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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX02643

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX02643

mardi 2 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX02643
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre (formation à 3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 17 mai 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a abrogé l'autorisation de travail qui lui avait été délivrée le 31 mars 2022, a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2301089 du 28 septembre 2023, le tribunal administratif de Limoges a annulé la décision d'abrogation de l'autorisation de travail précédemment délivrée à M. A, et a rejeté le surplus de la demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Malabre, demande à la Cour :

1°) d'annuler l'article 2 de ce jugement du 28 septembre 2023 ;

2°) de faire intégralement droit à sa demande de première instance ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour et une autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt, sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat deux fois la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la préfète de la Haute-Vienne n'était pas compétente pour instruire une éventuelle abrogation de l'autorisation de travail, et décider de cette abrogation ;

- le délai pour retirer ou abroger l'autorisation de travail délivrée le 31 mars 2022 était dépassé ;

- l'autorisation de travail ne pouvait être retirée ou abrogée en l'absence d'illégalité ;

- l'abrogation de l'autorisation de travail n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le refus de séjour aurait dû être annulé en conséquence de l'annulation de l'abrogation de l'autorisation de travail ; l'autorisation de travail était toujours en vigueur, ainsi qu'il résulte de l'ordonnance de référé du 27 avril 2023 ; le licenciement a eu lieu en raison de l'illégalité de l'action de la préfecture, tout comme le renoncement du nouvel employeur ; enfin, le titre étudiant dont il était titulaire l'autorisait à travailler de manière accessoire ;

- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il aurait dû se voir délivrer, en application de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un titre de séjour portant la mention " salarié " ; le refus de délivrance d'un tel titre n'est pas devenu définitif et son illégalité peut être invoquée par voie d'exception ;

- la condition d'un salaire équivalent au SMIC pour la délivrance d'un titre portant la mention " salarié " a été supprimée lors de la réforme du code du travail en 2021 ;

- la durée hebdomadaire de travail de 20 heures prévue par son contrat de travail était supérieure au minimum conventionnel du secteur, fixé à 16 heures ;

- la décision de refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il en va de même de l'obligation de quitter le territoire français, laquelle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- le suivi médical, les soins et traitements orthopédiques ainsi que la chirurgie programmée ne peuvent avoir lieu en Guinée, si bien que l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- pour les mêmes motifs, la décision fixant la Guinée comme pays de renvoi a été prise en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Malabre, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 26 janvier 2002, est entré en France le 22 juin 2018. Il a été pris en charge par le département de la Haute-Vienne en qualité de mineur isolé. Par un arrêté du 7 février 2020, le préfet de la Haute-Vienne lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", renouvelée jusqu'au 6 décembre 2021. M. A a demandé la délivrance d'un nouveau titre de séjour, fondée notamment sur l'article L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en sa qualité de salarié. Par arrêté du 29 août 2022, la préfète de la Haute-Vienne lui a opposé un refus au motif que le contrat de travail dont était titulaire M. A, prévoyant une durée de travail hebdomadaire inférieure à la durée minimale de 16 heures par semaine prévue par la convention collective nationale des entreprises de propreté, méconnaissait l'article L. 3123-37 du code du travail, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé le pays de renvoi. Le tribunal administratif de Limoges, par un jugement du 28 février 2023 devenu définitif, a annulé cet arrêté au motif que M. A étant titulaire d'une autorisation de travail délivrée le 31 mars 2022, au titre de ce contrat, qui n'avait pas été abrogée, la préfète de la Haute-Vienne avait commis une erreur de droit. Par arrêté du 17 mai 2023, pris après réexamen de la demande de M. A en exécution du jugement du 28 février 2023, la préfète de la Haute-Vienne, après avoir abrogé l'autorisation de travail du 31 mars 2022, a de nouveau refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de soixante jours, et a fixé le pays de renvoi. M. A a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler cet arrêté. Le tribunal a annulé la décision d'abrogation de l'autorisation de travail, par l'article 1er du jugement du 28 septembre 2023. M. A relève appel de l'article 2 de ce jugement, par lequel le tribunal a rejeté le surplus de ses demandes.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, en raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.

3. M. A soutient que l'annulation de la décision d'abrogation de l'autorisation provisoire de travail emporte l'annulation de la décision de refus de séjour en qualité de salarié. Il fait notamment valoir, d'une part que le juge des référés du tribunal administratif de Limoges, dans une ordonnance de référé en date du 27 avril 2023, a constaté que l'autorisation de travail qui lui avait été délivrée le 31 mars 2022, au titre d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu avec la société GSF Phebus le 17 septembre 2021 pour occuper un poste d'agent de service dans le secteur de la propreté industrielle n'avait pas été abrogée, d'autre part que l'arrêté contesté du 17 mai 2023 est intervenu en exécution du jugement du tribunal administratif de Limoges du 28 février 2023 reprochant à la préfète de la Haute-Vienne de lui avoir opposé les dispositions du code du travail sans avoir abrogé cette autorisation de travail. Or, si l'arrêté contesté mentionne qu'une nouvelle demande d'autorisation de travail déposée au bénéfice de M. A a été classée sans suite le 20 avril 2023 à la suite de la caducité de la promesse d'embauche correspondante, cet arrêté ne contient aucun motif susceptible de justifier le refus de délivrer à l'intéressé une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " au regard de l'autorisation de travail du 31 mars 2022, autre que l'abrogation de cette dernière.

4. Toutefois, dans son mémoire en défense, le préfet de la Haute-Vienne fait valoir qu'à la date de l'arrêté contesté, M. A avait été licencié par la société GSF Phebus depuis le 5 janvier 2023. Il doit être ainsi regardé comme demandant à la Cour de substituer ce motif à celui tiré de l'abrogation de l'autorisation de travail comme fondement de la décision de refus de séjour.

5. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté contesté, M. A n'exerçait plus l'activité salariée pour laquelle une autorisation de travail lui avait été délivrée le 31 mars 2022. Ce motif est de nature à justifier légalement le refus de lui délivrer une première carte de séjour portant la mention " salarié ". M. A soutient que son licenciement a été causé par le refus illégal de lui délivrer un titre de séjour salarié le 29 août 2022. Toutefois, si la faute de l'administration est de nature à engager la responsabilité de la puissance publique à l'égard de l'intéressé, pour autant qu'il en soit résulté pour celui-ci un préjudice direct et certain, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du refus de séjour fondé sur l'application des conditions fixées par l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de l'instruction que la préfète de la Haute-Vienne aurait pris la même décision en se fondant sur ce motif. Dès lors qu'elle ne prive l'intéressé d'aucune garantie procédurale, il y a lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée. En conséquence, la décision de refus de séjour ne peut être regardée comme intervenue en raison de la décision d'abrogation de l'autorisation de travail du 31 mars 2022, et le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence doit être écarté.

8. En deuxième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative que si cette dernière a été prise pour son application ou s'il en constitue la base légale.

9. M. A soutient, d'une part, qu'en application de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas dû lui délivrer, le 7 février 2020, une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", mais une première carte de séjour portant la mention " salarié ". Il soutient, d'autre part, que le récépissé de demande de titre de séjour qui lui a été délivré le 2 mars 2023 aurait dû lui permettre d'exercer une activité professionnelle. L'appelant doit ainsi être regardé comme excipant, par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions, dont il n'a pas demandé l'annulation, au soutien de ces conclusions dirigées contre l'arrêté contesté. Toutefois, ce dernier n'a pas été pris pour l'application de ces décisions et elles n'en constituent pas la base légale. Dès lors, ces moyens doivent, en tout état de cause, être écartés comme inopérants.

10. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent arrêt, la préfète de la Haute-Vienne pouvait légalement refuser de délivrer à M. A une première carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il n'exerçait pas d'activité professionnelle salariée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté, sans que l'appelant ne puisse utilement critiquer les motifs fondant l'abrogation de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivrée, tirés de la méconnaissance du code du travail, ni se prévaloir de fautes commises antérieurement par l'administration préfectorale dans le traitement de son dossier.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. A soutient qu'il est entré en France en juin 2018 à l'âge de 16 ans, qu'il a effectué sa scolarité et sa formation avec l'appui de l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur isolé puis par le biais d'un contrat jeune majeur, et qu'il a commencé à acquérir son indépendance professionnelle et financière malgré son statut de travailleur handicapé, son parcours n'étant interrompu qu'en raison de son état de santé et de l'illégalité des décisions prises par l'administration, enfin qu'il n'a plus d'attaches en Guinée, où ses parents sont décédés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, à l'issue des cinq années passées sur le territoire, n'a pas validé de formation. S'il fait valoir qu'il a dû renoncer à des apprentissages dans le secteur du bâtiment puis celui de la restauration pour cause d'inaptitude physique, et produit en ce sens plusieurs certificats médicaux, les bulletins de notes produits en défense pour chacune des deux formations ne révèlent pas d'efforts particuliers d'insertion, avec notamment un manque d'assiduité. En outre, M. A n'établit pas avoir noué des liens privés intenses et stables en France, alors qu'il n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où réside notamment son frère. Dès lors la préfète de la Haute-Vienne, qui a examiné sérieusement la situation de l'intéressé, et n'a pas méconnu l'autorité de chose jugée du jugement du 28 février 2023, n'a pas, par le refus de séjour contesté, porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a été pris.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés par ces dispositions auxquels il envisage néanmoins de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. Dès lors que M. A ainsi qu'il est indiqué au point précédent, ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'est pas fondé à soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie en application de cet article avant l'intervention de la décision de refus du titre de séjour.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

13. Les moyens tirés de l'atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement, qui renvoient aux moyens soulevés à l'appui des conclusions dirigées contre la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux figurant au point 10 du présent arrêt.

14. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, M. A devait subir une double ostéotomie, fémorale et tibiale du genou, intervention chirurgicale qui a eu lieu le 19 juin 2023, pendant le délai de départ volontaire de soixante jours laissé par la préfète de la Haute-Vienne. Le requérant, qui n'a pas demandé de titre de séjour en raison de son état de santé, n'établit ni même n'allègue que le défaut de prise en charge médicale de sa pathologie pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

Sur la légalité de la décision fixant la Guinée comme pays de renvoi :

15. M. A se bornant à soutenir qu'en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa vie serait menacée en cas de retour en Guinée ou qu'il y serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de son état de santé, ce moyen sera écarté pour les mêmes motifs que ceux figurant au point précédent.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges a rejeté ses demandes, et sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre mer. Copie en sera transmise pour information au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Luc Derepas, président,

Mme Ghislaine Markarian, présidente de chambre,

M. Julien Dufour, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

Julien C

Le président,

Luc Derepas

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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