lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX02762 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Procédures contentieuses antérieures :
Mme D E, M. B C et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler les arrêtés du 11 juillet 2023 par lesquels le préfet de la Gironde a décidé de les transférer aux autorités allemandes en vue de l'examen de leurs demandes d'asile.
Par des jugements nos 2303974, 2303975 et 2303976 du 7 août 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes.
Procédures devant la cour administrative d'appel :
I- Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023 sous le n° 23BX02762,
M. B C, représenté par Me Lanne, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2303976 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux du 7 août 2023 et l'arrêté du préfet de la Gironde du 11 juillet 2023 le concernant ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile et de lui remettre l'imprimé lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 4 du règlement Dublin dès lors que les brochures prévues par ces dispositions lui ont été remises en langue russe alors que le recueil de demande d'asile indique qu'il parle et comprend le géorgien ;
- il a été pris en méconnaissance de l'article 5 du même règlement dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de comprendre les mesures prises à son encontre ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions combinées de l'article 53-1 de la Constitution et de l'article 17 du règlement Dublin dès lors qu'il a fui son pays en raison des persécutions dont sa sœur, lui et leur mère ont été victimes de la part de son père qui menace de les tuer, notamment en se rendant sur le territoire allemand ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 29 février 2024, le préfet de la Gironde indique que
le délai pour exécuter l'arrêté en litige a été prolongé d'une durée de 18 mois soit jusqu'au 7 février 2025, M. C ayant été déclaré en fuite à la suite de son absence à deux rendez-vous fixés en préfecture les 14 septembre et 17 octobre 2023.
Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, par une décision n° 2023/008906 en date du 3 octobre 2023, a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II- Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023 sous le n° 23BX02763,
Mme A C, représentée par Me Lanne, conclut, à l'appui de sa contestation dirigée contre le jugement et l'arrêté la concernant, aux mêmes fins que la requête n° 23BX02762.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions combinées de l'article 53-1 de la Constitution et de l'article 17 du règlement Dublin dès lors qu'elle a fui son pays en raison des persécutions dont son frère, elle et leur mère ont été victimes de la part de son père qui menace de les tuer, notamment en se rendant sur le territoire allemand ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 29 février 2024, le préfet de la Gironde indique que
Mme C est retournée volontairement en Allemagne le 27 septembre 2023.
Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, par une décision n° 2023/008905 en date du 3 octobre 2023, a admis Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
III- Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023 sous le n° 23BX02767,
Mme D E, représentée par Me Lanne, conclut, à l'appui de sa contestation dirigée contre le jugement et l'arrêté la concernant, aux mêmes fins que la requête n° 23BX02762.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions combinées de l'article 53-1 de la Constitution et de l'article 17 du règlement Dublin dès lors qu'elle a fui son pays en raison des persécutions dont elle et ses deux enfants ont été victimes de la part de son mari qui menace de les tuer, notamment en se rendant sur le territoire allemand ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 29 février 2024, le préfet de la Gironde indique que
le délai pour exécuter l'arrêté en litige a été prolongé d'une durée de 18 mois soit jusqu'au 7 février 2025, Mme E ayant été déclarée en fuite à la suite de son absence à deux rendez-vous fixés en préfecture les 14 septembre et 17 octobre 2023.
Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, par une décision n° 2023/008903 en date du 3 octobre 2023, a admis Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a désigné Mme Karine Butéri, présidente-assesseure, pour statuer en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Constitution ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. Mme E et ses deux enfants B et A C, ressortissants géorgiens, sont entrés en France le 7 juin 2023 en provenance d'un autre Etat membre et ont présenté chacun une demande d'asile auprès de la préfecture de la Gironde le 14 juin 2023. Le relevé de leurs empreintes décadactylaires a révélé que celles-ci avaient déjà été enregistrées le 21 février 2022 par les autorités allemandes lors de dépôts de demandes d'asile dans ce pays. Après que l'administration a saisi ces autorités, le 16 juin 2023, de demandes de reprise en charge des demandes d'asile des intéressés et recueilli l'accord explicite de ces autorités le 20 juin 2023, le préfet de la Gironde, par trois arrêtés du 11 juillet 2023, a prononcé le transfert F E et de M. et Mme C aux autorités allemandes en vue de l'examen de leurs demandes d'asile. Ils relèvent tous trois appel des jugements du 7 août 2023 par lesquels la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés, dont le délai d'exécution a été prolongé jusqu'au 7 février 2025 s'agissant F E et de M. C, ceux-ci ayant été déclarés en fuite. Mme C est quant à elle retournée volontairement en Allemagne le 27 septembre 2023.
3. Les requêtes enregistrées sous les nos 23BX02762, 23BX02763 et 23BX02767 concernent les membres d'une même famille et amènent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de joindre ces requêtes pour qu'il soit statué par une seule ordonnance.
4. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : /a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un Etat membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; /b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un Etat membre peut mener à la désignation de cet Etat membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; /c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; /d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; /e) du fait que les autorités compétentes des Etats membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; /f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits (). /2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. () ".
5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est vu remettre, le 14 juin 2023, à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile au sein des services de la préfecture de la Gironde, la brochure A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande ' " et la brochure B " Je suis sous procédure Dublin. Qu'est-ce que cela signifie ' ", qui constituent la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement précité. Si ces brochures lui ont été remises en langue russe, il ressort des pièces du dossier, notamment du résumé de son entretien individuel, que M. C a déclaré " comprendre et lire le russe " et " avoir compris les informations concernant le déroulement de la procédure Dublin expliquée lors de l'entretien ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. () ".
8. Il ressort des mentions figurant sur le résumé signé par M. C qu'il a bénéficié de l'entretien individuel prévu par l'article 5 précité du règlement n° 604/2013. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que cet entretien s'est déroulé dans des conditions permettant de veiller à ce qu'il comprenne correctement les informations qui lui ont été fournies.
9. En second lieu, les requérants se bornent à reprendre, dans des termes similaires et sans critique utile des jugements ni pièce nouvelle utile, les autres moyens visés ci-dessus invoqués en première instance. Par suite, ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux.
10. Il résulte de ce qui précède que les requêtes d'appel sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C et F Mme E sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Mme A C et à Mme D E.
Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 29 avril 2024.
La présidente-assesseure de la 5ème chambre
Karine Butéri
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°s 23BX02762, 23BX02763, 23BX02767
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026