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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01951

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01951

vendredi 15 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01951
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, pour la même durée.

Par un jugement no 2206649 du 20 mars 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2023, M. B, représenté par Me Chamberland-Poulin, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 20 mars 2023 du tribunal administratif de Bordeaux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 de la préfète de la Gironde ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé dès lors que le tribunal a écarté le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation en ne faisant état ni de la présence de sa fratrie en situation régulière en France ni de ses 4 ans de présence, ni de son emploi ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son recours contre la décision de l'OFPRA a été enregistré par la CNDA ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la durée d'interdiction de retour sur le territoire français présente un caractère disproportionné contrairement à ce qu'a répondu le tribunal en retenant une motivation " impersonnelle " et contradictoire ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision n° 2023/006687 du 8 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux, par une décision du 21 décembre 2022, a désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".

2. M. A B, ressortissant turc, est entré sur le territoire français au cours de l'été 2019. Débouté du droit d'asile en France par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 24 février 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 31 mai 2022, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté de la préfète de la Gironde en date du 16 juin 2022. Il a alors sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée comme irrecevable par une décision de l'OFPRA du 31 octobre 2022. M. B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 de la préfète de la Gironde portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Il relève appel du jugement du 20 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Il ressort des termes du jugement attaqué que les premiers juges ont précisé, aux points 4, 5 et 12, les raisons pour lesquelles ils ont écarté les moyens tirés de ce que cet arrêté serait entaché d'un défaut de motivation et d'examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. B, en faisant notamment état de l'absence de justificatifs témoignant de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du jugement doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté en litige :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas l'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 2° Lorsque le demandeur : [] b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement. () ". Selon l'article R. 531-19 du code précité : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

5. M. B réitère en appel son moyen tiré de ce que l'arrêté est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de l'accusé d'enregistrement de son recours auprès de la CNDA le 12 décembre 2022 produit devant le tribunal dans le cadre d'une note en délibéré. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et n'est pas contesté, qu'à la suite du rejet de sa demande d'asile par une décision de la CNDA du 31 mai 2022, M. B a déposé une demande de réexamen qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA statuant en procédure accélérée du 31 octobre 2022, si bien que son droit de se maintenir sur le territoire national a pris fin à la date de notification de cette décision qui est intervenue le 9 novembre 2022, ainsi que cela ressort de l'extrait " Telemofpra " produit au dossier de première instance, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. La circonstance qu'il a exercé un recours à l'encontre de cette décision est sans incidence sur son droit au maintien qui avait pris fin à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, M. B reprend en appel son moyen tiré de ce que la préfète, en examinant l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur d'appréciation et a fixé une durée d'interdiction de retour sur le territoire français qui présente un caractère disproportionné. Toutefois, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué qu'après avoir tenu compte des critères précités, la préfète a fondé à juste titre sa décision sur la présence en France récente de M. B, uniquement motivée par les délais d'instruction de sa demande d'asile, sur l'absence de justificatifs témoignant de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et sur le fait qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter le moyen par adoption des motifs retenus par les premiers juges, qui n'ont ni insuffisamment motivé leur réponse ni entaché leur jugement d'une contradiction de motifs, et par ceux qui viennent d'être exposés.

7. En troisième lieu, M. B reprend en appel son moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué porterait, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'il persiste à cet égard à soutenir qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en France, il ne justifie pas davantage qu'en première instance entretenir des liens avec la partie de sa fratrie présente en France et n'entretient pas, par ailleurs, de liens suffisamment intenses sur le territoire français. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par les premiers juges et par ceux qui viennent d'être exposés.

8. En dernier lieu, sauf en ce qui concerne les moyens ci-dessus analysés, la requête de M. B se borne à reprendre l'énoncé des moyens invoqués devant les premiers juges. Il n'apporte en appel aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune nouvelle pièce à l'appui de ces moyens auxquels le tribunal administratif a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 15 mars 2024.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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