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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX02840

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX02840

jeudi 7 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX02840
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 6 août 2023 par lequel le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel la préfète de la Charente l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n°s 2302157-2302158 du 11 août 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Poitiers a refusé de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et a rejeté le surplus de ses demandes.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023, M. C, représenté par Me Cazanave, demande à la cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre de la procédure de première instance ;

2°) d'annuler le jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Poitiers du 11 août 2023 ;

3°) d'annuler les arrêtés du 6 août 2023 du préfet de la Vienne et de la préfète de la Charente ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui accorder une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant d'étranger malade dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de prendre, sans délai, toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa demande de première instance n'étant pas dénuée de fondement, le premier juge ne pouvait pour ce motif lui refuser l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ; ce refus fait peser sur lui les frais engagés pour défendre ses droits alors qu'il est sans ressource ;

- l'arrêté contesté du préfet de la Vienne a été pris à la suite d'une procédure irrégulière faute pour ce préfet d'avoir saisi le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration afin de s'assurer qu'en raison de l'état de santé de son fils A, il n'entrait pas dans la catégorie des étrangers protégés de l'éloignement ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant et celles de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les stipulations des articles 3 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'arrêté de la préfète de la Charente portant assignation à résidence est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par une décision n° 2023/009111 du 3 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. C, ressortissant géorgien, est entré en France le 1er décembre 2018, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 avril 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 23 novembre 2020. Par un arrêté du 27 novembre 2020, la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 19 janvier 2021, cette même autorité a retiré l'arrêté du 27 novembre 2020, a de nouveau fait obligation à M. C de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. S'étant maintenu illégalement sur le territoire, M. C a été interpellé, le 6 août 2023, pour excès de vitesse à la suite d'un contrôle routier puis placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 6 août 2023, le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, la préfète de la Charente l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C relève appel du jugement du 11 août 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en première instance :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Aux termes de l'article 62 de ce décret : " () La décision statuant sur la demande d'admission provisoire est sans recours. ".

4. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées de l'article 62 du décret du 28 décembre 2020 que la décision par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Poitiers a rejeté la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. C n'est pas susceptible de recours. Par suite, les conclusions tendant à ce que l'intéressé soit admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre de la procédure de première instance ne sont pas recevables.

Sur la légalité des arrêtés du 6 août 2023 :

5. M. C, en reprenant dans des termes identiques les autres moyens visés ci-dessus invoqués en première instance sans aucune critique utile du jugement, n'apporte en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation du premier juge qui y a pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné du tribunal administratif de Poitiers.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative citées au point 1, y compris les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C

Une copie sera adressée pour information à la préfète de la Charente et au préfet de la Vienne.

Fait à Bordeaux, le 7 mars 2024.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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