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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01915

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01915

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01915
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme E A C a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2300509 du 15 juin 2023, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2023, Mme A C, représentée par Me Nganga, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Limoges du 15 juin 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Haute-Vienne du 16 décembre 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus d'autorisation de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors, d'une part, que le défaut de prise en charge médicale de la pathologie de son fils devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et d'autre part, que le traitement dont il a besoin n'est pas disponible dans leur pays d'origine ;

- il n'a pas été procédé à un examen réel et sérieux de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée dès lors qu'elle et son fils ne sont pas originaires de la République Démocratique du Congo mais du Congo Brazzaville.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour a désigné, par une décision du 21 décembre 2022, Mme Karine Butéri, présidente, pour statuer par voie d'ordonnance en application des dispositions de l'article R.222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A C, ressortissante congolaise née en 1980, est entrée en France le 24 mars 2022 munie d'un visa de court séjour. Le 21 juin 2022, elle a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent accompagnant d'un enfant malade. Par un arrêté du 16 décembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer l'autorisation demandée, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A C relève appel du jugement du 15 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ". L'article L. 425-10 du même code prévoit que : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. " Selon l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

4. D'une part, il ressort des termes de son avis du 25 août 2022, que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que si l'état de santé du jeune D B nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Dans ces conditions, le collège de médecins n'avait pas l'obligation de préciser si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, le fils de Mme A C pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La préfète, qui a procédé à un examen de la situation de l'enfant, n'avait pas davantage à apprécier la disponibilité du traitement dans le pays d'origine.

5. D'autre part, à l'appui de son moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision de refus d'autorisation de séjour au regard des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle reprend en appel, Mme A C produit nouvellement une attestation d'admission de l'enfant dans un établissement spécialisé au titre de l'année 2023/2024 et un certificat médical établi le 28 mars 2023 par le chef du service ORL et chirurgie cervico-faciale du CHU de Limoges dont il ressort que l'enfant présente une surdité profonde bilatérale en raison de laquelle il a été " implanté cochléaire " en 2016 et nécessite à cet égard un suivi médical régulier et des séances d'orthophonie. Elle produit également une attestation établie le 29 juin 2023 par l'orthophoniste qui certifie que l'enfant a effectivement bénéficié de séances d'orthophonie en mai et juin 2023. Toutefois, ces pièces, au demeurant postérieures à la décision en litige, ne sont pas de nature à infirmer l'appréciation portée par les premiers juges qui ont écarté à juste titre ce moyen en relevant que les éléments produits en première instance, à savoir notamment un rapport de consultation ainsi qu'un certificat médical d'un professeur du service ORL et chirurgie cervico-faciale du CHU de Limoges selon lesquels l'enfant a besoin d'un suivi médical régulier ainsi que de séances d'orthophonie et de réglage de son implant cochléaire, n'étaient pas de nature à démontrer qu'un défaut de soins entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par les motifs qui viennent d'être exposés et par adoption des motifs pertinemment retenus par les premiers juges.

6. En deuxième lieu, si la requérante fait nouvellement valoir qu'elle est originaire du Congo Brazaville et non de la République Démocratique de Congo, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué qu'elle est susceptible d'être éloignée à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout pays dans lequel elle est légalement admissible.

7. En troisième lieu, Mme A C reprend en appel l'autre moyen qu'elle avait invoqué en première instance, visé ci-dessus, à l'appui duquel elle n'apporte aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune nouvelle pièce. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Limoges.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme A C est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A C.

Fait à Bordeaux, le 25 janvier 2024.

La présidente désignée,

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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