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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX02704

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX02704

lundi 13 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX02704
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre (formation à 3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet de la Corrèze a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2300407 du 23 mai 2023, le tribunal a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2023, M. A C, représenté par l'AARPI Malabre et Ouangari, agissant par Me Malabre, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Limoges n° 2300407 du 23 mai 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté préfectoral en litige ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ; à défaut d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans les mêmes conditions de délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les sommes de 1 920 euros et 2 400 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été prise sans la consultation préalable de la commission du titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle lui oppose l'absence de détention d'un visa de long séjour dès lors que cette condition n'est pas prévue par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour les étrangers confiés à l'aide sociale à l'enfance ;

- il remplissait les autres conditions prévues à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour ; en particulier, il justifiait suivre un cursus devant lui apporter une qualification professionnelle ; sa structure d'accueil a confirmé la réalité et le sérieux de ses études ; la décision attaquée est ainsi entachée d'erreur d'appréciation ;

- le préfet a également commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il ne disposait pas de ressources personnelles et suffisantes s'agissant de l'obtention d'un titre de séjour en qualité d'étudiant en application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il bénéficie à cet égard de l'accompagnement financier du conseil départemental ; c'est à tort que le tribunal a neutralisé le motif illégal retenu par le préfet pour estimer que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur l'absence de détention d'un visa de long séjour, condition qui n'est pas exigée pour le titre de séjour prévu par l'article L. 422-1 ;

- la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et le délai de départ volontaire :

- les décisions attaquées sont dépourvues de motivation ;

- elles méconnaissent l'article 7-2 de la directive UE 2008/115/CE ;

- elles ont été prises sans que le préfet exerce son pouvoir d'appréciation ;

- elles sont entachées d'erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Corrèze qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2023.

Par une ordonnance du 9 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mars 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Frédéric Faïck a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 16 août 2004, est entré en France le 10 août 2022 en provenance de l'Italie sous couvert d'un visa touristique pour l'Allemagne. Par une ordonnance du 12 août 2022, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulouse a placé provisoirement M. C, en raison de sa minorité, auprès du service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Garonne. M. C a été accueilli à la Maison d'enfants à caractère social " la Providence " à Brive-la-Gaillarde, puis a signé un contrat d'accueil comme jeune majeur avec le département de la Haute-Garonne. Le 9 décembre 2022, il a déposé en préfecture de Corrèze une demande de titre de séjour que le préfet a rejetée par un arrêté du 24 janvier 2023, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans délai de trente jours et de la désignation le pays de renvoi. M. C a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler cet arrêté du 24 janvier 2023. Le tribunal a rejeté cette demande par un jugement rendu le 23 mai 2023, dont M. C relève appel.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. S'il résulte des dispositions précitées que la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas subordonnée à la condition que l'étranger détienne le visa de long séjour prévu à l'article L. 412-1 du même code, les motifs de la décision attaquée ne font pas apparaître que le préfet aurait opposé à M. C l'absence de visa de long séjour pour rejeter sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 précité. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

4. Par ailleurs, lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français en août 2022 et a entamé, en septembre 2022, une scolarité en classe de première Sciences et Technologies de Laboratoire au lycée Simone Veil de Brive-la-Gaillarde. Ainsi, au 24 janvier 2023, date de la décision attaquée, M. C ne suivait pas une formation depuis au moins six mois comme l'exigent les dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce motif était suffisant pour fonder le refus de titre de séjour en litige qui n'est, par suite, entaché ni d'erreur de droit ni d'erreur de fait.

6. Au surplus, M. C conserve des attaches familiales en Tunisie, où il a vécu avant son entrée récente en juin 2022 sur le territoire de l'Union européenne, et où séjournent ses parents ainsi que ses deux frères et sa sœur. Quand bien même il justifie de bons résultats scolaires et du soutien du personnel et des élèves du lycée Simone Veil, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 412-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 ; (). " Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C a demandé un titre sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, si le préfet a également examiné sa demande au regard de l'article L. 422-1 précité, le motif de la décision attaquée par lequel le préfet a estimé que M. C ne pouvait prétendre à un titre de séjour " étudiant " faute de posséder un visa de long séjour et de justifier de ressources financières personnelles et suffisantes, présente un caractère surabondant. Par suite, l'erreur de droit alléguée est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

9. En troisième lieu, il résulte de ce précède que M. C ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour. Par suite, le préfet de la Corrèze n'était pas tenu, avant de prendre sa décision, de saisir pour avis la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, il résulte des points 5 et 6 que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que la décision en litige portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas davantage l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

13. En premier lieu, le préfet n'était pas tenu de motiver la décision fixant le délai de départ à trente jours, dès lors qu'il s'agit du délai de droit commun prévu par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait estimé tenu de fixer à trente jours le délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

15. En troisième lieu, M. C ne peut se prévaloir directement de la méconnaissance de l'article 7.2 de la directive UE 2008/115/CE du 16 décembre 2008, qui a fait l'objet d'une transposition en droit interne par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées ci-dessus.

16. En dernier lieu, la seule circonstance que M. C ait entamé une scolarité en classe de première de lycée, cinq mois avant l'intervention de la décision attaquée, ne permet pas de considérer, à elle seule, que l'absence d'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours relèverait d'une erreur d'appréciation de la part du préfet. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté en litige.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions présentées par M. C tendant à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, lui verse une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie pour information en sera délivrée au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Ghislaine Markarian, présidente,

M. Frédéric Faïck, président-assesseur,

Mme Caroline Gaillard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

Le rapporteur,

Frédéric Faïck

La présidente,

Ghislaine Markarian

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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