En premier lieu, M. B reprend en appel les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en produisant de nouvelles pièces dont la carte de " résident permanent " délivrée par les autorités brésiliennes à la mère haïtienne de sa fille aînée handicapée avec laquelle il vit. Aucune de ces pièces n'est toutefois de nature à remettre en cause l'appréciation du tribunal qui a écarté ces moyens en relevant notamment qu'il pouvait poursuivre sa vie familiale hors de France, notamment en Haïti, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans et où il ne conteste pas avoir conservé des attaches, avec son épouse de nationalité haïtienne, leur fille née le 1er avril 2009 et sa fille aînée née le 17 juillet 2006 d'une précédente union. S'il fait valoir que cette dernière présente des difficultés d'apprentissage et des troubles du comportement révélant une déficience intellectuelle, ce qui a justifié le dépôt, le 19 mai 2021, d'une demande de reconnaissance de son handicap auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette enfant ne pourrait être prise en charge hors de France. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

4. En second lieu, M. B reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement attaqué, les autres moyens cités ci-dessus invoqués en première instance, sans élément nouveau ni nouvelle pièce ni autre critique utile du jugement. Il n'apporte ainsi en appel aucun élément de nature à remettre en cause la décision du tribunal qui a écarté ces autres moyens par des motifs suffisants et pertinents qu'il convient d'adopter.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions de

M. B aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Guyane.

Fait à Bordeaux, le 11 octobre 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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