mardi 6 février 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX02530 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 29 août 2023 par lequel le préfet de la Dordogne lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination etlui a interdit de revenir sur le territoire pour une durée de trois ans.
Par un jugement n° 2304817 du 8 septembre 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 29 août 2023.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023, le préfet de la Dordogne demande à la cour d'annuler le jugement n° 2304817 du 8 septembre 2023 du tribunal administratif de Bordeaux.
Il soutient que :
- M. A a fait l'objet d'au moins onze condamnations depuis son entrée sur le territoire français ;
- M. A n'a jamais évoqué sa volonté de déposer une nouvelle demande d'asile fondée sur de nouveaux éléments en sa possession, et n'a jamais fait de demande d'asile lors de son incarcération au centre de détention de Neuvic-sur-l'Isle.
La requête a été communiquée, en dernier lieu le 23 octobre 2023, à M. A qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Pauline Reynaud.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant géorgien né le 6 novembre 1973, déclare être entré en France le 20 décembre 2018. L'intéressé a formé une demande d'asile le 29 mars 2019, rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 juillet 2019. Par un arrêté du 3 août 2019, le préfet de la Charente lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette obligation d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 30 août 2019 du tribunal administratif de Poitiers, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 13 février 2020. M. A a fait l'objet d'un nouvel arrêté du préfet de la Charente du 8 mai 2021 portant obligation de quitter le territoire français assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 11 mai 2021. M. A a été incarcéré au centre de détention de Neuvic-sur-l'Isle le 3 décembre 2021. Par un arrêté du 29 août 2023, le préfet de la Dordogne a fait obligation à M. A de quitter le territoire français et a assorti cet arrêté d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Le préfet de la Dordogne relève appel du jugement n° 2304817 du 8 septembre 2023 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 29 août 2023.
Sur le motif d'annulation retenu par le tribunal :
2. Pour annuler l'arrêt du 29 août 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux a estimé que M. A devait être regardé comme ayant exprimé le souhait de former une demande d'asile, de sorte qu'en application des dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Dordogne ne pouvait pas prendre à l'encontre de l'intéressé une décision portant obligation de quitter le territoire français.
3. Il ne ressort toutefois d'aucune des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal de l'audition de M. A du 24 août 2023 menée par les services pénitentiaires, produit pour la première fois en appel, que l'intéressé aurait exprimé le souhait de former une nouvelle demande d'asile. Dès lors, c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 29 août 2023 au motif que le préfet de la Dordogne ne pouvait prendre à l'encontre de M. A une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai.
4. Il y a lieu pour la cour, saisie du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés en première instance par M. A.
Sur les autres moyens soulevés par M. A :
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. Dufaud, secrétaire général de la préfecture de la Dordogne, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet de la Dordogne du 16 mai 2022, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n° 24-2022-036 de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer notamment " toute décision d'éloignement et décision accessoire s'y rapportant prises en application du livre VI du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français de M. A, les précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre, ainsi que les onze condamnations dont l'intéressé a fait l'objet depuis son entrée en France. Il indique également que M. A, célibataire sans charge de famille, ne démontre pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, et qu'il ne démontre pas être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui comporte les motifs de droit et de fait sur lesquels il se fonde, est suffisamment motivé. La motivation de cet arrêté révèle par ailleurs que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation du requérant.
7. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Ce droit se définit donc comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision.
8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition de l'intéressé, que M. A a été entendu, préalablement à l'édiction de la décision prise à son encontre, par les services de gendarmerie, avec l'assistance d'un interprète en géorgien, sur sa situation notamment familiale, professionnelle et administrative, son parcours et son état de santé, ainsi que sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et alors qu'il ne fait valoir aucun élément relatif à sa situation personnelle, qu'il n'aurait pas été en mesure de présenter et qui aurait pu conduire le préfet à prendre une décision différente, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu son droit à être entendu.
9. En quatrième et dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Dordogne est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 29 août 2023. Dès lors, ce jugement doit être annulé et la demande de première instance de M. A doit être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2304817 du 8 septembre 2023 du tribunal administratif de Bordeaux est annulé.
Article 2 : La demande de M. A est rejetée
.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. B.
Copie en sera adressée au préfet de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Evelyne Balzamo, présidente,
Mme Bénédicte Martin, présidente assesseure,
Mme Pauline Reynaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La rapporteure,
Pauline Reynaud La présidente,
Evelyne Balzamo,
La greffière,
Virginie Guillout La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026