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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX02664

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX02664

jeudi 2 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX02664
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A, a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 mars 2023 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2300943 du 26 juin 2023, la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023, Mme A, représentée par Me Moura, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement de la présidente du tribunal administratif de Pau du 26 juin 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 du préfet des Hautes-Pyrénées pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de cent euros par jour de retard et à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la régularité du jugement attaqué :

- la présidente du tribunal administratif n'a pas examiné ses moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle n'a pas davantage examiné les risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée par un examen particulier de sa situation dès lors qu'elle ne fait pas référence à la fragilité de la décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile qui n'a pas examiné sa demande d'asile au fond ;

- cette décision porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et méconnaît par suite les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa vie privée et familiale est fixée en France depuis près de 2 ans où elle a donné naissance à un enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- cette décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- le délai de trente jours qui lui a été accordé pour quitter le territoire français est trop bref pour lui permettre d'organiser son départ compte tenu de sa situation professionnelle et personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

- le préfet n'a pas examiné les risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision n° 2023/008397 du 21 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis Mme B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".

2. Mme A, de nationalité guinéenne, est entrée en France irrégulièrement, le 30 décembre 2021 selon ses déclarations, et a déposé le 26 janvier 2022 une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protections des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 27 avril 2022, confirmée le 9 novembre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 10 mars 2023 le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Elle relève appel du jugement du 26 juin 2023 par lequel la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, contrairement à ce qui est soutenu par la requérante, la première juge a écarté dans les points 2 et 3 de son jugement les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen particulier de sa situation. Par suite, le jugement n'est pas entaché d'un défaut de réponse à un moyen sur ces points.

4. En second lieu, il ressort de l'examen de sa demande devant le tribunal administratif que Mme A n'a pas soulevé à l'encontre de la décision portant fixation du pays de renvoi en première instance le moyen tiré de ce que le préfet n'a pas examiné les risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que le jugement serait irrégulier faute pour la présidente du tribunal administratif d'avoir répondu à ce moyen.

Sur la légalité de l'arrêté du 10 mars 2023 :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, au soutien de ses moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la CEDH et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle réitère en appel, Mme A se borne à reprendre son argumentation de première instance sans produire de nouvelles pièces en se prévalant qu'enceinte de six mois à la date de la décision attaquée elle aurait depuis donné naissance à son enfant en France. Toutefois, cette seule circonstance n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation de la première juge qui, pour estimer que l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée, a relevé qu'elle n'a été autorisée à résider en France depuis 2021 qu'en raison de l'instruction de sa demande d'asile, qu'elle n'a pas vocation à y demeurer et ne démontre pas y avoir tissé des liens personnels et familiaux intenses et stables, qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date des décisions attaquées, Mme A remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du CESEDA. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

6. En second lieu, Mme A reprend, dans des termes similaires et sans pièce nouvelle ni critique du jugement, ses autres moyens invoqués en première instance visés ci-dessus. Elle n'apporte ainsi aucun élément nouveau au soutien de ces moyens auxquels la première juge a suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la présidente du tribunal administratif de Pau.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

7. En premier lieu dès lors qu'il résulte de ce qui précède que la décision faisant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre de la décision accordant un délai de départ volontaire doit être écarté.

8. En second lieu, Mme A reprend, à l'encontre de cette décision, dans des termes similaires et sans pièce nouvelle ni critique du jugement, ses autres moyens invoqués en première instance visés ci-dessus. Elle n'apporte ainsi aucun élément nouveau au soutien de ces moyens auxquels la première juge a suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la présidente du tribunal administratif de Pau.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu dès lors qu'il résulte de ce qui précède que la décision d'éloignement n'est pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre de la décision portant fixation du pays de renvoi doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () " Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Ces dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

11. Mme A soutient pour la première fois en appel à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi que son retour en Guinée l'exposerait personnellement à des traitements inhumains et dégradants en raison des violences conjugales et des mutilations génitales qu'elle y a subies après avoir été mariée de force à un homme âgé qui veut se venger par rapport à sa fuite. A l'appui de ses allégations, elle produit un certificat d'un médecin de l'institut du sein et des maladies gynécologiques de la clinique Pasteur C, établi à sa demande le 10 novembre 2022, certifiant qu'elle a bénéficié d'une chirurgie dans le cadre de la prise en charge des mutilations qu'elle prétend avoir subies, le témoignage d'un tiers et un examen médical prénatal du 4 janvier 2023.Toutefois, ni ces éléments médicaux, ni la seule attestation d'un tiers produite pour justifier de la réalité des risques actuels auxquels elle serait personnellement exposée, ni les références à un rapport conjoint de la CNDA et de l'OFPRA sur la persistance et la régularité des mariages forcés en Guinée publié en 2018 ne suffisent à établir le bien-fondé de ses craintes ou l'impossibilité dans laquelle elle se trouverait de pouvoir bénéficier de la protection des autorités de son pays. Au surplus, sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. Dès lors, en fixant le pays de renvoi, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas méconnu les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreintes ainsi que celles tendant au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet des Hautes-Pyrénées.

Fait à Bordeaux, le 2024.

Le président de la 1ère chambre

Jean-Claude Pauziès

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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