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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX02622

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX02622

mardi 2 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX02622
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre (formation à 3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2302285 du 22 juin 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Aymard, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux n° 2302285 du 22 juin 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté préfectoral en litige ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification de l'arrêt à intervenir ; à défaut d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans le même délai et de le munir, dans l'attente de sa décision, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- l'arrêté en litige a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie en France d'une communauté de vie ancienne et stable avec sa conjointe ;

- l'arrêté a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'il vit avec son enfant et qu'il contribue, dans la mesure de ses moyens, eu égard au fait qu'il ne travaille pas, aux besoins de ce dernier ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il s'en remet à ses écritures produites en première instance.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2023.

Par une ordonnance du 2 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Frédéric Faïck a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant nigérian né le 21 janvier 1989, est entré irrégulièrement sur le territoire français en juillet 2018 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 6 juillet 2021, que la cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmée le 30 mai 2022. Par un arrêté du 16 juin 2022, la préfète de la Gironde a pris à l'encontre de M. B un arrêté portant refus de séjour au titre de l'asile et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 16 juin 2022 par jugement n° 2203544 du 27 septembre 2022, au motif que la préfète de la Gironde avait omis de se prononcer sur la demande de titre de séjour que M. B avait également présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un nouvel arrêté du 27 décembre 2022, la préfète de la Gironde a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, obligé celui-ci à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination. M. B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2002. Il relève appel du jugement rendu le 22 juin 2023 par lequel le tribunal a rejeté sa demande.

Sur le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2018 pour y solliciter l'asile. L'enregistrement de sa demande en préfecture a fait apparaître qu'il avait également déposé une demande d'asile en Italie. Toutefois, la procédure de transfert de M. B n'ayant pu être exécutée dans le délai de six mois à compter de l'acceptation de la reprise en charge par l'Italie, la demande d'asile a été instruite par les autorités françaises jusqu'à son rejet par la cour nationale du droit d'asile. Ainsi, le maintien de M. B sur le territoire français jusqu'au 30 mai 2022, date de la décision de la CNDA, était lié au temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile. Par ailleurs, si M. B se prévaut de ses liens avec une compatriote, Mme C, il ne ressort pas des pièces du dossier, comme l'ont relevé les premiers juges, qu'il entretiendrait avec cette dernière une relation ancienne et stable. L'existence d'une telle relation ne saurait se déduire du seul fait que leurs demandes d'asile ont été instruites de manière parallèle par les autorités compétentes ni même de la seule circonstance que Mme C a donné naissance, le 3 décembre 2020 à Bordeaux, à leur enfant. Enfin, M. B n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il a quitté à l'âge de 28 ans, où résident ses parents et sa fratrie. Dans ces conditions, le préfet, en rejetant la demande de titre de séjour, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B à mener en France une vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. Ainsi qu'il a été dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B partagerait une résidence commune avec Mme C et son fils. Les quelques factures faisant état d'achats, pour de faibles montants, d'aliments et autres produits d'entretien pour jeunes enfants ne permettent pas d'estimer, de manière probante, que M. B contribuerait à l'entretien et à l'éducation de son enfant ou encore qu'il entretiendrait avec celui-ci une relation de père à fils. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté en litige. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37-2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie pour information en sera délivrée au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Luc Derepas, président,

Mme Ghislaine Markarian, présidente de chambre,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

Frédéric Faïck

Le président,

Luc Derepas

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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