mercredi 11 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX02198 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société Novartis AG a demandé au tribunal administratif de Poitiers :
1°) d'annuler la décision par laquelle la direction des créances spéciales du Trésor lui a remboursé, en exécution de l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 16 février 2023, l'amende qu'elle a payée le 23 décembre 2020 ainsi que les intérêts calculés au taux légal et la capitalisation de ces intérêts, en tant que ces intérêts n'ont été calculés qu'à compter du 16 février 2023 et non à compter du paiement de l'amende ;
2°) d'annuler la décision implicite de la direction des créances spéciales du Trésor, révélée par le remboursement effectué le 23 mars 2023, rejetant sa demande de paiement des intérêts ayant couru au taux légal à compter du paiement de l'amende ;
3°) d'enjoindre, sous astreinte, à la direction des créances spéciales du Trésor, de procéder au paiement des intérêts au taux légal dus à compter de l'encaissement du montant de l'amende payée le 23 décembre 2020, avec leur capitalisation, pour un montant de 6 965 571,09 euros à parfaire.
Par une ordonnance n° 2301405 du 9 juin 2023, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Procédure devant la cour administrative d'appel :
Par une requête enregistrée le 4 août 2023, la société Novartis AG, représentée par Me Glaser et Me Ruocco-Nardo, demande à la cour :
1°) d'annuler l'ordonnance du président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Poitiers du 9 juin 2023 ;
2°) d'annuler la décision par laquelle la direction des créances spéciales du Trésor lui a remboursé, en exécution de l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 16 février 2023, l'amende qu'elle a payée le 23 décembre 2020 ainsi que les intérêts calculés au taux légal et la capitalisation de ces intérêts, en tant que ces intérêts n'ont été calculés qu'à compter du 16 février 2023 et non à compter du paiement de l'amende ;
3°) d'annuler la décision implicite de la direction des créances spéciales du Trésor rejetant sa demande de paiement des intérêts ayant couru au taux légal à compter du paiement de l'amende et leur capitalisation ;
4°) d'enjoindre, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, à la direction des créances spéciales du Trésor, de procéder au paiement des intérêts au taux légal dus à compter de l'encaissement du montant de l'amende payée le 23 décembre 2020, avec leur capitalisation, pour un montant de 5 572 456, 87 euros à parfaire ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ordonnance attaquée est entachée d'irrégularité en ce qu'elle est affectée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut de réponse à un moyen qui n'est pas inopérant : elle n'énonce pas les raisons pour lesquelles le premier juge a considéré que la demande de première instance ne relevait manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; elle n'explicite pas les raisons pour lesquelles les décisions de la direction des créances spéciales du Trésor ne sont pas détachables de la procédure menée devant la cour d'appel de Paris ;
- l'ordonnance est entachée d'une erreur de droit dès lors que la juridiction administrative est compétente pour connaître ses demandes : les décisions administratives attaquées sont indépendantes et détachables de la procédure menée devant la cour d'appel de Paris, ne contribuent pas au fonctionnement de la justice judiciaire et la créance sollicitée trouve uniquement son fondement dans une décision administrative illicite ;
- l'ordonnance est entachée d'une erreur de droit dès lors que le caractère manifeste de l'incompétence de la juridiction administrative n'était pas établi et que le recours au 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative est abusif ;
- les décisions de la direction des créances spéciales du Trésor sont entachées d'un défaut de motivation et traduisent une absence d'examen réel du dossier ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elles méconnaissent les principes régissant la fixation du point de départ des intérêts dus sur le montant d'une sanction financière annulée ou réformée : lors de la réformation ou de l'annulation d'une sanction financière qui donne lieu à la restitution de son montant, le point de départ des intérêts au taux légal sur les sommes payées doit, en l'absence de disposition législative spéciale, être fixé à la date de leur encaissement par l'administration et non à compter de la date de la décision de justice ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'elles ont pour effet d'enrichir l'administration sans cause et de porter atteinte à son droit de propriété.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Le président de la cour a désigné, par une décision du 21 décembre 2022, Mme Karine Butéri, présidente, pour statuer par voie d'ordonnance en application des dispositions de l'article R.222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours () peuvent, par ordonnance : () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Par une décision du 9 septembre 2020, l'Autorité de la concurrence a infligé, conjointement et solidairement, aux sociétés Novartis AG, Novartis Pharma SAS et Novartis Groupe France SA, des sanctions pécuniaires en raison de leurs pratiques anticoncurrentielles dans le secteur du traitement de la dégénérescence maculaire liée à l'âge. Le 23 décembre 2020, la société Novartis AG a procédé, à ce titre, au paiement de la somme de 308 082 600 euros. A la demande des trois sociétés qui contestaient, devant les juridictions de l'ordre judiciaire, la décision de l'Autorité de la concurrence et réclamaient, par voie de conséquence, le remboursement par le Trésor public du montant des sommes payées, assorti des intérêts au taux légal à compter de la date du paiement, et la capitalisation de ces intérêts, la cour d'appel de Paris, par un arrêt du 16 février 2023, a réformé la décision de l'Autorité de la concurrence du 9 septembre 2020 et, statuant à nouveau, a notamment rappelé que son arrêt constituait " le titre ouvrant droit à restitution des sommes versées en exécution de la décision réformée, assorties des intérêts au taux légal à compter de sa notification ". La capitalisation des intérêts a été ordonnée au bénéfice de ces trois sociétés dans les conditions de l'article 1343-2 du code civil aux termes duquel : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Par un courrier du 16 mars 2023 demeuré sans réponse, la société Novartis AG a notamment demandé à la direction des créances spéciales du Trésor d'assortir la restitution du montant de l'amende payée le 23 décembre 2020 des intérêts au taux légal ayant couru à compter de la date de ce paiement et de leur capitalisation. Le 23 mars 2023, la société Novartis AG a reçu de la part de la direction des créances spéciales du Trésor le remboursement du montant de l'amende payée, assorti des intérêts au taux légal à compter du 16 février 2023. Cette société a alors saisi le tribunal administratif de Poitiers d'une demande regardée comme tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme à parfaire de 6 965 571,09 euros correspondant, selon elle, aux intérêts au taux légal et à la capitalisation de ces intérêts auxquels elle estime avoir droit pour la période du 1er janvier 2021 au 16 février 2023. Par une ordonnance du 9 juin 2023, le président de la 1ère chambre de ce tribunal a rejeté sa demande comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
3. En premier lieu, il ressort des énonciations de l'ordonnance attaquée qu'après avoir rappelé qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaître des actes relatifs à la conduite d'une procédure judiciaire ou qui en sont inséparables, le premier juge a énoncé de manière suffisamment précise, au point 3 de son ordonnance, que la contestation du refus du comptable de rembourser à la société Novartis AG les intérêts légaux courants sur la somme au principal et de lui accorder la capitalisation de ces intérêts, pour la période du 1er janvier 2021 au 16 février 2023, n'était pas détachable de la contestation de l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 16 février 2023 en tant que celui-ci limite à sa date de notification la date à compter de laquelle les intérêts et leur capitalisation ont commencé à courir. Le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Poitiers, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments avancés par les parties, a ainsi suffisamment exposé les raisons pour lesquelles il a estimé que la juridiction administrative était incompétente pour connaître de la demande de la société Novartis AG. Par suite, cette société n'est pas fondée à soutenir que l'ordonnance attaquée serait entachée d'irrégularité pour insuffisance de motivation ou faute de réponse à un moyen.
4. En deuxième lieu, la restitution, le 23 mars 2023, par la direction des créances spéciales du Trésor, du montant de l'amende payée le 23 décembre 2020 assorti des intérêts au taux légal à compter du 16 février 2023 et non à compter du paiement de cette amende, sans inclure leur capitalisation, a été opérée en exécution de l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 16 février 2023 qui, ainsi qu'il a été dit au point 2, constitue " le titre ouvrant droit à restitution des sommes versées en exécution de la décision (de l'Autorité de la concurrence) réformée, assorties des intérêts au taux légal à compter de sa notification ". Il en va de même du refus de cette direction d'assortir la restitution du montant de l'amende payée le 23 décembre 2020 des intérêts au taux légal ayant couru à compter de la date de ce paiement et de leur capitalisation pour la période du 1er janvier 2021 au 16 février 2023. Alors même que la créance de la société Novartis AG serait de nature administrative, de telles décisions ne peuvent, dès lors, donner lieu à contestation devant la juridiction administrative qui est incompétente pour connaître d'une mesure prise en exécution d'une décision judiciaire.
5. En troisième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Poitiers n'a pas fait un usage abusif des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative en rejetant la requête qui lui était soumise par ordonnance.
6. Il résulte de ce qui précède que la société Novartis AG n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître en application du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Sa requête d'appel doit, par suite, être rejetée en toutes ses conclusions, par application des dispositions citées au point 1 de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, en ce compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la société Novartis AG est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Novartis AG.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Fait à Bordeaux, le 11 octobre 2023.
La présidente désignée,
Karine Butéri
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026