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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX02405

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX02405

jeudi 28 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX02405
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP BREILLAT DIEUMEGARD MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel le préfet de la Gironde a ordonné son transfert aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile.

Par un jugement no 2302160 du 17 août 2023 notifié à l'administration le même jour, la magistrate désignée du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2023, M. B, représenté par la SCP d'avocats Breillat - Dieumegard - Masson, demande à la cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement de la magistrate désignée du tribunal administratif de Poitiers du 17 août 2023 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2023 du préfet de la Gironde ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer dans l'attente le récépissé correspondant, dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous la même

astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui-même, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où sa demande d'aide juridictionnelle serait rejetée.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente dès lors que la délégation dont bénéficiait son signataire est extrêmement large et ne permet pas de déterminer si cette personne était habilitée à signer une décision de transfert ;

- elle est insuffisamment motivée faute de prendre en compte pleinement sa situation, notamment les conditions de sa future prise en charge en Allemagne, pays dont il ne connaît pas la langue, ce qui révèle un défaut d'examen circonstancié de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte grave à son droit à un examen sérieux de sa demande d'asile, à celui de ne pas être exposé à des traitements inhumains et dégradants et de mener une vie privée et familiale en France et méconnaît ainsi le droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est venu en France retrouver sa sœur et son beau-frère qui ont obtenu la protection subsidiaire, qu'il connaît des ennuis de santé et doit subir des examens médicaux et qu'il n'a pas été mis à même de pouvoir demander l'asile en Allemagne ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement dit A dès lors qu'il ne peut pas retourner en Allemagne sans craindre une expulsion vers son pays d'origine puisqu'il n'a pas été mise en mesure de déposer une demande d'asile dans ce pays.

Par un mémoire enregistré le 29 février 2024, le préfet de la Gironde conclut au non-lieu à statuer en indiquant que le délai prévu à l'article 29 du règlement dit A pour l'exécution de ce transfert a expiré le 17 février 2024 sans que le transfert ait eu lieu et que l'intéressé doit prochainement être convoqué dans les services de la préfecture pour qu'il soit procédé à une requalification de sa demande.

Par une décision no 2023/009110 du 3 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du

21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement du Parlement européen et du Conseil (UE) n° 604/2013 en date du

26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative: " () les présidents () de cour administrative d'appel () et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : ( )/ 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () ".

2. M. B, ressortissant afghan né en 1983, est entré en France le 4 mai 2023, selon ses déclarations, et a déposé le 23 mai 2023 une demande d'asile auprès du préfet de la Vienne. La consultation des données du système Eurodac a révélé que ses empreintes digitales avaient été relevées le 16 mars 2023 par les autorités compétentes en Allemagne à l'occasion du dépôt d'une demande d'asile dans ce pays. Après avoir saisi, le 14 juin 2023, les autorités allemandes d'une demande de reprise en charge de sa demande d'asile et obtenu leur accord explicite le 16 juin 2023, le préfet de la Gironde, par un arrêté du 31 juillet 2023, a décidé de transférer l'intéressé aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile.

M. B relève appel du jugement du 17 août 2023 par lequel le président du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du

3 octobre 2023, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les autres conclusions :

4. Il résulte de la combinaison des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et des articles L. 572-4 à 7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date de notification à l'administration du jugement du tribunal administratif statuant au principal sur cette demande, quel que soit le sens de sa décision. Ni un appel ni le sursis à exécution du jugement accordé par le juge d'appel sur une demande présentée en application de l'article R. 811-15 du code de justice administrative n'ont pour effet d'interrompre ce nouveau délai, qui peut cependant être prorogé pour une durée de dix-huit mois en cas de fuite de l'intéressé. L'expiration de ce délai éventuellement prorogé a pour conséquence qu'en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement précité, l'Etat requérant devient responsable de l'examen de la demande de protection internationale.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel le préfet de la Gironde a ordonné le transfert de M. B aux autorités allemandes est intervenu moins de six mois après l'accord explicite du 16 juin 2023 des autorités de cet Etat sur la demande de reprise en charge de la demande d'asile de l'intéressé, formulée le 14 juin 2023, dans le délai d'exécution du transfert fixé par l'article 29 du règlement du 26 juin 2013. Ce délai a toutefois été interrompu par l'introduction, par M. B, du recours qu'il a présenté contre ces décisions sur le fondement de l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un nouveau délai de six mois a commencé à courir à compter de la notification au préfet de la Gironde, le 17 août 2023, du jugement rendu le même jour par la magistrate désignée du tribunal administratif de Poitiers qui a rejeté sa demande. Le préfet de la Gironde, en réponse au courrier du 2 février 2024 envoyé par le greffe de la cour l'invitant à produire, dans le délai d'un mois, toutes pièces et informations afférentes à l'exécution de l'arrêté de transfert ou de la prolongation du délai d'exécution de ce transfert après la lecture du jugement du tribunal administratif, a indiqué, par un courrier du 29 février 2024, que l'arrêté n'ayant pu être exécuté dans le délai prévu, M. B serait prochainement convoqué en préfecture pour qu'il soit procédé à la requalification de sa demande d'asile dont le traitement relève de la responsabilité de la France depuis le 17 février 2024. La décision de transfert étant ainsi devenue caduque postérieurement à l'introduction de la requête d'appel et ne pouvant plus être légalement exécutée, les conclusions à fin d'annulation de M. B sont devenues sans objet.

6. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les autorités françaises sont devenues responsables de l'examen de la demande d'asile de M. B au plus tard à compter du 17 février 2024. Cette responsabilité découle cependant de la seule expiration du délai fixé par les dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. La présente ordonnance qui se borne à prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions d'annulation n'implique par elle-même aucune mesure d'exécution au sens des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, non plus que sur celles à fin d'annulation.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 28 mars 2024.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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