jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX01712 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre (formation à 3) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler
la décision du 20 janvier 2023 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a ordonné son transfert du centre pénitentiaire de Châteauroux vers le centre pénitentiaire de
Varennes-le-Grand.
Par une ordonnance n° 2300250 du 4 mai 2023, le vice-président du tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande comme irrecevable.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 26 juin 2023, M. A, représenté par la SARL Canopia avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler cette ordonnance ;
2°) d'annuler la décision du 20 janvier 2023 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné son transfert du centre pénitentiaire de Châteauroux vers le centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand ;
3°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de le réaffecter au sein du centre pénitentiaire de Châteauroux ou à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai
d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
4°) de mettre à la charge du garde des sceaux, ministre de la justice la somme
de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que
- c'est à tort que le vice-président du tribunal administratif de Limoges a considéré que la décision qu'il contestait était une mesure d'ordre intérieur, et que par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de cette décision étaient irrecevables, alors que la décision de transfert du centre pénitentiaire de Châteauroux vers le centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand, à laquelle il s'est opposé, l'éloigne de sa compagne et de ses quatre enfants et rend très difficiles les visites à son nouveau lieu de détention et le maintien de ses liens familiaux; dès lors, la décision met en cause son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; dans ces conditions, elle constitue un acte administratif susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;
- le garde des sceaux, ministre de la justice n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés pour la première fois en appel tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux, relevant de la légalité externe, sont irrecevables alors qu'en première instance l'intéressé n'avait pas soulevé de moyens relevant de cette cause juridique ;
- la décision attaquée, qui a pour objet de transférer M. A du quartier " maison d'arrêt " du centre pénitentiaire de Châteauroux vers le quartier " centre de détention "
du centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand, établissement pour peine, constitue une
mesure favorable au regard de l'orientation vers la réinsertion qu'elle implique en vertu de l'article D 72 du code de procédure pénale, et est insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ; en tout état de cause, la décision attaquée n'a pas pour effet de rendre impossible, en raison de la distance entre le centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand et le domicile familial situé à Sancoins, le maintien des liens familiaux de M. A ; dès lors, elle ne porte pas au droit à la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à la détention ; par suite, elle constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;
- la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation de la situation personnelle de M. A, dès lors que la décision d'affectation est adaptée à son profil pénal et pénitentiaire ;
- elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la distance séparant le centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand du lieu de résidence de sa compagne actuelle et de ses enfants ne rend pas impossible l'exercice par l'intéressé de son droit à une vie familiale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Catherine Girault,
- les conclusions de Mme Charlotte Isoard, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été incarcéré le 3 octobre 2018, d'abord à la maison d'arrêt de Bourges jusqu'au 4 avril 2022, puis au centre pénitentiaire de Châteauroux (Indre), au sein du quartier " maison d'arrêt ". Par une décision du 20 janvier 2023, prise pour l'exécution
de sa condamnation par la cour d'assises de l'Indre, confirmée en appel, à douze ans de réclusion criminelle, le garde des sceaux, ministre de la justice l'a affecté au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand, au sein du quartier " centre de détention ", où il est écroué depuis
le 27 juin 2023. M. A relève appel de l'ordonnance du 4 mai 2023 par laquelle
le vice-président du tribunal administratif de Limoges a rejeté comme irrecevable sa demande tendant à l'annulation de cette décision.
2. Eu égard à leur nature et à leurs effets, les décisions d'affectation consécutives à une condamnation, les décisions de changement d'affectation d'une maison d'arrêt à un établissement pour peines ainsi que les décisions de changement d'affectation entre établissements de même nature constituent des mesures d'ordre intérieur insusceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus. Doivent être regardées comme mettant en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus les décisions qui portent à ces droits et libertés une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à leur détention.
3. En l'espèce, l'intéressé fait l'objet, consécutivement à une condamnation,
d'une décision de changement d'affectation d'une maison d'arrêt à un établissement pour peines. M. A invoque son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en faisant valoir que son transfert vers le centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand (Saône-ne et Loire) l'éloigne de sa compagne et de ses quatre enfants, résidant à Sancoins (Cher), domicile qui se situe désormais à 2 heures 30 de route de son lieu d'incarcération au lieu de 1 heure 30 précédemment. Toutefois, en se bornant à faire valoir un allongement du temps de trajet pour lui rendre visite, M. A n'établit pas que sa famille serait dans l'impossibilité de se rendre à Varennes-le-Grand, situé à 179 kilomètres, ni que son transfert vers ce centre pénitentiaire impliquerait un éloignement tel que ses proches pourraient très difficilement lui rendre visite. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que le centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand dispose d'une unité de vie familiale et que, depuis son transfert dans cet établissement, sa famille lui a rendu visite à de nombreuses reprises.
4. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de transfert de M. A vers le centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand serait susceptible de porter à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte qui excèderait les contraintes inhérentes à sa détention. Elle constitue donc une mesure d'ordre intérieur, insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le vice-président du tribunal administratif de Limoges a, par l'ordonnance attaquée, rejeté comme irrecevable sa demande tendant à l'annulation de la décision du 20 janvier 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre
de la justice.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Catherine Girault, présidente,
Mme Anne Meyer, présidente assesseure,
Mme Kolia Gallier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 juin 2024.
La présidente-assesseure,
Anne Meyer
La présidente, rapporteure
Catherine Girault
Le greffier,
Fabrice Benoit
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026