lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX02565 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | DE FROMENT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A F E et Mme C D B ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision du 31 mai 2022 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration leur a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil dont ils bénéficiaient en qualité de demandeurs d'asile.
Par une ordonnance n° 2206839 du 13 février 2023, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leur demande comme manifestement irrecevable en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2023, M. A F E et Mme C D B, représentés par Me Duten, demandent à la Cour :
1°) d'annuler l'ordonnance du 13 février 2023 du président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Bordeaux ;
2°) à titre principal, de renvoyer l'affaire devant le tribunal administratif de Bordeaux ;
3°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 31 mai 2022 et de lui enjoindre de les rétablir au bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans délai à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de leur conseil, une somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
En ce qui concerne la régularité de l'ordonnance attaquée :
- s'il leur est reproché de ne pas avoir signé électroniquement leur requête transmise via Télérecours et de ne pas l'avoir régularisée en transmettant une requête signée manuscritement dans le délai imparti, leur requête en annulation a été déposée par l'intermédiaire d'un avocat via Télérecours avocat ; ainsi, le tribunal ne pouvait rejeter leur demande comme irrecevable faute d'avoir été signée par eux personnellement ; l'identification sur l'application Télérecours vaut signature électronique qui dispense de toute signature manuscrite ; il appartiendra à la Cour d'annuler pour irrégularité l'ordonnance attaquée et de renvoyer l'affaire au tribunal ;
Au fond, à titre subsidiaire :
- la décision en litige de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est insuffisamment motivée ;
- les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent à l'autorité compétente de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile lorsque le demandeur ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, en se rendant aux entretiens et en fournissant les informations permettant de statuer sur leur demande ; la seule circonstance qu'ils aient obtenu la protection internationale en Italie ne caractérise pas une absence de respect des exigences des autorités chargées de l'asile ; la protection ainsi obtenue n'est plus effective dès lors que les conditions posées par les autorités italiennes pour procéder à leur réadmission dans le cadre des accords de Schengen ne sont plus réunies ; ils doivent être regardés comme sollicitant pour la première fois une demande d'asile en France ; la décision attaquée ne pouvait se fonder sur l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le directeur de l'OFII a commis une erreur de droit en s'estimant en situation de compétence liée pour mettre fin à leurs conditions matérielles d'accueil ;
- l'OFII aurait dû tenir compte de leur état de vulnérabilité comme le prévoit l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; ils sont originaires du Soudan, pays qu'ils ont quitté en raison de la guerre au Darfour sud ; ils craignent d'être persécutés par les forces gouvernementales en raison de leurs opinions politiques ; ils ont donné naissance en France à une petite fille en juillet 2023 ; la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par Me de Froment, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés.
M. E et Mme D B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 30 mars 2023.
Par une ordonnance du 6 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 mars 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1245 du 9 octobre 2020 ;
- l'arrêté du 2 mai 2018 relatif aux caractéristiques techniques de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 du code de justice administrative ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Faïck,
- les conclusions d'Anthony Duplan, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F E, né le 1er janvier 1996, et Mme C D B, née le 2 janvier 1997, tous deux de nationalité soudanaise, sont entrés irrégulièrement sur le territoire français en janvier 2022 selon leurs déclarations. Après avoir déposé une demande d'asile en préfecture de Gironde, ils ont accepté une offre de prise en charge formulée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et bénéficié ainsi des conditions matérielles d'accueil offertes aux demandeurs d'asile. Par courrier du 21 avril 2022, l'OFII a informé M. E et Mme D B de son intention de cesser de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'ils avaient déjà obtenu un titre de séjour, sous le statut de réfugié, en Italie. M. E et Mme D B n'ayant pas présenté d'observations, l'OFII a décidé de mettre fin à leurs conditions matérielles d'accueil par décision du 31 mai 2022. M. E et Mme D B ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler la décision de l'OFII du 31 mai 2022. Ils relèvent appel de l'ordonnance rendue le 13 février 2023 par laquelle le président de la 3ème chambre du tribunal a rejeté leur demande comme manifestement irrecevable en application des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
2. D'une part, aux termes de l'article R. 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 414-1 du code de justice administrative tel que modifié par le décret n° 2020-1245 du 9 octobre 2020 : " Lorsqu'elle est présentée par un avocat () la requête doit, à peine d'irrecevabilité, être adressée à la juridiction par voie électronique au moyen d'une application informatique dédiée accessible par le réseau internet () ". Aux termes de l'article R. 414-3 du même code : " Les caractéristiques techniques de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 () garantissent la fiabilité de l'identification des parties ou de leur mandataire () Un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, définit ces caractéristiques, les exigences techniques qui doivent être respectées par les utilisateurs et leurs modalités d'inscription. ". Aux termes de l'article R. 414-4 de ce code : " L'identification de l'auteur de la requête, selon les modalités prévues par l'arrêté mentionné à l'article R. 414-3, vaut signature pour l'application des dispositions du présent code () " et aux termes de l'article R. 611-8-4 du même code : " Lorsqu'une partie ou son mandataire adresse un mémoire ou des pièces par l'application informatique mentionnée à l'article R. 414-1, son identification selon les modalités prévues par l'arrêté mentionné à l'article R. 414-1-1 vaut signature pour l'application des dispositions du présent code. () "
4. Enfin, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 2 mai 2018 relatif aux caractéristiques techniques de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 du code de justice administrative : " L'application informatique mentionnée à l'article R. 414-1 du code de justice administrative est une application fondée sur une procédure électronique de transmission utilisant le réseau Internet, dénommée " Télérecours ". Elle permet aux avocats () d'introduire des requêtes, d'échanger avec les juridictions administratives des mémoires () ". Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " L'inscription à l'application Télérecours s'effectue sur invitation de la juridiction administrative. Cette invitation comporte un identifiant et un mot de passe provisoire (). Pour procéder à son inscription, l'utilisateur saisit son identifiant et son mot de passe dans les rubriques prévues à cet effet sur la page d'inscription du site Télérecours. Il accède ainsi au formulaire d'inscription dans lequel il complète son identité et ses coordonnées et communique une adresse de messagerie électronique. Un courriel lui est alors adressé comportant un lien sécurisé vers le site de l'application Télérecours. Ce dernier lui permet de confirmer son inscription et de se voir attribuer de nouveaux identifiant et mot de passe () ". Aux termes de l'article 3 de cet arrêté : " La connexion est effectuée à l'aide de l'identifiant et du mot de passe délivrés dans les conditions prévues par l'article 2./ L'identification des avocats dans l'application Télérecours peut être effectuée au moyen du réseau privé virtuel des avocats prévu par l'arrêté du 25 septembre 2008 susvisé. ".
5. Il résulte des dispositions précitées du code de justice administrative et de l'arrêté du 2 mai 2018, que lorsque l'avocat d'une partie adresse au tribunal administratif un mémoire par l'intermédiaire de l'application informatique dénommée Télérecours, son identification selon les modalités prévues pour le fonctionnement de cette application vaut signature pour l'application des dispositions du code de justice administrative.
6. Le conseil de M. E et de Mme D B a présenté une requête introductive d'instance devant le tribunal administratif de Bordeaux au moyen de l'application Telerecours selon les modalités prévues par l'arrêté du 2 mai 2018. Conformément aux dispositions citées au point 3, l'identification du conseil des requérants par cette application informatique vaut signature de la requête. Par suite, en rejetant comme manifestement irrecevable la demande de M. E et de Mme D B au motif qu'ils n'avaient pas apposé leur signature sur la requête, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Bordeaux a entaché son ordonnance d'irrégularité.
7. Il y a lieu, par suite, d'annuler l'ordonnance attaquée et de renvoyer l'affaire devant le tribunal administratif de Bordeaux.
8. L'Etat n'étant pas partie au litige et n'ayant, par suite, pas la qualité de partie perdante, les conclusions dirigées contre l'Etat par les requérants tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE
Article 1er : L'ordonnance du président de la troisième chambre du tribunal administratif de Bordeaux n° 2206839 du 13 février 2023 est annulée.
Article 2 : L'affaire est renvoyée devant le tribunal administratif de Bordeaux.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A F E, à Mme C D B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 8 avril 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Ghislaine Markarian, présidente,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
Mme Caroline Gaillard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
Le rapporteur,
Frédéric Faïck
La présidente,
Ghislaine MarkarianLa greffière,
Catherine Jussy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026