mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX01872 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre (formation à 3) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C et M. B A ont demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler la décision du 14 juin 2021 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté leur demande préalable en indemnisation présentée le 21 mai 2021 et de condamner l'Etat au paiement d'une indemnité de 19 800 euros en réparation du préjudice qu'ils ont subi du fait du refus implicite opposé par le préfet des Pyrénées-Atlantiques à leurs demandes de délivrance de titres de séjour du 7 novembre 2019.
Par un jugement n° 2101926 du 9 février 2023, le tribunal administratif de Pau a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 7 juillet 2023, M. A, représenté par Me Moura, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 9 février 2023 du tribunal administratif de Pau ;
2°) d'annuler la décision du 14 juin 2021 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté leur demande préalable en indemnisation présentée le 21 mai 2021 et de condamner l'Etat au paiement d'une indemnité de 19 800 euros avec intérêts à compter de leur demande préalable, en réparation du préjudice qu'ils ont subi du fait du refus implicite opposé par le préfet des Pyrénées-Atlantiques de leur délivrer un titre de séjour ;
3°) d'adresser à l'administration une injonction de payer ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- son recours, compte tenu du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle, est recevable ;
- les décisions implicites de refus de titre de séjour qui ont été opposées à lui et son épouse ont été annulées par un jugement définitif du tribunal pour défaut de motivation et le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer leurs demandes ; le préfet leur a ensuite délivré des titres de séjour, reconnaissant ainsi nécessairement que leur vie privée et familiale justifiait cette délivrance ; les refus initialement opposés sont donc fautifs ; il est arrivé en France en novembre 2014 et son épouse l'a rejoint en décembre 2014 ; ils ont leur vie privée et familiale en France, avec leurs deux enfants nés en France en 2016 et 2018, l'aînée étant scolarisée et parfaitement francophone ; tout au long de son séjour, jusqu'au 31 août 2019, date de fin de sa mission, il a exercé son activité d'enseignant en donnant entière satisfaction ; il a obtenu le diplôme d'études en langue française ; au cours de ses études en Master 1 " métier de l'enseignement de l'éducation à la formation ", il a effectué le stage prévu dans le cadre de ses études ; il a été recruté au poste d'animateur scolaire par la mairie de Pau pour la rentrée 2020 ; il a reçu des propositions d'embauche et attendait un titre de séjour pour travailler ; les refus de titres étaient contraires à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; ces refus de titres étaient également entachés d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministère de l'intérieur n° INT/K/12/29 185/C ; compte tenu de l'ancienneté de leur séjour d'au moins cinq ans et de la scolarisation des enfants depuis au moins 3 ans, ils remplissaient les conditions de régularisation prévues par cette circulaire ;
- si les refus initiaux n'étaient pas considérés comme illégaux, ils ont pour le moins subi une perte de chance d'obtenir des titres de séjour avant le 8 décembre 2020 et de pouvoir contester utilement les refus implicites non motivés ; cette perte de chance implique une indemnisation d'au moins 50 % de leur préjudice ;
- ils ont été privés de la liberté d'aller et venir librement, ce qui justifie une indemnité de 3 000 euros ; ils ont été privés de la possibilité de pouvoir travailler et de disposer de ressources pour assumer les charges du foyer et notamment les dépenses d'électricité et de loyer et ont été exposés à des poursuites par leurs créanciers ; ils ont dû engager une procédure de surendettement ; la caisse d'allocations familiales leur a refusé le paiement des allocations familiales, du fait de leur situation irrégulière ; ces retentissements sur leur vie personnelle justifient une indemnité de 4 000 euros ; il a perdu une chance de pouvoir travailler ; ses pertes de salaires s'élèvent à 1 500 euros au titre de son contrat d'animateur péri-scolaire qu'il n'a pu honorer du fait de l'irrégularité de sa situation ; il a ensuite perdu pendant un an la possibilité de répondre à des propositions d'embauche ce qui justifie une indemnité de 4 500 euros ; le préjudice financier lié à la minoration de sa future pension de retraite doit être évalué à 800 euros ; compte-tenu de leur situation, ils ont également subi des troubles dans leurs conditions d'existence qui doivent être évalués à 3 000 euros ainsi qu'un préjudice moral lié à l'atteinte à leur vie privée et familiale qui doit aussi être évalué à 3 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 10 juillet 2023, M. A précise qu'aucun recours n'a été présenté au nom de sa conjointe et que la requête d'appel n'est présentée que pour son compte.
Par un mémoire enregistré le 2 février 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'illégalité externe dont étaient entachées les décisions de refus de séjour n'est à l'origine d'aucun préjudice ;
- les refus de séjour étaient fondés en droit et si des titres de séjour ont été délivrés après la décision du tribunal, c'était uniquement par l'effet d'une interprétation maximaliste de l'injonction prononcée par le jugement ;
- les refus de séjour n'ont été à l'origine d'aucun des préjudices invoqués ; durant l'année 2020, les restrictions de circulation et les fermetures de frontières dues à l'épidémie de Covid auraient de toute façon empêché les intéressés de circuler librement ; dès lors qu'ils n'avaient pas vocation à demeurer en France après la réalisation de la mission éducative de M. A, les intéressés ne peuvent imputer les difficultés qu'ils ont rencontrées dans leur vie personnelle ni les troubles dans leurs conditions d'existence aux décisions de refus de séjour qui leur ont été opposées ; M. A ne peut se prévaloir des pertes de revenus liées à un contrat de travail qui devait débuter alors qu'il était déjà en situation irrégulière ; il n'établit pas qu'il aurait pu travailler pendant un an entre le refus de titre de séjour et la délivrance du titre demandé ; il n'établit pas avoir demandé une autorisation de travail.
Par une décision du 25 mai 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 2 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 février 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et su séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Elisabeth Jayat a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité marocaine, est entré en France le 13 novembre 2014 sous couvert d'un titre de séjour spécial valable jusqu'au 12 janvier 2020 pour l'exercice d'une mission éducative auprès du Consulat du Maroc à Toulouse. Son épouse, également marocaine, l'a rejoint le 24 décembre 2014 et a été mise en possession d'un titre de séjour spécial en qualité de conjointe, également valable jusqu'au 12 janvier 2020. Le 7 novembre 2019, ils ont demandé la délivrance d'un titre de séjour et en l'absence de réponse après réception de leurs demandes en préfecture des Pyrénées-Atlantiques, des décisions implicites de refus sont nées le 13 mars 2020. Par jugement du 3 décembre 2020, le tribunal administratif de Pau a annulé ces décisions de refus et a enjoint au préfet de réexaminer les demandes des intéressés. Le 8 décembre suivant, le préfet leur a délivré des titres de séjour valables un an portant la mention " vie privée et familiale ". Le 21 mai 2021, estimant avoir été illégalement privés de titres de séjour entre le 12 janvier et le 7 décembre 2020, ils ont adressé au préfet des Pyrénées-Atlantiques une demande tendant à l'indemnisation du préjudice qu'ils soutiennent avoir subi du fait des refus de titres de séjour qui leur ont été, selon eux, illégalement opposés le 13 mars 2020. Leur demande préalable ayant été rejetée, ils ont saisi le tribunal administratif de Pau d'une demande tendant à l'annulation de la décision du 14 juin 2021 et à la condamnation de l'Etat à leur verser une indemnité de 19 800 euros avec intérêts à compter de leur demande préalable en réparation de leur préjudice. Ils font appel du jugement du 9 février 2023 par lequel le tribunal a rejeté leur demande.
2. En premier lieu, ainsi que l'a relevé le tribunal, en matière de recours de plein contentieux, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Ainsi, les conclusions en annulation de la décision du 14 juin 2021, reprises en appel, doivent être rejetées.
3. En second lieu, ainsi que l'a également estimé le tribunal, l'illégalité d'une décision prise par l'administration constitue une faute de nature à engager sa responsabilité, pour autant qu'elle entraîne un préjudice direct et certain. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.
4. Il résulte de l'instruction que les décisions implicites de refus de délivrance des titres de séjour demandés par les intéressés ont été annulées pour absence de réponse du préfet à la demande de M. A et de son épouse, tendant à la communication des motifs de ces décisions. Il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que ce défaut de motivation ait pu être, par lui-même, à l'origine des préjudices invoqués par M. A. Un tel vice ne peut, en particulier, avoir pu priver les intéressés d'une chance d'obtenir la délivrance des titres de séjour qu'ils sollicitaient avant le 8 décembre 2020, date à laquelle ces titres leur ont été finalement attribués.
5. La délivrance, le 8 décembre 2020, des titres de séjour demandés par M. A et son épouse, portant la mention " vie privée et familiale ", ne traduit pas, par elle-même, une illégalité au fond des refus de délivrance de titres antérieurement opposés le 13 mars 2020. Au demeurant, le préfet soutient en défense que cette délivrance de titres de séjour n'est dû qu'à une interprétation maximaliste de l'injonction de réexamen prononcée par le tribunal.
6. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, comme il a été dit, M. A et son épouse sont entrés en France en 2014, pour une durée permettant à M. A de réaliser la mission d'enseignement qui lui avait été confiée, laquelle prenait fin le 31 août 2019. Quand bien même une attestation du 26 juin 2019 de l'inspecteur d'académie certifie que M. A a donné entière satisfaction dans l'accomplissement de sa mission, cette mission ne conférait pas aux intéressés vocation à demeurer sur le territoire français au-delà de la validité du titre de séjour qui leur avait été délivré à raison de ladite mission. S'ils sont parents de deux enfants nés en France en 2016 et 2018, et même si leur fille aînée est scolarisée en France et francophone, cette circonstance ne faisait pas obstacle, au 13 mars 2020, date à laquelle le préfet leur a opposé un refus de titre de séjour, à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment au Maroc où M. et Mme A ont vécu jusqu'à l'âge de 29 et 22 ans et où vivent leurs parents. Dans ces conditions, et alors même qu'à l'issue de sa mission d'enseignement, M. A s'est vu proposer un emploi d'animateur périscolaire auprès de la commune de Pau et qu'il est titulaire du diplôme d'études en langue française, le préfet, en refusant de délivrer un titre de séjour aux intéressés le 13 mars 2020, n'a pas méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas entaché ses décisions d'erreur manifeste dans l'appréciation des effets de ces décisions sur la situation personnelle des intéressés. Enfin, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. M. A ne peut donc utilement soutenir que les refus de titres de séjour qui ont été opposés par le préfet des Pyrénées-Atlantiques seraient entachés d'erreur manifeste d'appréciation au regard de cette circulaire.
7. Il résulte de ce qui précède que les refus de séjour du 13 mars 2020 auraient pu être légalement décidés dans le cas d'une procédure régulière et que ces décisions ne peuvent, par suite, donner lieu à réparation. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal a rejeté la demande qu'il a présentée avec son épouse, tendant à la condamnation de l'Etat à leur verser une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de ces refus. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions en injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie en sera adressée pour information au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Elisabeth Jayat, présidente,
Mme Karine Butéri, présidente assesseure,
Mme Héloïse Pruche-Maurin, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La présidente assesseure,
Karine ButériLa présidente-rapporteure,
Elisabeth Jayat
La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026