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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01950

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01950

vendredi 15 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01950
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantAPPAULE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Par un jugement no 2301707 du 3 juillet 2023, la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2023, M. A, représenté par Me Appaule, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement de la présidente du tribunal administratif de Pau du 3 juillet 2023 en tant qu'il rejette ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 26 juin 2023 du préfet de la Gironde ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 du préfet de la Gironde ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la régularité du jugement attaqué :

- le premier juge a statué ultra petita en ce qu'il a considéré à tort que le préfet s'était fondé sur les dispositions des 2°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (Ceseda) alors que son arrêté énonce seulement son maintien irrégulier sur le territoire français et des garanties de représentation insuffisantes ;

S'agissant de la légalité de l'arrêté attaqué :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit au regard du 2° de l'article L. 611-1 du Ceseda dans les prévisions duquel il n'entre pas dès lors que son visa D lui autorisant l'entrée en France du 13 octobre 2022 au 11 janvier 2023 n'était pas expiré lors de l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet ne pouvait légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à son encontre dès lors qu'il devait se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-3 du Ceseda ;

- le préfet ne pouvait légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à son encontre dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-12 du Ceseda, aucun récépissé l'autorisant à demeurer sur le territoire français ne lui a été délivré ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est fondée sur des motifs qui ne sont pas de nature à la justifier ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas procédé à une analyse des quatre critères visés à l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français présente un caractère disproportionné.

Par une décision n° 2023/008436 du 11 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux, par une décision du 21 décembre 2022, a désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".

2. M. B A, ressortissant marocain né en 1996, est entré régulièrement en France le 26 décembre 2022 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa D valable jusqu'au 11 janvier 2023. Il a bénéficié d'une autorisation de travail, en qualité de travailleur saisonnier, qui lui a été délivrée pour une durée de quatre mois à compter du 1er septembre 2022. Il a conclu avec son employeur, la société La Grappe Ecarlate, un autre contrat de travail à durée déterminée d'une durée de quatre mois à compter du 1er janvier 2023. Par un arrêté du 26 juin 2023, le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Placé en rétention administrative à Hendaye, M. A a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler cet arrêté. Il relève appel du jugement du 3 juillet 2023 par lequel la présidente de ce tribunal a rejeté sa demande.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Il ressort des pièces du dossier de première instance que M. A a invoqué devant le tribunal le moyen tiré de ce que le préfet de la Gironde aurait commis une erreur d'appréciation en considérant, en se fondant sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il ne pouvait bénéficier d'un délai de départ volontaire. En énonçant, au point 8 du jugement attaqué, les termes des dispositions des 2°, 4° et 8° de l'article L. 612-3, visées par le préfet dans son arrêté, qui précisent la notion de risque mentionnée au 3° de l'article L. 612-2, et en indiquant, au point 9 de ce jugement, que le préfet s'était fondé sur ces dispositions, la première juge s'est bornée à répondre au moyen soulevé par le requérant. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la présidente du tribunal administratif de Pau aurait " statué ultra petita ". La critique selon laquelle l'arrêté attaqué ne serait pas fondé sur les dispositions des 2°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne relève pas de la régularité du jugement.

Sur la légalité de l'arrêté en litige :

4. En premier lieu, M. A réitère en appel son moyen tiré de la méconnaissance par le préfet de la Gironde des dispositions du 2° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinents retenus par la première juge qui a relevé, à juste titre, d'une part, que le visa D de M. A valable jusqu'au 11 janvier 2023 était expiré le 26 juin 2023, date de l'arrêté attaqué comportant notamment une obligation de quitter le territoire français, et d'autre part, qu'à supposer établie la circonstance qu'il aurait déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne conduisait pas à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit faisant obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

5. En deuxième lieu, en se bornant à produire une attestation datée du 27 juin 2023 de son employeur certifiant qu'il a déposé une demande de titre de séjour et l'avis de réception d'un pli adressé aux services de la préfecture de la Dordogne le 23 mai 2023, M. A n'établit pas avoir entrepris des démarches qui auraient dû conduire à ce qu'il soit mis en possession d'un récépissé de demande sur le fondement de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de ces dispositions.

6. En troisième lieu, M. A reprend en appel, à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, son moyen invoqué en première instance tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée ladite décision. Il n'apporte aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune nouvelle pièce à l'appui de ce moyen auquel la présidente du tribunal administratif a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par la première juge.

7. En dernier lieu, M. A reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, ses moyens de première instance tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dont cette décision serait entachée. En se bornant à se prévaloir de la même autorisation de travail produite en première instance, il n'apporte aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune pièce nouvelle utile à l'appui de ces moyens auxquels la présidente du tribunal administratif a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la première juge.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions tendant au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 15 mars 2024.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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