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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01854

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01854

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01854
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'implique la reconnaissance du statut de réfugié ou l'octroi de la protection subsidiaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2300667 du 27 mars 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2023, M. B, représenté par Me Babou, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement de la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux du 27 mars 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 du préfet de la Gironde ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 3 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation qui révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît son droit à un recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine qui est en guerre et où il serait convoqué pour accomplir son service militaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- le tribunal a commis un " léger lapsus " en indiquant qu'il ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français pour demander l'annulation de cette même décision alors que c'est l'interdiction de retour sur le territoire français qui était contestée par voie d'exception ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation qui révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle dès lors que le préfet s'est contenté de cocher deux éléments d'une liste préétablie ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/006774 du 8 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant arménien né le 27 avril 2001, est entré en France le 10 avril 2022, selon ses déclarations. Il a sollicité l'asile le 2 mai 2022 et sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 18 novembre 2022. Par un arrêté du 27 janvier 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'implique la reconnaissance du statut de réfugié ou l'octroi de la protection subsidiaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 27 mars 2023 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, au soutien de ses moyens de première instance tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle, qu'il reprend en appel, M. B fait valoir que la motivation retenue est stéréotypée. Toutefois, la décision litigieuse, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit que les éléments de fait sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé pour lui faire obligation de quitter le territoire français. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement M. B en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée et ne révèle pas un défaut d'examen particulier de la situation du requérant par l'autorité préfectorale.

4. En second lieu, M. B, en reprenant dans des termes similaires les autres moyens visés ci-dessus déjà soulevés en première instance, sans critique utile du jugement, n'apporte en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation du premier juge qui y a pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumaines ou dégradants ".

6. Il ressort des énonciations de l'arrêté attaqué que le préfet de la Gironde a estimé que M. B n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. Alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 18 novembre 2022, M. B, qui produit seulement une convocation pour se rendre le 19 décembre 2022 au commissariat militaire territorial de Vanadzor, n'établit pas le bien-fondé des craintes pour sa sécurité ou sa vie en cas de retour en Arménie. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale aurait entaché la décision fixant le pays de renvoi d'une erreur d'appréciation des risques encourus par l'appelant en cas de retour dans son pays d'origine doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, au soutien de ses moyens tirés de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle, M. B fait valoir que l'autorité préfectorale s'est contentée de cocher deux éléments d'une liste préétablie.

8. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, cette autorité ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

9. En l'espèce, si la motivation en fait de la décision est constituée de deux cases cochées indiquant que l'intéressé est entré récemment en France et qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, ces éléments de fait, notamment la date à laquelle il a déclaré être entré sur le territoire français et sa situation personnelle caractérisée par la circonstance qu'il est célibataire et sans charge de famille en France, ont été précisés dans l'exposé précédant la décision de refus de titre de séjour contenue dans le même arrêté, le préfet n'ayant coché que les seuls éléments retenus pour arrêter la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B. Les moyens soulevés doivent par conséquent être écartés.

10. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par M. B à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, et non contre la mesure d'éloignement comme l'énonce par une erreur de plume le jugement attaqué, ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être écartés.

11. En dernier lieu, M. B, en reprenant dans des termes similaires les autres moyens visés ci-dessus sans critique utile du jugement, n'apporte en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation du premier juge qui y a pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B. Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 14 décembre 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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