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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01994

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01994

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01994
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C D et Mme A B épouse D ont demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler les arrêtés du 22 février 2023 par lesquels le préfet de la Corrèze a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par les jugements n° 2300501 et n° 2300502 du 15 juin 2023, le tribunal administratif de Limoges a rejeté leurs demandes.

Procédures devant la cour administrative d'appel :

I- Par une requête, enregistrée le 14 juillet 2023 sous le n° 23BX01994, Mme D, représentée par Me Ziane, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Limoges du 15 juin 2023 la concernant ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Corrèze du 22 février 2023 la concernant ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", et à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation dès lors que le préfet cite plusieurs articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne concernent pas sa situation et indique à tort qu'elle s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle a apporté la preuve qu'elle a davantage de liens en France que dans son pays d'origine puisque tous ses enfants et petits-enfants vivent en France et sont de nationalité française, seul l'un de ses enfants résidant dans son pays d'origine et ne pouvant la prendre en charge.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- le tribunal a mal apprécié sa situation au regard des éléments versés au dossier relatifs à son état de santé dès lors qu'elle souffre d'une maladie chronique et qu'elle est totalement prise en charge par ses enfants.

II- Par une requête, enregistrée le 14 juillet 2023 sous le n° 23BX01995, M. D, représenté par Me Ziane, conclut, pour ce qui le concerne, aux mêmes fins que la requête n° 23BX01994, par les mêmes moyens.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. et Mme D, ressortissants marocains, sont entrés en France le 11 octobre 2022, munis d'un visa de court séjour avec entrées multiples portant la mention " ascendant non à charge " pour vivre, selon leurs déclarations, auprès de leurs trois enfants. Le 15 novembre 2022, ils ont présenté une demande de titre de séjour en se prévalant de leurs liens privés et familiaux en France. Par deux arrêtés du 22 février 2023, le préfet de la Corrèze a refusé de leur délivrer un titre de séjour, a abrogé le récépissé valable du 5 décembre 2022 au 4 juin 2023 qui leur avait été délivré, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. et Mme D relèvent appel des jugements du 15 juin 2023 par lesquels le tribunal administratif de Limoges a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

3. Les requêtes nos 23BX01994 et 23BX01995 concernent les membres d'une même famille et amènent à juger des mêmes questions. Il y a lieu, par suite, de joindre ces deux requêtes afin qu'il soit statué par une seule ordonnance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, M. et Mme D reprennent leur moyen de première instance tiré de l'insuffisance de motivation des décisions de refus de titre de séjour. S'ils font à cet égard valoir que le préfet cite plusieurs articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne concernent pas leur situation, il ressort de l'examen des décisions en litige qu'elles visent les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et énoncent les considérations de fait propres à leur situation. La circonstance que le préfet aurait indiqué de manière erronée qu'ils se seraient maintenus en situation irrégulière sur le territoire français est sans incidence sur la régularité de la motivation des décisions litigieuses. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. et Mme D reprennent leur moyen de première instance tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en faisant valoir qu'ils ont apporté la preuve qu'ils ont davantage de liens en France que dans leur pays d'origine puisqu'à l'exception de l'un de leurs enfants qui ne peut les prendre en charge, tous leurs enfants et petits-enfants vivent en France et sont de nationalité française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les intéressés sont entrés récemment en France, munis d'un visa de court séjour avec entrées multiples portant la mention " ascendant non à charge ", à l'âge, respectivement de 76 et 69 ans. Ils ont ainsi vécu la majeure partie de leur vie au Maroc où réside l'un de leur fils, qui, s'il atteste ne pas être en capacité matérielle de subvenir à leurs besoins, n'établit ni même n'allègue ne pas pouvoir leur apporter une éventuelle aide dans les actes de la vie quotidienne. La circonstance que le préfet aurait indiqué de manière erronée que M. et Mme D se seraient maintenus en situation irrégulière en France alors qu'ils étaient titulaires d'un visa en cours de validité lorsqu'ils ont déposé leurs demandes de titre de séjour est sans incidence sur la légalité des décisions en litige. Dans ces conditions, les décisions contestées n'ont pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le préfet de la Corrèze n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a lieu, dès lors, d'écarter le moyen.

6. En troisième lieu, M. et Mme D reprennent leur moyen de première instance tiré du défaut de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Contrairement à ce qu'ils soutiennent en appel, ces décisions ne sont pas uniquement motivées par le fait, selon eux au demeurant erroné, qu'ils ne démontrent pas être dépourvus de toute attache dans leur pays d'origine. Elles mentionnent également qu'ils ne justifient pas que leur vie doit nécessairement se dérouler en France, rappellent qu'un de leurs enfants vit dans leur pays d'origine et indiquent qu'ils ne démontrent pas qu'ils ne pourraient pas retourner dans leur pays d'origine pour obtenir les autorisations et visas leur permettant de s'installer durablement en France dans le respect des règles en vigueur. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, M. et Mme D reprennent leur moyen de première instance tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions fixant le pays de renvoi sur leur situation personnelle en se prévalant de leur état de santé. Toutefois, ils ne produisent pas davantage en appel qu'en première instance d'élément relatif à leur état de santé. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen.

8. En dernier lieu, M. et Mme D reprennent en appel dans des termes similaires leur autre moyen visé ci-dessus sans critique utile des jugements et sans apporter aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation des premiers juges qui y ont pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Limoges.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme D sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D et Mme A B épouse D.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Corrèze.

Fait à Bordeaux, le 8 novembre 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°s 23BX01994, 23BX01995

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