mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX02862 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a fixé le pays de renvoi et a interdit son retour sur le territoire pendant une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2201323 du 26 juin 2023, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2023, M. B C, représenté par la SELARL Ali-Magamootoo-Yen Pon, agissant par Me Ali, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de La Réunion du 26 juin 2023 ;
2°) de faire droit à sa demande de première instance ;
3°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou salarié, sous astreinte, et d'organiser, à ses frais, son retour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, et à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Réunion de justifier de la suppression de son signalement au fichier des personnes recherchées dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il appartenait à l'administration de l'informer des règles qu'elle entendait appliquer à l'examen de sa situation et de l'appréciation qu'elle entendait porter sur cette situation, sauf à méconnaître son droit d'être entendu, partie intégrante des droits de la défense, principe général du droit de l'union européenne, ainsi que l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté contesté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la situation de l'emploi sur le marché du travail local ne fait pas partie des critères pouvant être opposés à une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ; l'arrêté est entaché d'une erreur de droit et méconnait l'article R. 5221-20 du code du travail ;
- titulaire d'un récépissé de titre de séjour l'autorisant à travailler, il n'était pas tenu de solliciter une autorisation de travail ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 19 février 2024 par une ordonnance du 16 janvier 2024.
M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 21 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique a été entendu le rapport de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant mauricien né le 18 mai 1990, est entré à la Réunion le 9 février 2018 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française qu'il avait épousée le 12 janvier 2018, et a obtenu le 24 janvier 2019, en cette même qualité, une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il en a demandé le renouvellement le 4 novembre 2020, ainsi qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire ". Le préfet de La Réunion lui a opposé un refus, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et a interdit son retour pendant une durée de deux ans, par un arrêté du 6 septembre 2022, dont M. C a demandé l'annulation au tribunal administratif de La Réunion. Celui-ci relève appel du jugement du 26 juin 2023 rejetant sa demande.
Sur la légalité de l'arrêté du 6 septembre 2022 :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne, ne trouve à s'appliquer dans l'ordre juridique national que dans le cas où la situation juridique dont a à connaître le juge administratif français est régie par le droit communautaire . Tel n'est pas le cas en l'espèce de la décision de refus de séjour prise en application des articles L. 421-3, L. 423-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ce principe doit être écarté comme inopérant.
3. En outre, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour. Par suite M. C ne peut, en tout état de cause, se prévaloir des dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, relatifs à la procédure contradictoire préalable.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". M. C soutient qu'il entretient une relation avec une ressortissante française, avec qui il s'est installé et dont il attend un enfant, et se prévaut également de nombreux liens amicaux et familiaux. Toutefois, aucune pièce du dossier ne permet d'établir l'ancienneté de son couple et l'existence d'une vie commune à la date de l'arrêté contesté, le 6 septembre 2022. En outre, la déclaration de reconnaissance anticipée de l'enfant dont sa compagne serait enceinte, souscrite par le couple le 8 août 2023, est très postérieure à cet arrêté. En outre, le requérant ne démontre pas disposer d'autres liens familiaux sur le territoire. S'il produit une vingtaine d'attestations témoignant des relations amicales qu'il a pu nouer à la Réunion, en particulier dans le cadre d'une association cultuelle et d'un club de pétanque, et justifie d'une activité professionnelle sous contrat à durée déterminée, M. C ne résidait en France que depuis moins de cinq années à la date de l'arrêté contesté, et n'allègue pas ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait à la Réunion des liens personnels d'une ancienneté, d'une stabilité et d'une intensité telles que le refus de lui délivrer un titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. C doit être écarté.
5. En troisième lieu, l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Aux termes de l'article R. 5221-2 du code du travail : " Sont dispensés de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 5221-1 : () / 4° Le titulaire de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", délivrée en application des articles L. 423-1, () ; ". Et aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail, dans sa rédaction issue du décret du 31 mars 2021 relatif à l'emploi d'un salarié étranger : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / 1° S'agissant de l'emploi proposé : / a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; / b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ; ".
6. Pour rejeter la demande de M. C tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", à l'appui de laquelle l'intéressé avait produit son contrat de travail en qualité d'ouvrier polyvalent pour un commerce d'équipements automobiles, le préfet de La Réunion s'est fondé sur l'existence d'un grand nombre de demandes d'emploi pour un petit nombre d'offres sur le marché du travail local dans le secteur d'activité dans lequel M. C exerce. En opposant un tel motif tenant à la situation de l'emploi, qui ne faisait plus partie des éléments d'appréciation énumérés par l'article R. 5221-20 du code du travail, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté contesté, pour accorder ou refuser une autorisation de travail, le préfet de La Réunion a commis une erreur de droit.
7. Toutefois, le préfet de La Réunion a également rejeté la demande de M. C au motif que son employeur n'avait déposé aucune demande d'autorisation de travail en sa faveur. Un tel motif est de nature à justifier légalement le refus de séjour opposé à l'intéressé sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les circonstances que lors de sa demande, M. C était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " délivrée sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et était ainsi autorisé, à cette date, à exercer une activité professionnelle salariée, et qu'au cours de l'instruction de sa demande un récépissé de renouvellement de titre de séjour portant la mention " autorise son titulaire à travailler " lui a été délivré, ne le dispensaient pas de l'obtention d'une autorisation de travail dans le cadre de sa demande de changement de statut. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Réunion aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur ce motif. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance des articles R. 5221-2 et R. 5221-20 du code du travail doivent être écartés.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Les auteurs de la directive du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés par la Charte des droits fondamentaux. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu.
9. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
10. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
11. En deuxième lieu, il ressort des dispositions des articles L. 613-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le publics et l'administration, relatifs au respect d'une procédure contradictoire préalable ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de M. C doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent arrêt.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire :
13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour.
14. M. C, à qui un délai de départ volontaire a été accordé, n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas établi, ni même allégué par le préfet de la Réunion, que sa présence sur le territoire représenterait une menace pour l'ordre public. Il n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Il réside à la Réunion depuis février 2018, et n'y est pas dépourvu de liens, ainsi qu'il a été dit au point 4 de l'arrêt. Par suite, en interdisant son retour sur le territoire pendant une durée de deux ans, le préfet de La Réunion a commis une erreur d'appréciation.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent arrêt, qui se borne à annuler l'interdiction de retour sur le territoire prise à l'encontre de M. C, n'implique pas qu'il lui soit délivré un titre de séjour, ou même que sa situation au regard du droit au séjour soit réexaminée. Il n'implique pas davantage que soit organisé son retour sur le territoire.
17. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au préfet de La Réunion de procéderau retrait de l'inscription de M. C du fichier des personnes recherchées, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt.
Sur les frais de l'instance :
18. Dans les circonstances de l'espèce, et dès lors que l'Etat n'est pas partie perdante pour l'essentiel, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans, contenue dans l'arrêté du 6 septembre 2022, est annulée.
Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de La Réunion du 26 juin 2023 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de La Réunion de procéder au retrait de l'inscription de M. C du fichier des personnes recherchées, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera transmise au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 25 mars 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Ghislaine Markarian, présidente,
M. Frédéric Faïck, président assesseur,
M. Julien Dufour, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 avril 2024.
Le rapporteur,
Julien A
La présidente,
Ghislaine Markarian
La greffière,
Catherine Jussy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026