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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01728

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01728

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01728
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET GOUT DIAS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D C et Mme E B épouse C ont demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler les arrêtés du 16 février 2023 par lesquels le préfet de la Corrèze a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par des jugements n° 2300397 et n° 2300398 du 25 mai 2023, le tribunal administratif de Limoges a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

I- Par une requête, enregistrée le 22 juin 2023 sous le n° 23BX01728, M. C, représenté par M A, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Limoges du 25 mai 2023 le concernant ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 du préfet de la Corrèze le concernant ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- la décision portant refus de délivrer un titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a bénéficié par le passé d'un titre de séjour en tant que soutien familial, qu'il justifie de sa volonté d'intégration sociale et professionnelle, que son fils séjourne en France en qualité d'étudiant et que son épouse gravement malade ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ; au regard de son expérience dans la restauration, il remplit également les conditions pour être admis au séjour à titre exceptionnel en qualité de salarié ou de travailleur temporaire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés et en raison de ce qu'il ne dispose plus d'attaches familiales dans son pays d'origine ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n°2023/008181 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 24 août 2023.

II- Par une requête, enregistrée le 22 juin 2023 sous le n° 23BX01729, Mme E B épouse C, représentée par Me A, conclut, s'agissant du jugement et de l'arrêté préfectoral la concernant, aux mêmes fins que la requête n° 23BX01728.

Elle fait valoir les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision portant refus de délivrer un titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du même code.

Mme Mme E B épouse C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n°2023/008182 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 24 août 2023.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. et Mme C, ressortissants albanais, sont entrés en France le 11 février 2018. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 7 août 2018, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 19 octobre 2018. Ils ont chacun bénéficié par la suite d'un titre de séjour en raison de l'état de santé de Mme C, valable jusqu'au 12 septembre 2020. Par des arrêtés du 8 décembre 2020, dont la légalité a été confirmée par deux jugements du tribunal administratif de Limoges du 20 mai 2021 et deux arrêts de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 16 février 2022, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de renouveler leurs titres de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français. Par des arrêtés du 16 février 2023, le préfet de la Corrèze a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Les intéressés relèvent appel des jugements du 25 mai 2023 par lesquels le tribunal administratif de Limoges a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des arrêtés du 16 février 2023.

Sur la jonction :

3. Les requêtes n° 23BX01728 et n° 23BX01729 portent sur la situation d'un couple d'étrangers et présentent à juger des questions identiques. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même ordonnance.

Sur la régularité des jugements attaqués :

4. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Les requérants soutiennent que les jugements attaqués sont insuffisamment motivés en ce qu'ils ne comportent aucune motivation sur le fait que le préfet n'a pas pris ses décisions sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur l'état de santé de Mme C au titre duquel elle a déjà bénéficié d'un titre de séjour étranger malade et concernant la méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ressort des motifs des jugements attaqués que les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à tous les arguments des parties, ont relevé, avant d'estimer que l'admission au séjour des requérants ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels, les éléments de leur situation personnelle tels que les raisons pour lesquelles ils ont été contraints de quitter l'Albanie, l'ancienneté de leur présence en France, l'état de santé de Mme C, les études de leur fils en France, la présence de leurs beaux-parents sur le territoire français et l'insertion professionnelle de M. C. Ils ont également indiqué, au regard de ces éléments et de la circonstance que les intéressés ont vécu la majeure partie de leur vie en Albanie, que les arrêtés en litige ne portaient pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale. Enfin, ils ont exposé les menaces de la part de bandes mafieuses dont faisaient état les requérants pour justifier des risques encourus en cas de retour dans leur pays d'origine et ont estimé qu'ils ne démontraient pas y être exposés à titre personnel. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des jugements attaqués doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, les arrêtés en litige visent les textes dont il est fait application, mentionnent les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de M. et Mme C, notamment les conditions de leur entrée en France, le rejet de leurs demandes d'asile, la présence de leur fils majeur en qualité d'étudiant, les emplois de commis de cuisine exercés par M. C, l'état de santé de Mme C, et indiquent avec précision les raisons pour lesquelles le préfet de la Corrèze a refusé de leur délivrer un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des arrêtés contestés doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Les appelants reprennent le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 6 au soutien duquel ils persistent à faire valoir qu'ils remplissent les conditions pour être admis au séjour à titre exceptionnel. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. et Mme C, entrés en France en 2018, n'ont été autorisés à séjourner en France que le temps de l'examen de leurs demandes d'asile, qui ont été définitivement rejetées le 19 octobre 2018, puis jusqu'au 12 septembre 2020 en raison de l'état de santé de Mme C et qu'ils s'y sont ensuite maintenus irrégulièrement en dépit de mesures d'éloignement prises à leur encontre le 8 décembre 2020. Si M. C, qui au demeurant n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", fait valoir qu'il occupe un emploi de commis de cuisine en contrat à durée indéterminée, cette seule circonstance ne suffit à caractériser ni des circonstances humanitaires, ni des motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En troisième lieu, M. et Mme C reprennent en appel le moyen invoqué en première instance tiré de ce que les décisions portant refus de titre de séjour méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C produit à ce titre des photos de pierre tombales pour justifier du décès de ses deux frères. Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature, à eux seuls, à remettre en cause l'appréciation des premiers juges qui ont pertinemment estimé qu'en faisant seulement valoir les emplois exercés par M. C en tant que commis de cuisine, la présence de leur fils étudiant et celle des parents de Mme C, les intéressés n'établissaient pas qu'ils auraient transféré le centre de leurs intérêts personnels et familiaux en France. Par suite ce moyen doit être écarté.

10. En quatrième lieu, Mme C reprend le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au soutien duquel elle fait valoir en appel qu'elle bénéficie en France de l'assurance maladie, ce qui ne serait pas le cas en Albanie. Toutefois, et alors au demeurant qu'elle n'a pas sollicité de titre de séjour sur ce fondement, elle ne justifie pas, par ces seules allégations, qu'elle ne pourrait pas bénéficier de manière effective d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine. Si elle produit par ailleurs des ordonnances de prescription de médicaments datées des 28 mai, 19 juillet, 7 août, 29 septembre et 26 novembre 2018, des 8 janvier, 21 février, 28 mars, 23 mai et 14 juin 2019 et du 16 septembre 2020, elle ne justifie pas davantage que l'Albanie ne disposerait pas de ces médicaments ou de médicaments au principe actif identique. Par suite ce moyen doit être écarté par les motifs retenus par les premiers juges et par ceux précédemment exposés.

11. En cinquième lieu, les intéressés reprennent, dans des termes similaires et sans critique utile des jugements, le moyen invoqué en première instance tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ils n'apportent ainsi aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune pièce nouvelle à l'appui de ce moyen auquel les premiers juges ont suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Limoges et, pour les mêmes motifs, d'écarter le moyen tiré de ce que les décisions en litige seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences.

12. En sixième lieu, les intéressés reprennent en appel le moyen invoqué en première instance tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a lieu d'écarter ce moyen ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de leur situation pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 de la présente ordonnance.

13. En septième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et Mme E B épouse C.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Corrèze.

Fait à Bordeaux, le 26 octobre 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°s 23BX01728, 23BX01729

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