mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX02646 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement n° 2302307 du 29 juin 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2023, M. C B représenté par Me Gali, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 29 juin 2023 ;
2°) de faire droit à sa demande de première instance ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, et dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 72 heures, sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocate en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il justifie de la réalité et du sérieux de ses études, notamment par l'obtention d'un bachelor business administration en 2018, des diplômes universitaires d'études françaises en 2020 et 2021, et il est diplômé de l'ABCD'R Academy niveau A2 en 2022 ; il a validé depuis quatre ans un niveau d'études différent ;
- il justifie de moyens d'existence suffisants compte tenu de l'aide de sa famille et de son activité professionnelle ;
- en estimant qu'il ne démontrait pas la stabilité et l'intensité de ses liens privés et sociaux en France, le préfet de la Gironde a commis une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il renvoie à ses écritures en défense présentées en première instance.
La clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2024 par une ordonnance du 3 janvier 2024.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 21 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique a été entendu le rapport de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant nigérian né le 8 août 1984, est entré en France le 29 mai 2015, muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour, afin d'y poursuivre ses études. Il a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étudiant renouvelés jusqu'au 24 juillet 2020, date à laquelle il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise par la préfète de la Gironde. Toutefois, par un jugement en date du 16 décembre 2020, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé cette mesure d'éloignement et a enjoint à la préfète de délivrer à l'intéressé une carte de séjour portant la mention " étudiant ". Celui-ci a bénéficié de nouveaux titres de séjour en cette qualité, mais par un arrêté du 30 mars 2023, le préfet de la Gironde en a refusé le renouvellement, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de sa notification et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement. M. B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler cet arrêté. Il relève appel du jugement du 29 juin 2023 par lequel le tribunal a rejeté sa demande.
Sur la légalité de la décision de refus de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.
3. Le préfet de la Gironde a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par le requérant sur le fondement de ces dispositions au motif qu'il n'avait validé aucun diplôme au terme d'une durée de présence de sept années en France. Les premiers juges, après avoir constaté que ce motif était entaché d'erreur de fait, M. B ayant obtenu en juin 2017, au terme de ses trois premières années d'études en France, un " bachelor of business administration en affaires internationales " délivré par l'université catholique de l'ouest, y a substitué le motif tiré de ce que le parcours de l'intéressé postérieurement à l'obtention de ce diplôme ne permettait pas de justifier du sérieux de ses études.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'appelant a obtenu, en 2017/2018 le diplôme universitaire d'études en langue française (DUEF) 1 niveau 1 délivré par l'université de Bordeaux, correspondant au niveau A1 du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL). Il a été défaillant au niveau 2 de ce même diplôme en juin 2018, notamment parce qu'il ne s'est pas présenté aux examens. L'année suivante, il s'est inscrit à l'alliance française sans avoir été évalué. Au titre de l'année universitaire 2019/2020, il a obtenu le DUEF 2 niveau 1, et en 2020/2021, le DUEF 2 niveau 2, correspondant au niveau A2 du CECRL. Enfin en 2021/2022, il n'a validé de nouveau que le niveau A2 en raison d'un manque de travail personnel. Il en résulte qu'à la date de la décision contestée, au terme de sept années d'études et de présence en France, M. B, désormais âgé de 39 ans, n'a atteint qu'un niveau d'utilisateur élémentaire de la langue française. Il n'apporte aucun élément pour démontrer son assiduité malgré ses échecs, ni la cohérence de son parcours consistant à entamer un apprentissage de la langue française après avoir suivi des études de commerce international. Dès lors, même si l'appelant, qui s'était réinscrit dans l'établissement ABCD'R Academy à la rentrée universitaire 2022 afin d'atteindre le niveau B2 du CECRL a, postérieurement à l'arrêté contesté, rempli cet objectif, le motif tiré de l'absence de sérieux de ses études était légalement de nature à fonder la décision de refus de séjour contestée.
5. L'appelant fait également valoir qu'il dispose de moyens d'existence suffisants tels que requis par l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le refus de séjour opposé à M. B n'étant pas fondé sur ce motif, le moyen doit être écarté comme inopérant.
6. M. B soutient que le préfet de la Gironde a entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale dès lors qu'il a une partie importante de sa famille en France. Toutefois, il n'établit pas, par la seule production de deux titres de séjour aux noms de Iyobosa et Bright B, la présence en France de deux de ses frères et l'intensité des liens qu'il aurait avec eux. Il ne démontre pas davantage, en se bornant à joindre à sa requête un passeport au nom de Hailey B, que sa fille l'aurait rejoint en France, ainsi qu'il le soutient, ni que le préfet aurait commis une erreur de fait en estimant qu'il était démuni de ressources sur la base d'un contrat de travail de mars 2022 ainsi que d'un avenant et de bulletins de salaires postérieurs à la décision contestée. En tout état de cause, M. B a résidé en France sous couvert de titres de séjour ne lui donnant pas vocation à résider durablement sur le territoire français et aucune circonstance ne fait obstacle à ce qu'il se réinstalle dans son pays d'origine, le cas échéant avec sa fille, où résident notamment la mère de celle-ci et où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. B devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour ne peut qu'être écarté.
8. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au soutien duquel M. B reprend les arguments invoqués à l'encontre de la décision de refus de séjour au titre de l'erreur manifeste d'appréciation, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux figurant au point 6 du présent arrêt.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande. Sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre mer. Copie en sera transmise pour information au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2024 à laquelle siégeaient :
M. Luc Derepas, président,
Mme Ghislaine Markarian, présidente de chambre,
M. Julien Dufour, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 avril 2024.
Le rapporteur,
Julien A
Le président,
Luc Derepas
La greffière,
Catherine Jussy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026